Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Josée*, début cinquantaine

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Josée a eu une vie amoureuse assez « rocambolesque ». Haute en rebondissements, assurément. Quoique peu de relations. Et surtout, peu engagées. Alors à l’aube de la quarantaine, elle a osé : elle a fait un bébé (plus ou moins) toute seule (c’est compliqué, vous verrez). Et plus de 10 ans plus tard, elle ne regrette rien. Entretien avec une mère sereine.

Josée a fait le saut, il y a quelques mois, en lisant le témoignage d’Audrey*. Souvenez-vous : la trentenaire célibataire y racontait son ras-le-bol face à la frilosité des gars à s’engager. Pour finir, elle songeait à faire un enfant seule.

« C’est mon histoire ! », a réagi Josée, rencontrée récemment, dans un chic café de la couronne nord. Rieuse, en robe fleurie, tout sourire, elle a visiblement envie de se raconter. « J’ai toujours voulu des enfants, lance-t-elle, attablée devant son café décaféiné. Toujours, toujours, toujours. Je n’ai jamais pensé que la vie ferait en sorte que, heille, à 40 ans, je n’aurais toujours pas d’enfant. Je pensais que j’allais rencontrer quelqu’un, et qu’on ferait des bébés. » Tout simplement.

Et elle en a rencontré : des chums au secondaire, au cégep, à l’université. Sexuellement, « ç’a toujours bien été », précise-t-elle. « J’ai toujours été très à l’aise. Et encore aujourd’hui. » Elle pouffe ici de rire en précisant : « Mais je n’ai pas besoin de feux d’artifice. Je suis très à l’aise, mais un gars qui veut du sadomasochisme, de l’échangisme ou des trips à trois, ça ne m’intéresse pas ! » Mais attention : « Ça ne veut pas dire que je suis plate, pouffe-t-elle de plus belle. J’ai eu de très bons amants. Et pas de problème avec ma sexualité ! »

De bons amants, certes, mais peut-être de moins bons compagnons. Assurément pas de futurs papas.

Début trentaine, j’ai commencé à me sentir prête. Mais le gars avec qui j’étais, oups, lui, il ne le sentait pas…

Josée

Elle a donc laissé cet amant « moyen » (« Tu vas tout raconter ça ? glousse-t-elle de nouveau. Ce n’est pas pour ça que je l’ai laissé ! »), en quête d’un homme à la fibre plus paternelle, vous l’aurez compris. S’en est suivie une autre relation, avec un type cette fois un peu plus vieux, établi, « bien installé financièrement ». « Le setup parfait », croyait-elle. Mais manque de pot, monsieur non plus ne voulait pas de famille. « C’est devenu un sujet tabou », se souvient Josée, par ailleurs très amoureuse.

Une grosse peine d’amour plus tard, Josée se retrouve, fin trentaine, de nouveau célibataire. Et elle n’a qu’une idée en tête : son projet de vie. « C’était trop important pour moi. Et là, je me suis dit : je n’attends plus ! »

Le « projet »

Alors elle fonce : elle entreprend les démarches, passe une batterie de tests, avant de prendre son fameux rendez-vous dans une clinique de fertilité.

Vous pensez que le projet bébé a pris toute la place ? Erreur. Surtout : coup de théâtre. Parce que, au même moment, et contre toute attente, elle fait plutôt la rencontre d’un type qui lui plaît vraiment. Accrochez-vous, ce ne sera pas le premier rebondissement : « Il y avait une attirance, ça cliquait, se souvient-elle. À part qu’on ne se rejoignait pas sur nos projets de vie… » Encore une fois, vous l’aurez compris, monsieur non plus ne veut pas d’enfant. Et pour une excellente raison : il en a déjà, est en prime vasectomisé, bref, dans sa tête (et son corps), la paternité, c’est terminé.

« Alors j’ai continué mon projet », résume-t-elle.

Mais l’attirance, elle, a perduré. En clair : monsieur a continué de lui tourner autour, eux de se fréquenter, même si, en toute sincérité, « sur papier, ça a l’air complètement fou ! », dit-elle.

Fou, et pourtant bien vrai : « On était bien ensemble, point. » Ils ont essayé de cesser de se voir, un peu à cause de la « peur du jugement des autres », analyse-t-elle avec le recul. « Mais on n’était pas capables, dit-elle. On s’aimait ! »

« C’est weird », grimace-t-elle ici, n’empêche qu’elle ne s’est pas trop posé de questions (il faut dire qu’elle avait d’autres préoccupations), elle n’a pas non plus tenté de « psychanalyser » son amant, le temps a passé, et, tenez-vous bien, monsieur est venu à l’accouchement ! « Mais il n’était pas question qu’il soit le père, précise-t-elle. C’était clair : c’était mon projet. » Elle réfléchit tout haut et ajoute : « Je n’osais pas me projeter. Peut-être par peur d’être déçue ? Je ne sais pas. Mais c’était vraiment mon projet. J’assumais vraiment. »

Et puis, nouveau coup de théâtre, un an après l’accouchement, Josée et « l’amoureux » achètent une maison, et quelque temps après, le plus naturellement du monde, quelque chose se produit : « Je ne sais pas si c’est mon fils qui l’a dit en premier ou lui, mais ça s’est fait » : le mot « papa » a été prononcé, et c’est resté.

C’est une belle histoire, quand même !

Josée

Une belle histoire, mais pas non plus un conte de fées. Parce que, avec le temps, la vie, et les priorités, « le train-train quotidien », comme elle dit, ils se sont tranquillement éloignés. « On s’est perdus comme couple. Comme dans bien des histoires que j’entends. » Et huit ans plus tard, ils se sont quittés.

Nouvelle surprise : monsieur a demandé la garde partagée ! « Oui, s’étonne-t-elle encore. Moi-même, j’étais sceptique ! » Son explication ? « Je l’aime, cet enfant-là ! Je me suis attaché. » Bilan : « On a super bien réussi notre séparation. »

Détail non négligeable : son enfant est évidemment au courant, mais dans sa tête de jeune ado, son père, « c’est papa ». « Dans sa vie, en ce moment, il est très à l’aise : il a un père qui l’aime, une mère qui l’aime, il est très heureux. »

Et puis ? Célibataire depuis quelques années (« c’est vraiment difficile de rencontrer quelqu’un en ce moment ! », glisse la « mère » qui aimerait désormais investir la « femme »), Josée ne regrette rien. Au contraire. « Parce que sinon, je n’en aurais jamais eu. Et ç’aurait été un grand drame pour moi. » Certes, elle a eu quelques deuils à faire : « Le deuil de te rappeler le moment où ton enfant a été conçu, le deuil de porter l’enfant de l’homme que tu aimes, c’est sûr que j’aurais aimé ça ! […] Mais en même temps, je l’aime tellement, cet enfant-là ! », dit-elle en souriant, les yeux brillants.

Morale : mesdames, si vous êtes dans le même bateau qu’Audrey*, « si vraiment ça vous habite, go, résume Josée. Mais ça doit rester un plan B. Tu ne fais pas ça à 28 ans. À 35 ? Tu peux commencer à y penser »…

Surtout : assumez-vous. Et choisissez-vous, dit-elle : « Choisissez-vous avant de choisir quelqu’un d’autre. Moi, je me suis choisie. Je me suis dit : je n’attends plus. Je vais de l’avant. Qui m’aime me suive ! » Elle pourrait difficilement dire mieux.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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