Après avoir dompté le Tor des Géants, cette course de 330 km avec un dénivelé positif de 24 000 m, Alexandre Genois s’attaquera à une bête encore plus exigeante. L’homme de 28 ans est l’un des deux Canadiens, et l’unique Québécois, à participer au premier Tor des Glaciers, le 6 septembre.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Seulement 100 participants s’élanceront de Courmayeur, dans les Alpes italiennes, pour cette course en autonomie presque totale dont les chiffres donnent le vertige : 450 km et un dénivelé positif de 32 000 m à parcourir, d’une traite, en moins de 190 heures. À l’échelle du Québec, cela donne 51 ascensions du mont Sainte-Anne sur une distance qui avoisine celle entre Montréal et Rivière-du-Loup.

« C’est une expérience qui change une vie. C’est incroyable, ce que tu peux vivre en ce laps de temps si court. Tu vois tellement de choses », souligne Genois en se remémorant son expérience de 2014.

C’est justement grâce à ce statut de finissant, sous la barre des 130 heures, qu’il a pu s’inscrire à cette nouvelle épreuve qui souligne les 10 ans du Tor des Géants. Mais avec une demande élevée, encore fallait-il que son dossier soit retenu par les organisateurs. Il a finalement reçu la confirmation de sa participation à la mi-février, puis a rapidement enclenché les démarches médicales et sportives. Six mois pour se préparer, c’est à la fois beaucoup et très peu.

En guise de répétition, en 2014, il avait parcouru 900 km sur des routes espagnoles avec un sac de 25 kg sur le dos. Et cette fois-ci ? « Pendant deux semaines, en juillet, je vais faire la Colorado Trail sur 782 km et 28 000 m de dénivelé positif, dit-il. Le but est d’accumuler du volume et de parcourir le plus de chemin possible avec tout le matériel que je vais avoir durant la course. En arrivant au Tor des Glaciers, le but est de se dire : “Ce n’est finalement pas si mal, j’ai vécu pire.” »

PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE GENOIS

À 28 ans, Alexandre Genois sera le plus jeune participant du Tor des Glaciers.

Genois sera le plus jeune participant de l’épreuve, mais il ne nourrit aucun complexe en raison de son expérience. Sans avoir fait de triathlon auparavant, il avait terminé son premier demi-Ironman à l’âge de 16 ans. En 2011, il a disputé son premier ultramarathon, puis s’est rendu sur la ligne de départ de la Courmayeur-Champex-Chamonix (CCC), 101 km et 6100 m de D+, l’année suivante. Son CV inclut également l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), en 2013, et le Tor des Géants. Il a d’ailleurs été le premier Québécois à venir à bout de cette épreuve même si cela ne s’est pas fait sans effets secondaires.

« Ça m’a pas mal hypothéqué. J’ai été tellement loin dans ce Tor des Géants que, par la suite, je me disais : “Je sais que je peux finir la course.” Je n’avais plus l’intérêt, je n’avais plus envie de me faire autant mal pour aller chercher la distance. C’est drôle comme passage à vide, parce qu’il faut réapprendre le goût de se dépasser. »

Il s’est donc tourné vers des distances plus courtes ou vers des défis de tout autre nature comme la traversée du Canada à vélo, en 18 jours, ou le record d’ascensions du mont Saint-Anne en 24 heures.

Par contre, l’étincelle est vite revenue quand il a entendu parler du Tor des Glaciers.

Des nuits de deux ou trois heures

Le Tor des Glaciers empruntera en grande partie les Hautes Routes n° 3 et 4 de la Vallée d’Aoste au cœur des montagnes comme le mont Blanc, le Cervin et le Grand Paradis. « Elles sont moins utilisées. Elles sont plus techniques et on monte plus près des glaciers », précise Genois qui avait perdu… 10 kg lors du Tor des Géants de 2014.

Genois, qui entrera à l'École du Barreau en septembre, a déjà une stratégie de course en tête pour affronter cette épreuve XXL. Comme en 2014, il compte se donner un petit coussin en début de course pour ne pas stresser avec les barrières horaires par la suite.

Il s’attend aussi à de courtes nuits de deux ou trois heures durant les sept ou huit jours de course. En plus des trois bases de vie, les portes des refuges seront ouvertes aux participants. « Ce n’est pas une randonnée de luxe où l’on va dormir pendant 12 heures, mais c’est important de faire une coupure. Au niveau mental, il faut pouvoir se dire : “Ah, mais ça, c’était hier, maintenant, c’est une nouvelle journée qui commence.” Il faut être en mesure de se repérer dans le temps. »

Selon l’organisation, les sentiers ne sont fréquentés que par « ceux qui connaissent parfaitement les territoires alpins, aiment la solitude et apprécient la beauté des hauts sommets ». En dehors des balisages officiels régionaux, aucun tracé sur le parcours n’est effectué. Cette capacité d’orientation ajoute une couche de difficulté, croit-il.

« L’UTMB, par exemple, est très marché et c’est assez facile de se repérer. Là, je m’attends à ce que ce soit plus difficile. Dès que j’ai eu ma confirmation, j’ai commandé mes cartes à une échelle 1/50 000. On a aussi droit à une autre montre GPS. En tant que tel, le repérage n’est pas trop pire. Ce qui est difficile, c’est quand tu es au 350km, qu’il fait nuit, qu’il pleut, que tu es seul et que tu es fatigué. »

À cet égard et malgré le faible nombre de participants, il espère collaborer avec d’autres coureurs. « On a intérêt à travailler ensemble. » Mieux vaut être stratégique pour dompter cette nouvelle bête.