Mercredi dernier, Padraig Harrington ne croyait pas trop en ses chances. Non seulement de gagner l'Omnium britannique, mais tout simplement d'y participer.

Mis à jour le 21 juill. 2008
Paul Journet

Blessé au poignet droit, le champion défendant n'avait joué que 9 trous la veille, et osé trois élans complets dans toute sa journée.

«C'était finalement une bonne distraction, racontait l'Irlandais hier à ABC, tout souriant quelques minutes après sa victoire. Ça m'a permis de me reposer avant le début du tournoi. Et aussi, personne ne me posait de questions sur la défense de mon titre. L'année prochaine, il faudra que je trouve des moyens similaires pour enlever la pression.»

Cette pression, l'Irlandais de 36 ans n'a pas semblé trop la ressentir hier. Il a commencé sa journée à +4, deux coups derrière le meneur, Greg Norman. C'est toutefois Harrington que les preneurs au livre favorisaient (3 contre 1), devant Norman (4 contre 1).

Ces probabilistes ont vu juste. Dès le début de la ronde, Harrington a prouvé que l'expérience ne se résume pas à la somme d'années vécues. C'est aussi ce qu'on a appris de ces années.

Harrington jouait comme le vétéran. Conservateur, il optait souvent pour un fer du tertre de départ. Pourtant meneur, Norman s'obstinait à sortir son bois 1. Et labourait ensuite le foin du Royal Birkdale avec ses fers.

Après quatre bogueys en six trous, Harrington devançait le Requin. «Je me sentais très bien mentalement aujourd'hui. J'ai aussi frappé de bons coups toute la journée, à part au septième», expliquait-il.

Harrington joue lentement, cale de longs roulés pour sauver la normale et marche bizarrement en se dandinant de gauche à droite, les yeux rivés au sol. Le genre d'adversaire qui énerve.

Sa victoire, il l'a aussi méritée avec un remarquable 32 sur le neuf de retour, incluant un aigle à son avant-dernier trou. Ce coup de grâce: un bois 5 de 270 verges, sur une pente descendante avec des vents de gauche à droite soufflant à environ 60 km/h, logé à seulement trois pieds. Sûrement un des meilleurs coups de sa carrière.

«Dès que je l'ai frappé, mon cadet m'a dit: «Beau coup!» Je savais que c'était spécial, car il ne lance jamais ce genre de commentaires.»

Quelques secondes plus tard, on commençait à graver son nom sur le Claret Jug. Mais Harrington restait alerte. Car la catastrophe n'est jamais loin à l'Omnium britannique. L'année dernière à Carnoustie, il envoyait deux balles à l'eau à son 72e trou. Double boguey. Par chance, Garcia cafouillait aussi, et lui permettait de disputer une prolongation.

«C'est seulement quand mon coup de départ (bois 3) a levé dans les airs au 18e que j'ai commencé à respirer. (...) J'ai prouvé à Carnoustie qu'on n'a jamais assez de coups d'avance sur le dernier trou», blaguait-il après sa ronde.

Norman brisé, encore

À 53 ans, Greg Norman avait la chance de devenir le plus vieux champion d'un majeur. Pour une septième fois en huit occasions, il a plutôt perdu un majeur qu'il menait après 54 trous.

"Bien sûr, je peux être démoli par cette expérience. Mais je peux aussi choisir d'être grandi", expliquait-il après sa ronde à ABC.

De son propre aveu, il jugeait ses chances "presque nulles" à l'aube du tournoi. Puis plus le temps avançait, plus on avait l'impression de revoir le meilleur et le pire du Requin des jeunes années. Celui qui mène, et aussi celui qui prend beaucoup de risques, plisse la lèvre inférieure et bloque la balle sous pression.

L'échec doit laisser un goût amer dans sa bouche. Après des décennies à essayer de dominer le golf, l'homme d'affaire nouvellement marié est confronté une fois de plus à cette angoissante question: et si?

Ian Poulter, lui, garde la tête haute. L'Anglais érige peut-être la métrosexualité en vertu avec son accoutrement, mais avec ses bâtons, il se bat comme un Néandertal.

Poulter s'exerce souvent en écoutant de la musique. Hier, il semblait entendre Final Countdown en fin de parcours. Les poings serrés, les couteaux dans les yeux, il a retranché trois coups à la normale dans ses 14 derniers trous. Après des roulés de 20 pieds au 16e et au 18e, son cumulatif de +7 le plaçait en tête au pavillon. Les prouesses de Harrington l'ont finalement relégué au deuxième rang. Mais contrairement à Norman, il lui reste encore plusieurs chances.