Marie-Pier Boudreau-Gagnon a vécu l'aventure olympique de la pire façon qui soit en 2004. Limitée au rôle de réserviste au sein de l'équipe canadienne de nage synchronisée, elle a suivi les Jeux d'Athènes et ses coéquipières de loin, n'ayant même pas accès au village olympique. Cette pénible expérience s'est néanmoins révélée un point tournant dans sa carrière.

Mis à jour le 18 juill. 2008
Marc Delbès

«Je me suis alors promis que j'allais prendre les moyens pour ne plus jamais connaître pareille déception», confie l'athlète originaire de Rivière-du-Loup, qui vivra pleinement les Jeux de Pékin le mois prochain puisqu'elle prendra part aux épreuves en duo - en compagnie de Isabelle Rampling - et en équipe.

Avec le recul, elle reconnaît que le fait de ne pas avoir été retenue au sein de l'équipe olympique en 2004 lui a permis de grandir comme athlète.

«Avant, j'avais tendance à m'effondrer lorsque je vivais un échec, de crier à l'injustice. Au lendemain des Jeux d'Athènes, j'ai décidé de me retrousser les manches et de travailler avec plus d'acharnement à l'entraînement.»

Même si elle garde des souvenirs mitigés de son séjour à Athènes, elle estime que son rôle d'observatrice lui permet d'être mieux préparée en vue de l'expérience qu'elle s'apprête à vivre à Pékin.

«Je n'ai pas un grand souvenir de la cérémonie d'ouverture des Jeux de 2004 car, pendant que mes coéquipières défilaient dans le stade olympique, j'étais chez mes parents à Rivière-du-Loup. J'ai essayé de ne pas regarder la télévision, tellement j'étais déçue de ne pas être à leurs côtés.

«Une fois à Athènes, j'ai toutefois été gagnée par l'esprit des jeux même si, en tant que réserviste, je n'avais pas le droit d'accéder au village olympique. Cette expérience m'a permis de voir comment ça se passe et de dégrossir les jeux.»

De grandes aspirations

Boudreau-Gagnon en a fait du chemin depuis qu'elle a quitté sa famille et sa région natale à l'âge de 13 ans pour s'installer à Québec, où elle a joint les rangs du club Synchro Elite.

Membre de l'équipe nationale depuis 10 ans, elle a commencé à se démarquer lorsqu'elle a pris part aux trois épreuves (solo, duo et équipe) aux championnats du monde aquatiques présentés à Montréal en 2005. Elle a connu ses premiers succès sur la scène internationale en raflant deux médailles d'or aux Jeux du Commonwealth en 2007 (solo et duo avec Rampling). L'an dernier, elle a mérité deux médailles d'argent aux Jeux panaméricains (duo et équipe).

À Pékin, elle est d'avis que tous les espoirs sont permis même si les Canadiennes se retrouveront dans un rôle de négligés, derrière la Russie, championne olympique, le Japon, l'Espagne, la France et les États-Unis.

«Nous sommes classées sixièmes au monde en équipe et je crois que nous pouvons viser une troisième ou une quatrième place», constate l'athlète de 25 ans.

Même si sa carrière d'athlète l'a comblée jusqu'ici, Boudreau-Gagnon éprouve parfois des regrets d'avoir dû mettre un frein à ses études.

«J'ai toujours voulu faire des études supérieures», dit celle qui a interrompu l'hiver dernier ses études en administration à l'UQAM pour se concentrer sur son objectif de se qualifier pour les Jeux olympiques.

«Après les Jeux d'Athènes, je me suis même demandée s'il valait la peine de négliger les études au profit de mon sport. C'est un autre athlète - le patineur de vitesse Jean-François Monette - qui m'a fait réfléchir. Il m'a dit, 'Marie-Pier, tu seras toujours aussi intelligente dans quelques années mais pour la condition physique, ce n'est pas certain'.

«Même si c'est un gros sacrifice pour moi de remettre à plus tard les études, j'ai compris que mon sport me permet de développer des qualités qui me serviront dans mon après-carrière: la détermination, la discipline, l'assiduité.»

Après sa carrière sportive, Boudreau-Gagnon n'a pas encore tranché sur ce qu'elle aimerait faire, peut-être le droit ou la pharmacologie. Les arts de la scène l'attirent aussi beaucoup.

«J'apprécie le théâtre et la danse. Mais ce sont des milieux de travail insécures et j'ai besoin de plus de stabilité. J'ai toutefois beaucoup d'admiration pour les artistes. Ce sont des gens passionnés.»