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Cannabidiol: prudence et intérêt

Des bouteilles de cannabidiol de la société suédoise... (Photo Ralph Orlowski, Reuters)

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Des bouteilles de cannabidiol de la société suédoise DeHolk AB

Photo Ralph Orlowski, Reuters

Depuis le 1er janvier, le cannabidiol (CBD) ne fait plus partie de la liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage, ce qui atteste par le fait même que cette composante de la marijuana n'améliore pas les performances de façon artificielle.

À l'heure de la légalisation du cannabis au pays, le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES), l'organisme chargé de l'application des règlements antidopage, prévient cependant les athlètes dans un message diffusé sur son compte Twitter: le CBD, «C'-est B-en D-angereux ».

Au même titre que pour les suppléments alimentaires, le CCES rappelle que l'absence de contrôle dans les processus de fabrication des huiles de CBD pourrait réserver de mauvaises surprises.

«Tu ne sais jamais ce que ça contient, a souligné Elizabeth Carson, gestionnaire des services du sport au CCES. C'est pour ça qu'on rappelle aux athlètes que même si le CBD n'est pas interdit dans le sport, il peut quand même contenir des traces de THC qui, lui, est interdit. Si un athlète utilise des huiles de CBD où la concentration de THC est plus élevée, ça peut poser un risque. L'athlète peut avoir un test positif s'il est utilisé en période de compétition.»

Le tétrahydrocannabinol (THC), la substance psychoactive du cannabis, est en effet autorisé hors compétition, mais banni en compétition à partir d'un certain seuil, augmenté à 150 ng/ml d'urine en 2013. Dans le cadre de la légalisation, le CCES a donc entrepris une campagne de sensibilisation visant à rappeler aux athlètes que cette interdiction vaut toujours. Sur 31 violations antidopage en 2017-2018, neuf concernaient le cannabis. Les athlètes fautifs évoluaient le plus souvent dans le sport universitaire et ont généralement reçu une suspension de deux mois.

D'un autre côté, l'autorisation du CBD depuis le 1er janvier a provoqué un vaste intérêt chez les producteurs et des sportifs en général. Au Canada, l'ex-planchiste Ross Rebagliati, momentanément dépouillé de sa médaille d'or aux Jeux olympiques de Nagano en 1998 après un contrôle positif au THC, est l'un des plus ardents promoteurs du CBD.

Aux États-Unis, le cycliste déchu Floyd Landis prétend s'être débarrassé d'une dépendance à des médicaments antidouleur à base d'opioïdes grâce au CBD. Il a même lancé une entreprise, Floyd's of Leadville, qui en fait le commerce depuis 2016.

L'un de ses clients est Andrew Talansky, ancien cycliste converti au triathlon. Dixième au Tour de France de 2013, sa réputation est sans tache. L'Américain a commencé à avoir recours au CBD après s'être étiré un fléchisseur de la hanche.

«J'en ai pris pendant quelques semaines et j'ai immédiatement senti une différence notable, a affirmé Talansky dans un article remarqué du magazine Outside. Et ce n'était pas seulement ma hanche qui allait mieux. J'étais moins anxieux, je dormais mieux.»

Le talent d'abord

Selon une étude d'une firme de marketing citée dans le même article, les revenus de la vente de produits de CBD atteignaient 170 millions US en 2016. Ce chiffre pourrait grimper à 1 milliard en 2020.

ALTIS, un centre spécialisé en athlétisme où s'entraîne le sprinter canadien et triple médaillé olympique Andre De Grasse, a récemment annoncé un partenariat avec Isodiol International. Cette entreprise de Vancouver se décrit comme un leader mondial de la production de CBD.

Sa filiale Iso-Sport finance un laboratoire dans les installations d'ALTIS, en Arizona, visant entre autres à faire de la recherche «sur l'impact du CBD sur différents aspects de la santé et de la performance de l'athlète». Dans le cadre de ce partenariat, ALTIS «distribuera et vendra les produits de performance de CBD» d'Iso-Sport.

Le THC et le CBD seront les deux composantes mesurées dans les articles mis en vente dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC). L'achat de produits contenant uniquement du CBD sera possible. «On parle le plus souvent d'huile», a indiqué un porte-parole de la SQDC, qui n'était pas en mesure de fournir un échantillon de prix.

Scott McFarlane, copropriétaire de l'équipe cycliste que souhaite commanditer Floyd's of Leadville, est prudent quand on lui demande s'il recommandera l'usage de CBD à ses athlètes.

«La plupart des gens diront que des études beaucoup plus larges doivent être menées, a soupesé l'entraîneur de métier. Il y a plusieurs sortes de CBD. Lesquelles sont efficaces pour ceci ou cela? Certaines affirmations dépassent les bornes.»

«De façon anecdotique, les témoignages qu'on entend sont vraiment, vraiment positifs. C'est pour ça que les gens sont si excités à propos de cette industrie et qu'elle est valorisée à ce point.»

Scott McFarlane
homme d'affaires et entraîneur

Directeur des sciences du sport à l'Institut national du sport du Québec, Guy Thibault n'avait jamais entendu parler du CBD et de ses prétendus effets avant une sollicitation pour une entrevue sur la question. «J'ai regardé s'il y avait beaucoup de littérature sur le CBD et le sport et il n'y en a vraiment pas beaucoup», a-t-il insisté.

À ses yeux, il existe d'autres moyens pour obtenir les bienfaits attribués au CBD, comme le yoga et la méditation pleine conscience. 

«Je viens du cyclisme, un sport qui a été tellement magané par le dopage, a souligné le chercheur. Personnellement, mon attitude est non seulement de prévenir le dopage, mais en plus d'éviter de recommander aux athlètes de prendre des substances ergogènes, même permises, comme les suppléments alimentaires. Dans mon esprit, il faut d'abord valoriser le talent de l'athlète, son travail et son encadrement.»




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