Ils veulent vous faire découvrir des sentiers de randonnée pédestre, des sentiers de vélo de montagne, des routes de canot. Ils ne veulent pas que vous vous perdiez en chemin. Ils ne veulent pas vous faire payer pour ces informations, mais ils veulent quand même essayer de gagner leur vie.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Ils », ce sont les concepteurs de sites internet et d’applications mobiles qui se spécialisent dans la cartographie du plein air.

Il existe des plateformes québécoises, comme Ondago et Hikster, mais c’est essentiellement une entreprise ontarienne qui a obtenu la faveur de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) pour offrir les cartes de ses parcs et de ses réserves fauniques, avec l’application Avenza Maps.

« C’est un peu décevant, laisse tomber Benoit Racine, président-directeur général de Créations Igloo, la petite entreprise derrière Ondago. On aimerait bien avoir la SEPAQ avec nous parce que nos utilisateurs nous le demandent. La SEPAQ, c’est un incontournable. »

Il soutient que ce serait avantageux pour la SEPAQ elle-même.

« Les gens utilisent Ondago davantage que les autres applications. »

Le porte-parole de la SEPAQ, Simon Boivin, a toutefois fait valoir qu’Avanza était une « solution gratuite ».

Un modèle simple

C’est en 2015 qu’Ondago a commencé à commercialiser ses services. Son modèle d’affaires est simple : les clients, comme les gestionnaires de parcs, paient une certaine somme pour faire publier leurs propres cartes sur l’application Ondago.

IMAGE FOURNIE PAR ONDAGO

Application Ondago

« Les cartes sont interactives, elles sont géolocalisées et elles peuvent être disponibles hors ligne, fait valoir M. Racine. Ça offre pas mal de possibilités. »

Par exemple, Ondago offre les cartes du Sentier national du Québec grâce à une entente avec Rando Québec. L’application offre aussi les cartes de vélo de montagne du parc régional de la Vallée Bras-du-Nord.

« Nous venons de faire une entente avec la fédération de canot pour rendre disponibles 300 cartes, s’enthousiasme M. Racine. Nous allons pratiquement doubler nos cartes. »

Il reste que le financement n’est pas évident.

« Nous avons eu notre première année rentable l’année dernière, mais il y avait encore du bénévolat derrière ça. Cette année, ce sera correct. On cherche du financement privé, notamment avec des anges financiers, mais cet aspect-là est très difficile au Québec en ce moment » explique M. Racine.

Une autre petite entreprise québécoise, Hikster, se spécialise surtout dans les sentiers de randonnée. Elle offre une application mobile, mais aussi un site internet. Le financement est tout aussi difficile parce qu’elle ne veut pas faire payer l’amateur de plein air.

IMAGE FOURNIE PAR HIKSTER

Application Hikster

« C’est gratuit parce qu’on veut démocratiser le plein air », explique la fondatrice d’Hikster, Claire Deguelle.

Pour faire avancer les choses, elle a participé à l’émission Dans l’œil du dragon il y a deux ans. Un des dragons a proposé un investissement de 100 000 $ en échange de 50 % des parts de l’entreprise. Mme Deguelle a accepté devant les caméras, mais elle ne tenait pas à finaliser l’entente.

« Je ne voulais pas céder la moitié de mon entreprise, mais je voulais de la visibilité. »

Le dragon avait de la crédibilité, un bon réseau, ce qui a permis d’ouvrir à Hikster la porte du ministère du Tourisme.

« Des subventions en ont découlé », se réjouit Mme Deguelle.

Le dragon en question ? Gilbert Rozon…

« Les gens se sont inquiétés pour moi, admet la jeune entrepreneure. Mais je n’ai pas été en contact avec lui, j’ai plutôt échangé avec des gens de son entourage. »

Entente avec le New Hampshire

Si Hikster se concentre sur la randonnée pédestre, elle sort allègrement des frontières du Québec. Il y a quelques années, l’entreprise a acheté le site internet AlexHike, une mine de renseignements sur les sentiers du Nord-Est américain.

Hikster vient de compléter cette offre grâce à une entente avec le New Hampshire, ce qui lui a permis d’engranger un certain revenu.

« Nous avons mis de l’avant une cinquantaine de leurs sentiers, nous avons fait une mise à jour de toutes leurs descriptions, déclare Mme Deguelle. Nous avons aussi des discussions avec les Adirondacks. »

Comme Ondago, Hikster courtise les parcs régionaux, les MRC, etc. Ainsi que Rando Québec (l’ancienne Fédération de la marche).

Rando Québec a colligé sur son propre site internet, Balise Québec, des informations sur plus de 12 000 km de sentiers pédestres.

« Balise Québec reste le plus gros répertoire de sentiers au Québec, fait valoir Émilie Saulnier, directrice du marketing et des communications chez Rando Québec. Nous avons mis beaucoup d’informations : les chiens sont-ils acceptés ? Y a-t-il des services ? Des toilettes ? Des refuges ? Est-ce qu’on loue de l’équipement ? »

On y trouve notamment des cartes qu’on peut imprimer et apporter.

« Balise Québec est facile à utiliser sur un téléphone mobile, mais il reste que ce n’est pas une application, indique Mme Saulnier. On regarde si on ne pourrait pas aller plus loin. »

Elle n’a pas voulu dire quelle voie allait choisir la fédération, sinon qu’elle utilisera « un service déjà existant » pour une application mobile.

« Nous voulons que Balise Québec reste gratuit, accessible à tous, mais il faut rendre ça payant pour nous pour être sûrs de perpétuer toute cette information. »

La solution pourrait être de donner de la visibilité à des partenaires de Rando Québec.

« C’est encore embryonnaire. »