Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Jean-Claude*, début soixantaine

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Non, ce n’est pas parce que les années passent que les plaisirs au lit diminuent. Entretien avec un sexagénaire radieux, qui n’a quant à lui jamais été aussi heureux. Et qui a acquis avec les années une expertise certaine qu’il souhaite ici faire partager. Mise en garde : ce récit s’annonce joyeux, mais aussi archi-instructif.

À bon entendeur…

« On a souvent l’image qu’après un certain âge, la sexualité fait partie de nos meilleurs souvenirs. Je n’ai jamais autant aimé faire l’amour et aimé le faire aussi souvent », nous a écrit récemment un certain Jean-Claude, début soixantaine, à la veille de la retraite. On a immédiatement voulu le rencontrer, pour connaître son secret. Ça tombait bien : il a sa petite idée de la cause de son « grand bonheur », et surtout un désir manifeste et assumé de la faire partager. C’est donc avec le sourire (masqué) que nous nous sommes rencontrés dernièrement, dans ses bureaux au centre-ville, une première (salutaire) en plus de huit mois de confinement.

« J’ai découvert ma sexualité à 17 ans, avec ma blonde, et ç’a été extraordinaire », commence d’emblée le fidèle lecteur, les cheveux gris coupés court, avec sa barbe de deux jours et son look athlétique, dans un récit-fleuve et assumé, truffé de leçons de vie. La première : « La première expérience qu’on vit, à mon avis, influence beaucoup notre vision de la sexualité. Ce n’est pas une règle d’or, mais souvent, j’ai remarqué que les femmes à l’aise dans leur sexualité avaient aussi vécu une première expérience heureuse. »

Il enchaîne sans tarder avec une deuxième leçon : « Au début, confie-t-il, j’avais des problèmes d’éjaculation précoce, et je trouvais ça frustrant ! […] Et là, j’ai découvert un truc et je veux le partager : grâce à la masturbation, j’ai pu régler le problème ! J’ai appris tranquillement à me contrôler. » Oui, à l’aide de « tests » sous la douche, si vous voulez tout savoir. « C’est écrit dans les livres ! » Mais évidemment, ce n’est pas quelque chose qui se dit. Or, c’est fondamental, « et ça m’a apporté toute une autre façon de faire l’amour, dit-il en souriant. Ça m’a vraiment épanoui ».

Il poursuit son récit en racontant sa vingtaine, une décennie où, il ne le cache pas, Jean-Claude a eu « beaucoup d’amantes ». « Je dirais plutôt des amoureuses », nuance l’homme qui n’a jamais été du type histoires d’un soir. « Pour moi, il y a un apprivoisement nécessaire de la personne. Et puis, je trouve ça le fun de faire la cour ! »

La sexualité, c’est un acte de partage. Ça a l’air cliché, mais pour moi, c’est le rapprochement ultime !

Jean-Claude

Toujours est-il qu’après un premier (bref) mariage (d’à peine trois ans, lequel connaît un terme pour des raisons autres que la sexualité, et sur lesquelles Jean-Claude ne s’épanche pas), le revoilà célibataire au début de la trentaine. Il vit des histoires (pardon, des « relations ») « comme ci, comme ça », avec des hauts et des bas, mais visiblement toujours une franche ouverture, et un souci de « partager », comme il dit, un réel moment de plaisir. « Quand on a une relation, on la partage, et j’ai toujours eu le souci que la partenaire trouve ça bon. Des fois, ce qu’il y a, réfléchit le fin pédagogue, c’est une gêne de se parler de ce qui fait plaisir. Mais je trouve que c’est un ingrédient majeur se parler. Et l’humour aide ! »

Une communication et un humour qu’on devine bien présents dans sa relation actuelle. Mais avant d’y venir, on lui demande de poursuivre son récit, qui est encore loin d’être fini.

Car à 35 ans, il se marie une deuxième fois, une histoire qui dure cette fois huit ans. Sexuellement ? « Plus difficile, répond-il sans hésiter. Je ne pense pas qu’elle se sentait à l’aise dans sa sexualité. Elle n’avait pas le goût, et pas souvent. Et j’avais toujours l’impression que c’est moi qui voulais. »

Deux enfants plus tard (ces « éteignoirs de concupiscence », résume-t-il en citant, croit-il, Kundera ?), la relation prend fin, quoique pour des raisons beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît.

Pour elle, si on était heureux avec les enfants, on était heureux en couple. Pour moi, non : si on était heureux en couple, on était heureux avec les relations.

Jean-Claude

Un constat qui l’a frappé de plein fouet en thérapie. Une thérapie qui, faute de sauver sa famille, l’a à tout le moins aidé à comprendre pourquoi ça ne pouvait pas marcher. Et donné une énième leçon de vie.

Au début de la quarantaine, c’est le retour au célibat. En mieux, à l’entendre se raconter. « J’ai appris à connaître au fil du temps comment on partage une belle sexualité avec une femme. En se parlant, avec des blagues, souvent c’est ça qui fait que l’on connecte mieux », dit-il, en insistant toujours sur cet essentiel ingrédient qu’est la communication. « Il n’y a pas une femme pareille, et c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. » Et, nouvelle leçon, « c’est sûr que la pénétration, ça n’est pas la panacée pour les femmes », dit-il en souriant d’un air entendu.

Et puis ? On y arrive enfin. À ce moment-ci de l’entretien, Jean-Claude éclate d’un grand fou rire. « Et puis… j’ai rencontré une collègue de travail ! Et vraiment, on vit une période, depuis trois ans, extraordinaire ! » Il rayonne.

Parenthèse : si, dans sa vie, Jean-Claude a connu des femmes qui avaient moins de libido que lui, qui lui reprochaient d’en vouloir encore, toujours davantage, ce n’est plus le cas ici. Du tout, en fait, enfin ! « Ce que je vis actuellement, ce niveau de désir, honnêtement, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un avec qui je partage ça, clairement ! »

Eh oui, si vous vous posez la question : elle a son âge.

Morale ? Jean-Claude en a plusieurs. En vrac : messieurs (parce qu’il croit ici que les hommes ont davantage de mal à y croire), oui, il est possible de vivre une belle sexualité à 60 ans. Les enfants sont grands, et physiquement, on a tendance à prendre la vie plus « relaxe ». « En passant, c’est beaucoup moins axé sur la performance », glisse-t-il. Mais la question dépasse la libido. Dans son cas, il y a aussi avec sa douce un partage de valeurs, une communication et un humour, qui sont, à ses yeux, responsables du fit parfait.

« Dans une semaine, on peut faire l’amour cinq ou six fois ! », dit-il en souriant de plus belle. Souvent l’après-midi (à l’heure de la sieste), moins en fin de soirée, fatigués. « On a nos façons de faire, avec quelques variantes, pas une routine, mais une façon de faire qui nous satisfait », résume-t-il pudiquement. On comprend que ce sont davantage ses réflexions que ses actions qu’il souhaite ici raconter.

Une dernière chose. « C’est important de garder sa santé ! Plus on est en santé, plus on peut vivre une belle sexualité. Oui, c’est un message d’espoir », dit l’homme, pour qui trois piliers sont essentiels au bonheur : la satisfaction professionnelle, la satisfaction relationnelle et la satisfaction sexuelle. Enfin, il a atteint les trois. Un sommet.

Et comment il envisage l’avenir ? Dans un nouveau grand éclat de rire, et les yeux plus pétillants que jamais, il nous lance : « Oh, mon Dieu : j’envisage de mourir en faisant l’amour… avec elle ! » On l’avait deviné…

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.

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