Le 17 septembre 1960, au Polo Grounds de New York, le demi défensif Chuck Shonta a recouvré un échappé du botteur des Titans sur le dernier jeu du match et l'a ramené dans la zone des buts pour donner aux Patriots de Boston la toute première victoire de leur histoire.

Daniel Lemay LA PRESSE

L'American Football League (AFL) naissante ouvrait alors un nouveau front dans la rivalité sportive entre New York et Boston: après le baseball et le hockey arrivait le football, de façon permanente cette fois, après toutes ces équipes éphémères que Boston avait alignées dans la vieille NFL et dans les multiples incarnations de l'AFL. Les Titans de New York sont devenus les Jets, adversaires réguliers des Patriots dans la nouvelle ligue puis dans la Conférence américaine de la NFL, après la fusion de 1970. Les Patriots mènent la série 53-52-1.

Avec le quart-arrière Joe Namath qui l'avait prédit, les Jets ont causé la première grande surprise du football moderne en battant les Colts de Baltimore au Super Bowl III (1968). L'autre grand pied de nez de «l'ère du Super Bowl» est l'oeuvre de «l'autre» équipe de New York: au Super Bowl XLII, le 3 février 2008 à Phoenix, les Giants ont infligé aux Patriots leur unique défaite de la campagne, les privant ainsi d'égaler la saison parfaite des Dolphins de Miami de 1972, la seule de l'histoire de la NFL moderne. La surprise du siècle, littéralement! Le match de dimanche prochain sera-t-il celui de la Super Revanche?

L'exploit des Giants de 2007, par ailleurs, représentait seulement le deuxième championnat sportif remporté par une équipe new-yorkaise aux dépens d'une rivale de Boston. Dans les grandes rencontres, c'est Beantown 4, Big Apple 2. Remontons dans le temps...

La «malédiction»

Tout ça a commencé non pas sur les plaines d'Abraham, mais au Fenway Park de Boston en 1912, quand les Red Sox ont remporté la Série mondiale contre les Giants de New York (qui déménageront à San Francisco en 1958). Les Red Sox jouent toujours au Fenway Park, inauguré en 1912. Tradition...

Équipe dynastique de l'époque, les Red Sox ont défendu leur championnat avec succès en 1916 en prenant cette fois la mesure des Robins de Brooklyn (un des cinq arrondissements de New York). Le meilleur frappeur des Robins s'appelait Casey Stengel tandis que les Red Sox avaient au monticule un as gaucher du nom de Babe Ruth. Légendes... Les Robins reprendront leur nom original de Dodgers en 1932 et remporteront leur première Série mondiale en 1955, menés par Jackie Robinson, anciennement des Royaux de Montréal et premier Noir à jouer dans les majeures.

Les Red Sox remportent encore la Série mondiale en 1918, mais après la saison suivante, leur nouveau propriétaire, un producteur de Broadway du nom de Harry Frazee, vend Babe Ruth aux Yankees de New York pour se créer des liquidités. Commence alors ce que les Bostonians appelleront «The Curse of the Bambino», du surnom de Ruth: la Malédiction du Bambino...

Pendant que, dans l'uniforme des Yankees, Babe Ruth accumule les circuits - son record de 714 sera finalement battu par Hank Aaron en 1974 -, les Red Sox croupissent dans les bas-fonds de la Ligue américaine; ils mettront 86 ans à remporter une autre Série mondiale. Entre-temps, ils y accèdent notamment en 1986 contre les Mets de New York. À une prise de la victoire, à la 10e manche du 6e match, le premier-but Bill Buckner laisse passer un faible roulant et cette erreur donne la victoire aux Mets et à l'ex-Expo Gary Carter, qui remporteront le 7e match - et la série - deux jours plus tard au stade Shea. Malédiction...

Rangers-Bruins

Dans la Ligue nationale de hockey, les Bruins de Boston et les Rangers de New York ont été, en 1929, les deux premières équipes américaines à s'affronter en finale de la Coupe Stanley. Les Rangers défendaient leur championnat acquis l'année précédente contre les Maroons de Montréal, au cours d'une série trois de cinq entièrement disputée au Forum. Menés par le méchant Eddie Shore, les Bruins gagnèrent leurs deux matchs au Boston «Gawden» pour remporter la première Coupe de leur histoire.

Les grandes rivales de la côte Est se sont retrouvées en finale en 1972, les Bruins avec Bobby Orr et Gerry Cheevers, les «Blue Shirts» avec le supertrio Gilbert-Ratelle-Hadfield. Les Bruins l'ont emporté en six matchs, leur dernière coupe avant celle de 2011.

Et la dernière fois que Boston a battu New York sur une grande scène.

Au fil des décennies...

Boston 4

Baseball 1916 Red Sox c. Giants

Baseball 1918 Red Sox c. Robins

Hockey 1929 Bruins c. Rangers

Hockey 1972 Bruins c. Rangers

New York 2

Baseball 1986 Red Sox c. Mets

Football 2007 Patriots c. Giants