Pour la Chine, les jeux Olympiques de Pékin sont «un rêve vieux de cent ans», qui s'apprête à devenir réalité, grâce à la ténacité d'un diplomate chinois et au soutien de l'ancien président du CIO Juan Antonio Samaranch.

Mis à jour le 21 juill. 2008
Charles Whelan

C'est vers 1908, selon les organisateurs des Jeux, qu'un éducateur et idéaliste de Tianjin, Zhang Bolin, a émis pour la première fois l'idée d'organiser en Chine les jeux Olympiques.

«Un grand monsieur chinois en a fait la suggestion il y a cent ans et depuis c'était notre rêve», raconte Deng Yaping, double champion olympique de tennis de table en 1992 et 1996.

Mais, à l'époque, ils n'étaient que quelques-uns à partager ce rêve dans un pays au bord de l'effondrement convoité par les puissances coloniales. Quelques années plus tard, le gouvernement nationaliste du Général Tchang Kaï-chek fit part de son intention de lancer une candidature pour organiser les Jeux dans les années 40, un projet qui s'évapora avec la chute du régime et l'arrivée des communistes au pouvoir après la sanglante guerre civile.

Réfugié à Taïwan, Tchang se battit pour que l'île soit reconnue par la communauté internationale, ce qui contribua à nuire aux rêves olympiques de Pékin.

Trois décennies à l'écart

La Chine communiste marqua les premiers points en envoyant une équipe aux Jeux d'Helsinki en 1952, au grand dam de la délégation taïwanaise qui se retira en signe de protestation. Mais Pékin eut beau mener une intense bataille en coulisse pour être reconnu comme la seule Chine par le CIO et obtenir l'exclusion de Taïwan, les communistes ne parvinrent pas à leurs fins.

Irritée, la Chine boycottait Melbourne en 1956 et se retirait du mouvement olympique l'année suivante.

Elle en resta à l'écart pendant trois décennies, jusqu'en 1979. À l'origine de son retour dans le mouvement olympique, un homme-clé: He Zhenliang.

Linguiste de formation, He Zhenliang, fut nommé au ministère des Sports en tant que diplomate par le premier ministre Zhou Enlai, le dirigeant chinois à l'origine de la partie de ping-pong avec les États-Unis et qui voyait le sport comme un excellent moyen pour la Chine d'exercer son influence.

En 1978, Deng Xiaoping, revenu dans le giron du pouvoir, ressuscite les rêves olympiques chinois, aidé par He Zhenliang qui négocie le retour de la Chine au sein du mouvement politique.

Le grand héritage de Samaranch

Ce dernier devient membre du CIO en 1981, puis en moins de dix ans vice-président de l'organisation. «C'était un personnage populaire dans les cercles sportifs et sans lui, c'est difficile d'imaginer que la Chine aurait pu obtenir les Jeux», souligne Susan Brownell, spécialiste du sport chinois qui a traduit en anglais les mémoires de l'homme.

Il peut alors compter aussi sur un fervent partisan de la Chine: Juan Antonio Samaranch. L'Espagnol, président du CIO de 1980 à 2001, «voyait le choix de Pékin pour les Jeux comme le plus grand héritage qu'il pouvait laisser», selon Mme Brownell.

En 1990, Pékin présente sa première candidature, pour les Jeux de l'an 2000. Mais l'ombre de la violente répression des étudiants sur la place Tiananmen en juin 1989 plane sur son dossier et le CIO choisit en 1993 de confier les Jeux à Sydney, à deux voix près.

Les dirigeants chinois ravalent leur déception et se relancent dans la course pour obtenir les Jeux de 2008, avec une équipe renforcée autour de He Zhenliang.

À Moscou le 13 juillet 2003, la Chine voit finalement son souhait exaucé. Pékin remporte les Jeux d'été 2008 en recueillant 56 des 105 votes, loin devant ses deux principales rivales, Toronto (22) et Paris (18).