Une jeune femme sur cinq souffre de douleurs pendant ses relations sexuelles. Un mal répandu, quoique méconnu, et malheureusement trop souvent mal traité. Bonne nouvelle : une chercheuse montréalaise vient de mettre au point une thérapie pour sinon en venir à bout, du moins drôlement améliorer la santé sexuelle des principales intéressées. Et de leurs partenaires au passage. Explications, défis et espoirs, en quatre temps.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Un mal répandu

« Ça va passer », « c’est dans votre tête », « un petit verre de vin et tout ira mieux ». C’est, encore trop souvent, ce que se font dire toutes ces femmes aux prises avec des douleurs chroniques, sensations pénibles de brûlure et autres vives souffrances à la pénétration, et pendant leurs relations. D’après les enquêtes, 20 % des femmes de moins de 30 ans (y compris les adolescentes) souffrent de telles douleurs, et 15 % des femmes, tous âges confondus. « C’est très élevé, à comparer à la prévalence de la dépression ou des troubles anxieux ! », fait valoir Sophie Bergeron, psychologue à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les relations intimes et le bien-être sexuel. Or personne n’en parle. Surtout, toutes ces femmes sont terriblement « négligées » et mal « servies », tout particulièrement hors des grands centres, dénonce la chercheuse, qui vient de publier une étude à l’inverse pleine d’espoir sur le sujet, dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology.

Consultez l’étude (en anglais)

Un mal méconnu

Avant d’y venir, il faut savoir que ces douleurs, comme toutes les douleurs chroniques, ont des causes multiples, souvent méconnues. Et c’est ce qui fait toute la complexité du traitement. « C’est biopsychosocial », résume Sophie Bergeron, également directrice du Laboratoire d’étude sur la santé sexuelle de l’UdeM. « Il y a clairement des facteurs biomédicaux qui sont déclencheurs. » Ce sont, par exemple, des femmes aux prises avec de plus grandes inflammations, des infections à répétition, une plus grande sensibilité. « Il y a quelque chose qui se passe en termes d’inflammation. » En prime, et c’est documenté, ces femmes peuvent aussi avoir des anomalies au niveau du plancher pelvien. Mais là encore, le doute subsiste : ces anomalies sont-elles le fruit ou la cause des douleurs en question ? « On ne le sait pas, poursuit la chercheuse. Et c’est dur à étudier. » Enfin, des facteurs psychologiques (anxiété, stress, etc.) entrent aussi en jeu. Mais attention : ce sont là des facteurs de risque, et non des causes. « Ce n’est pas la même chose », nuance la chercheuse.

Une approche en nuances

Toujours est-il que face à la complexité du problème, peu de traitements existent, hormis l’application d’une crème anesthésiante, la lidocaïne. Sophie Bergeron et son équipe ont donc lancé une étude sur 5 ans auprès de 108 couples aux prises avec un diagnostic de vestibulodynie provoquée (le diagnostic le plus fréquent en matière de douleurs sexuelles), afin de mesurer l’impact de la thérapie dite cognitivo-comportementale. En gros, la thérapie, qui s’est étirée sur 12 séances, a ciblé à la fois la douleur d’un côté (et les pensées, comportements et interactions de couple en jeu, notamment l’anxiété, la peur d’avoir mal, la peur du rejet, etc.) et les difficultés sexuelles de l’autre. « Quelle est l’importance de la vie sexuelle au sein du couple ? demande la chercheuse. Par exemple, ce peut être important parce qu’on se sent plus proche, on est de meilleure humeur, cela apporte du plaisir. L’idée, c’est de trouver des motivations plus positives », dit-elle. Et s’éloigner, ce faisant, des motivations plus négatives (comme pour éviter la chicane, un évitement associé précisément à la douleur).

Des résultats bien réels

Conclusion ? Le succès est sans équivoque. Les participants ayant suivi la thérapie se sont montrés manifestement plus satisfaits de leur vie sexuelle que le groupe témoin (à qui l’on a prescrit une crème), et ce, après six mois seulement : deux fois plus de satisfaction pour les femmes, et trois fois plus pour les hommes. Sophie Bergeron se félicite d’avoir intégré ici les partenaires, également affectés, et dont le rôle est surtout clé. « C’est vraiment un problème qui se vit à deux, et donc nous voulions intégrer davantage les partenaires, dit-elle. Les partenaires vivent aussi des émotions : ils se sentent rejetés, se questionnent sur ce qu’ils font de pas correct. Ici, au lieu de changer comment on se sent, on accueille les émotions. » Son souhait ? « J’espère que ces résultats vont amener plus d’attention à l’importance des traitements psychologiques pour cette problématique, et que ce sera davantage pris au sérieux. »

Pour en savoir plus sur cette thérapie :

Consultez le site de la clinique universitaire de psychologie de l’Université de Montréal Consultez le site des services de thérapie sexuelle et de couple du Centre universitaire de santé McGill Écrivez à Sophie Bergeron pour des ressources en région

Recherche de participants

Sophie Bergeron, psychologue à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les relations intimes et le bien-être sexuel, lance à l’automne une autre recherche sur les vertus de la thérapie de couple, cette fois pour les femmes qui souffrent d’un trouble du désir. C’est votre cas ? Vous aimeriez participer ?

Écrivez à Sophie Bergeron