Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Peter*, 54 ans

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Oui, un couple heureux au lit comme dans la vie, ça se peut. Heureux depuis des décennies, par-dessus le marché. Entretien avec un « extraterrestre » autoproclamé.

Peter nous a donné rendez-vous un matin sur la Rive-Sud, pour un entretien en plein air en toute simplicité. Il est avec sa femme depuis bientôt 40 ans, a trois enfants, une belle vie, rien de spécial à signaler, résume-t-il d’emblée. « Des belles histoires, il y en a, dit-il, souriant, j’en suis la preuve vivante ! »

Avant notre rencontre, il s’est tout de même posé la question : « Mais qu’est-ce que je vais dire ? confie-t-il en riant. On est normaux ! » Tout simplement. Mais pas non plus sans histoire, vous verrez. Un brin « anormal » aussi, pour l’ère du temps. Et il le sait : « Il y a tellement de couples brisés. On est un peu des extraterrestres... »

Prenez sa toute première relation sexuelle. C’était avec elle. Oui, sa femme. Il devait avoir 15 ans. Elle, 13. « Je ne me souviens pas exactement où ni comment, je n’ai pas de souvenir. Mais c’était sur de la musique, je pense : Endless Love... » À ce jour, quand ils entendent la chanson, ils se font un clin d’œil. « Il n’y avait pas l’internet dans ce temps-là, alors ç’a été ça : on a essayé, et on a trouvé le mode d’emploi comme deux ados. » Aussi simple que ça.

Et puis ? « Et puis rien de spécial, dit-il en souriant toujours. On était deux jeunes qui s’aiment, qui s’embrassent, et qui couchent ensemble. »

Les années ont passé, ils ont fait des études, et ils se sont mariés. « On y croyait, à l’institution du mariage : on solidifiait notre relation. »

Rapidement, madame est tombée enceinte. Non, elle n’a pas eu des grossesses faciles, ç’a même été particulièrement épique. Pensez : hospitalisation, des mois durant. Mais le couple n’a pas pâti pour autant. Ni quand il a eu des pépins financiers. Ni non plus quand Peter a été malade une année. Ç’a été des « épreuves », résume-t-il, mais rien de plus.

Oui, on a eu des longues périodes sans sexualité – des trois, quatre mois avec zéro sexualité –, mais honnêtement, je n’en sentais pas le besoin. Est-ce que je ne suis pas normal ? Ma tête n’était pas là du tout…

Peter

Sinon, de manière générale, au lit, ça ressemble à quoi ? « Normal, très normal. Deux fois par semaine, répond-il en riant. Pour moi, c’est juste la normalité. Peut-être parce qu’on a toujours été ensemble, très jeunes, parce que je n’ai pas connu autre chose ? » S’ils prennent leur pied ? « Oui, dit-il en riant de plus belle. Et toujours ensemble. On a toujours un orgasme ensemble ! [...] Peut-être qu’on est synchros côté libido. Qu’on a de la chance ? », avance-t-il, en guise d’explication, visiblement surpris que sa réalité soit l’objet de tant de curiosité.

N’empêche qu’il a sa petite idée. C’est que pendant la petite enfance des enfants, ils ont habité chez ses beaux-parents, pendant sept ans. Et ça les a drôlement dépannés. Sur plus d’un plan. « C’était parfait ! On avait notre coin, les beaux-parents s’occupaient des enfants, je le souhaite à beaucoup de monde ! »

Thrill partagé spontané

Parce qu’en prime, et comme Peter était à l’époque appelé à voyager souvent, sa femme a pu régulièrement l’accompagner. Parfois avec un enfant. Parfois sans. « On en profitait ! On pouvait entretenir l’affaire, c’est un thrill. Joindre l’utile à l’agréable. De manière spontanée. » Une spontanéité permise par la fameuse présence des grands-parents, vous l’aurez compris.

Mais pas que. À la même époque, madame a aussi mis sa carrière sur pause, pour s’occuper des enfants, justement. Elle pouvait donc partir avec Peter quand ça lui chantait. En toute spontanéité, bis.

« On a la fibre, on aime les road trips ! » Parlant de road trips, il y a 10 ans, après un énième souci de santé, Peter, alors télétravailleur (avant que ce soit la norme), a proposé à sa femme de partir deux mois avec lui sur la route. « On a acheté une roulotte, un camion, et on a fait le tour des États-Unis avec les trois enfants ! [...] On a fait 49 États, c’est un projet de famille, les enfants ont toujours été impliqués ! Oui, même l’Alaska. Il y a juste Hawaii qu’on n’a pas fait ! » Mais c’est un projet...

Si leur intimité en a pris un coup ? Au contraire ! « Avec la roulotte, on a notre coin à nous, dit-il, d’un air coquin. Et on a une phrase magique : doucement, tranquillement. C’est comme ça qu’on fait ça ! » Tout simplement...

Plus récemment, il a carrément proposé à sa femme de travailler pour lui. Avec lui. « OK, tu couches avec le boss », rient-ils.

Et entre autres projets « communs », Peter s’est aussi trouvé une passion : la course. Et madame a embarqué avec lui. « Elle s’est dit : “Si je n’embarque pas là-dedans, je le perds...” »

Ceci explique-t-il cela ? Toujours est-il que leur intimité n’a pas pris une ride avec les années. « Honnêtement, on a vieilli, on a plus de libertés, ça revient à comme quand on était plus jeunes, analyse-t-il. On a plus de fun, honnêtement, on essaie plus de choses. Je cherche le mot : on a une maturité sexuelle. »

On sait ce qu’on veut, ce qu’on aime. On se connaît depuis tellement longtemps…

Peter

Surtout : ils se parlent. De tout. De rien. Sans tabou. Est-ce qu’on veut essayer le sexe anal ? Essayons. Ouvrir notre couple ? « On en a déjà discuté : veux-tu aller voir ailleurs ? Et d’un commun accord : non, dit-il. On est bien ! On n’est pas dans la routine. On n’est pas mal ! »

« La sexualité, résume-t-il, c’est un pan de notre vie. Pas LE pan de notre vie. On a d’autres expériences... »

Quand ça leur tente, ils se prennent une petite bouteille de vin et s’enferment dans leur chambre. Ou quelques heures dans leur roulotte. « Les enfants trouvent ça drôle... » Et tout le monde est content.

N’empêche. Peter sait que ça détonne. Qu’il n’est pas dans la norme. Ses amis le lui confirment : « Wow, tu n’as jamais connu d’autre fille ! », lui répètent-ils. « Mais ça ne me manque pas. Zéro. Je serais menteur de dire que je ne remarque pas les belles filles. Mais de là à coucher avec elles ? Non. » Et oui, il a déjà eu des propositions. « Mais je ne vais pas là », tranche-t-il.

Morale ? « Il y a une chose que j’ai apprise avec la maladie et les problèmes financiers, dit-il. Tu es 100 % responsable de ce qui t’arrive. C’est sûr, tu peux te faire frapper par un autobus, mais après, c’est toi qui décides ce que tu fais. [...] Peut-être que dans une autre vie, je serai un Casanova avec 50 femmes ! », conclut-il en riant.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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