La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Léonie*, 44 ans

Publié le 5 juin
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Ou est-ce la vie qui lui sourit ? Toujours est-il que Léonie a le bonheur facile. Au quotidien, comme au lit. Entretien.

« Je lis cette rubrique chaque semaine », confie la brunette quadragénaire, attablée dans un petit café de Verdun, un matin de canicule. « Et j’avais envie d’offrir un peu d’optimisme. Parce que ça se peut, avoir des épreuves dans la vie, cheminer, et trouver son bonheur... »

Non, Léonie n’a pas vécu d’immenses épreuves. Ni de gros bouleversements. Mais son lot de petites et moyennes peines, « comme tout le monde », quoi. Et à l’entendre se raconter avec douceur, et ce je ne sais quoi de philosophique dans le ton, on comprend qu’elle ne s’en fait pas trop, ni dans la vie en général ni en amour en particulier.

Sa première fois ? Non, pas avec un chum. Mais avec un type « pas significatif » rencontré dans un bar. « Peut-être parce que toutes mes amies l’avaient vécu, et que je me trouvais sur le tard ? »

Elle avait 19 ans, et était « rendue là », comme elle dit. Rendue là dans sa tête, mais pas exactement dans son corps. Elle s’en souvient encore. « J’étais très naïve, j’avais très peu de connaissances de la sexualité, dit-elle en riant. Je pensais que ça se limitait à la pénétration ! Oh, mon Dieu, c’est plus vaste que ça ! »

Verdict ? « Une bonne première fois. » Parce que sans attente, donc sans déception. « Mais le fait que je ne l’aime pas n’était pas un enjeu », précise-t-elle.

Et puis ? Et puis Léonie s’est fait un vrai « copain », avec qui elle a passé une année. « On s’appréciait beaucoup, poursuit-elle, et là, la découverte s’est faite dans un contexte plus confortable. C’était une vraie relation amoureuse. » Au lit ? « Tout le temps très agréable, très respectueux, des pratiques standards », résume-t-elle pudiquement, en riant toujours.

Au début de la vingtaine, Léonie se fait ensuite un autre amoureux, une histoire qui dure cette fois quatre ans, avec un homme timide qui, fait à noter, avait un petit pénis. « Il avait vu un médecin, effectivement, il était plus petit que la moyenne, mais ce n’était pas un enjeu pour moi. Mais pour lui, oui. »

À partir du moment où on a parlé de son enjeu et que je lui ai dit : “Il n’y en a pas, de problème”, ç’a toujours été très agréable.

Léonie

« Pour moi, ça ne faisait pas de différence », insiste-t-elle. D’ailleurs, leur sexualité était tout à fait « standard ».

Parenthèse : « Ce n’est pas central, pour moi, la sexualité, précise ici Léonie. Ça fait partie de la relation. Mais je ne voudrais pas que ça prenne trop de place dans ma vie. Pour moi, c’est une prolongation de la relation. » Si relation il y a. Sinon, « c’est juste pour le plaisir ». Ni plus. Ni moins. Fin de la parenthèse.

À la mi-vingtaine, Léonie se sépare, et passe alors cinq années célibataire. « Là, j’ai réalisé que ce n’était pas si facile de rencontrer quelqu’un. Je ne dirais pas que je vivais des échecs, mais il était rare que je sente un fit... »

Alors qu’on s’attend à ce qu’elle peste un brin sur les sites de rencontre, Léonie se ravise. « Ah non, ce n’est pas vrai ! J’ai eu une relation de neuf mois avec un gars ! » Pas n’importe qui : probablement son « plus le fun » au lit à vie. « Je ne sais pas pourquoi. En matière de pratique, c’était la même chose, mais je le sentais très confortable dans son corps. Il voulait me faire plaisir. C’était mutuel et très passionné... »

Un amour de raison

Au tournant de la trentaine, Léonie commence toutefois à avoir hâte de se caser. C’est à ce moment qu’elle rencontre le père de ses enfants. Une rencontre qu’elle qualifie ici de « rationnelle ». Bref, moins passionnelle. « Encore une fois [sexuellement] c’était très bien, agréable, dans le respect, mais peut-être moins passionné qu’avec d’autres... »

Si la « connexion » s’est éteinte avec le temps (« on n’était pas des robots, mais un peu... »), et leur vie sexuelle a fini par devenir plutôt « ennuyante », l’histoire a tout de même duré 10 ans. Pour se conclure autour de ses 40 ans. « Personne ne souhaite ça, laisse-t-elle tomber. Mais en même temps, on est demeurés de bons amis, ça se passe bien », prend-elle soin de préciser.

Depuis ? Les premiers mois, Léonie choisit de « profiter de sa liberté ». Mais pas pour multiplier les rencontres. Plutôt se retrouver. Elle-même. « Redécouvrir qui j’étais. »

Et puis, croyez-le ou non, mais tout à fait par hasard, elle a fait la rencontre d’un homme, son amoureux actuel, sur ses lieux de travail. « J’ai redécouvert l’amour ! » Elle n’en revient visiblement pas. « Moi, je m’étais dit : “Je suis très bien seule, je suis indépendante, je n’ai pas besoin de quelqu’un pour être heureuse”, alors je suis extrêmement étonnée ! »

Je suis tombée sur l’amour par hasard !

Léonie

Elle ne se fait pas prier pour raconter l’affaire : le coup d’œil ici, l’échange de textos là, puis l’invitation à prendre un verre. « C’est juste dans les films qu’on voit ça, non ? s’émerveille-t-elle. Aujourd’hui, tout le monde se rencontre sur le web ! »

Si la connexion a été immédiate, et qu’ils vivent aussi une sexualité « très saine », avec des petites vites ici ou là (« moi, 15 minutes, ça fait mon affaire ! »), leur histoire n’est pas un long fleuve tranquille non plus. Pour toutes sortes de raisons, ils ont même pris une petite pause un mois. Tout dernièrement, en fait.

Si cette « pause » l’a blessée ? Assurément. « J’étais très triste, confie Léonie. Mais je suis une personne très résiliente. Et je suis extrêmement privilégiée d’être comme ça. Ce gars, je l’aime beaucoup... » Alors elle a compris qu’il avait besoin d’espace, et elle lui en a donné. D’ailleurs, ils se voient un peu moins depuis. « Et ça me convient, précise-t-elle. Je suis quelqu’un qui a besoin d’une forme de liberté. Du temps à moi, ça fait bien mon affaire. »

C’est sans doute le secret de son bonheur, d’ailleurs. « Je souhaite à tout le monde cette résilience-là, dit-elle. C’est comme une acceptation de la vie. Tout n’est pas facile tous les jours, mais j’essaie de le prendre avec philosophie. »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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