Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Philippe*, début cinquantaine

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Philippe a été en couple pendant 25 ans avec la mère de ses enfants. Une fois séparé, il s’est senti désarmé, maladroit et en mal d’outils pour rencontrer. Pour séduire. Et pour plaire, surtout. Alors il a voulu apprendre. Et de toute évidence, sa formation lui a drôlement servi. Voici comment.

L’homme, début cinquantaine, nous a donné rendez-vous un vendredi midi ensoleillé, dans un joli parc de Saint-Lambert. Avec sa chemise à carreaux, son jean et ses cheveux grisonnants au vent, il a tout l’air d’un prof de cégep (qu’il n’est pas). Réfléchi, il se confie doucement, quoique sans filtre et en toute franchise, dans un récit ponctué de rebondissements, et autant de (discrets) fous rires.

Mais commençons par le commencement. Après quelques amourettes de jeunesse, Philippe a rencontré la mère de ses enfants au début de la vingtaine. Et non, la flamme ne s’est pas ici éteinte avec le temps. En fait, la connexion a toujours été au rendez-vous. « On avait une belle chimie, on s’est découverts l’un l’autre en même temps, se souvient-il. Et on a grandi là-dedans. »

Exemple ? « On a essayé différentes affaires, comme se masturber pendant l’amour. Je me suis senti diminué au début, se souvient-il, visiblement amusé. Mais avec le temps, j’ai trouvé ça excitant... »

Même avec les enfants, et l’usure des années, leur connexion a perduré. « Ça n’a pas été la cause de la rupture, précise-t-il. Même que c’était l’affaire qui allait bien. »

Ce qui n’allait pas ? Ce n’est pas sans intérêt pour la suite des choses : « Elle me critiquait beaucoup... »

Je pense que je suis un bon gars, je fais une bonne job de père, mais elle n’était jamais contente. En tout cas, c’est mon point de vue. J’avais besoin de compliments. Mais elle n’était pas capable…

Philippe

Une thérapie de couple plus tard et il a fini par la quitter. « Je ne voyais pas de réconciliation. » Et puis ? « L’euphorie », sourit-il. « J’avais tout essayé pour sauver mon couple, alors je n’étais pas dans la peine ni le doute. J’allais vers l’avant. » Et l’avant, pour lui, c’était « des milliers de femmes disponibles ». Il faut dire qu’il était au tournant de la cinquantaine, avec des enfants devenus grands, et du temps enfin pour lui. Rien que pour lui. Sa première tentative sur un site de rencontres est, à sa grande surprise, un franc succès. « On s’est rencontrés une fois, je suis allé chez elle et on a couché ensemble. » Le hic ? « Je n’ai pas eu de plaisir. » D’où le questionnement : « Est-ce que je me suis fourré ? s’inquiète-t-il. Mon Dieu, la sexualité à 50 ans, est-ce que c’est ça ? »

Sa deuxième rencontre est plus fructueuse : l’aventure dure un an, madame apprécie cette fois Philippe, le lui dit, et il reprend un peu du poil de la bête, comme on dit. « Elle me trouvait bon sexuellement, beau, brillant, ça me faisait du bien. Elle me donnait ce que je cherchais. » Sauf qu’il finit par découvrir qu’elle le trompe. Et lui ment, par-dessus le marché. « C’est le mensonge que je n’aimais pas. Que l’autre aille voir ailleurs, ça ne m’enlève rien », précise-t-il. Une précision qui en dit long sur son avenir à lui.

Mais poursuivons. C’est que c’est à la suite de cette déception, très exactement, que Philippe décide de prendre le taureau par les cornes : « J’avais besoin d’outils », explique-t-il. Il veut apprendre. Développer des habiletés. Et surtout gagner en assurance.

Il tombe alors et un peu par hasard sur une école de séduction. « Je trouvais ça ridicule », avoue-t-il d’emblée. N’empêche : il s’essaye. Et là, surprise : « Ils m’ont vendu leur salade. Puis fait parler de mon histoire. De mes besoins. Et je les ai trouvés vraiment à l’écoute. »

À l’école de la confiance en soi

Parenthèse : Philippe a fait plusieurs thérapies dans sa vie. Et il n’a jamais eu peur d’y mettre le prix. « Si ce que ça m’apporte peut me servir pendant 10, 20, 30 ans, c’est cool. Et ça ne revient pas cher pour le plaisir », avance-t-il, en se faisait toutefois discret sur le prix de sa formation.

Toujours est-il qu’il a appris ici à trouver ses forces, ses faiblesses, ce qu’il souhaite. Et des stratégies pour y parvenir. « On faisait des exercices de confiance et des exercices d’approche », illustre-t-il. Exemple ? En arrivant à un rendez-vous, Philippe a appris à engager la conversation, demeurer dans la légèreté, et finalement passer un bon moment. Tout un revirement par rapport à ses expériences passées. « Avant, je sentais que j’allais passer une entrevue ! » Certes, « ça a l’air niaiseux », dit-il en riant, n’empêche que ça fait toute la différence du monde, comprend-on.

Résultat ? L’année suivante, Philippe a dû rencontrer une bonne vingtaine de femmes. Sa confiance a bondi, entre autres parce qu’il a arrêté de s’imposer toute cette pression à chaque nouveau rendez-vous. « Et ça faisait des rendez-vous vraiment plus le fun. Que ça aboutisse ou non, je savais que ça ferait un rendez-vous intéressant. [...] J’aimais beaucoup le feeling : aller à un rendez-vous et me sentir prêt. Dans le moment présent. » Et contre toute attente : la plupart du temps « ça y allait », résume-t-il en souriant, pas peu fier. En un mot : les rencontres aboutissaient. Et Philippe s’amusait. Pourquoi ? Il a sa petite théorie sur la question.

J’étais dans l’abondance. Et quand on est dans l’abondance, on nourrit la confiance.

Philippe

Il poursuit : « Ça roulait, c’est effrayant, il a fallu que je prenne des vitamines, dit-il en riant de plus belle. Mais j’aimais ça ! J’en avais besoin pour me guérir de mon ancienne vie de chat mouillé ! » Oui, si vous voulez tout savoir, Philippe dit avoir toujours été honnête avec ses conquêtes. Au bout d’une nuit ou deux, il leur disait franchement : « Je vois d’autres femmes, si ça te dérange, je comprends. Mais j’aimerais qu’on continue. Et neuf fois sur dix, elles voulaient continuer ! », s’émerveille-t-il.

Mieux, au lit, justement, elles lui « renvoyaient un beau miroir » : le type confiant, soucieux du plaisir des autres, joueur, quoique patient. Cochon, mais respectueux. « C’est quelque chose que j’ai appris avec la confiance », avance-t-il.

Ce faisant, il a tout essayé, et coché toutes les cases de ses fantasmes. Trip à trois, à cinq, clubs échangistes. Et quelque part, c’est un nouvel homme. « Et ma blonde d’aujourd’hui, je l’ai connue dans cette folie-là... » On ne l’avait pas vue venir, celle-là. Si, aux débuts, il a poursuivi ses « folies », comme il dit, « petit peu par petit peu », Philippe est tombé amoureux. « J’ai découvert sa valeur. On a bâti. Et petit peu par petit peu, ma machine infernale s’est amenuisée. Et à un moment donné, j’ai arrêté de l’alimenter, et j’ai naturellement mis plus de temps sur ma fréquentation principale. » Ça semble trop beau pour être vrai. Et pourtant. Il confirme que cette nouvelle flamme lui apporte énormément. Tout ce qu’il a toujours cherché, en fait. « Donc, dans le fond, mon histoire finit bien. J’ai comme trouvé, après plein de péripéties, et tout ça a été nourrissant. J’ai l’impression que l’homme qu’elle aime aujourd’hui n’aurait pas existé si je n’avais pas fait tout ça. » Tiens, tiens. Morale ? « Ça vaut toujours la peine d’investir en soi », conclut-il.

* Prénom fictif, pour préserver son anonymat

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