Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Stéphane*, 45 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Non, tous les hommes ne pensent pas qu’à ça. Certains sont doux. Gentils. Égalitaires. Choisissent une femme parce qu’elle ferait une bonne mère. Et restent présents pour le bien des enfants. Même quand le couple ne va plus. Ça existe. En voici un.

Le cul ? « Moi, je cherche une vraie relation. D’égal à égal ! », nous dit Stéphane, 45 ans, aujourd’hui séparé, après près de 20 ans de vie commune avec la mère de ses enfants. Vingt belles années ? Pas exactement. Pas du tout, en fait. Dix ? Non plus. Cinq ? Plutôt deux, finit-il par admettre. « J’aurais dû la quitter deux ans après. » Seulement voilà, ils voulaient une maison, des enfants, et elle ferait sans doute une bonne maman, croyait-il. « J’ai carrément perdu 15 ans de ma vie. »

Croyez-le ou non, mais ici, le sexe n’était pas, mais pas « du tout » un enjeu. Tout le contraire, en fait. « Je suis un des rares gars qui a déjà dit non à sa femme. » Et si les dernières années, effectivement, ils ne se touchaient presque plus, c’était « surtout » à cause de lui. « Il y en a qui continuent, juste pour leurs besoins physiques. Pas moi… »

C’est précisément pour déboulonner certains mythes et autres stéréotypes que Stéphane, un homme au regard doux, derrière sa barbe et ses lunettes carrées, a voulu nous rencontrer. Pour nous dire que non, tous les hommes ne sont pas des machos. Encore moins des salauds.

C’est vrai qu’il y a plus de femmes qui restent dans une relation malsaine pour les enfants […], mais il y a aussi des hommes […] qui le font.

Stéphane, 45 ans

« Et je ne suis pas le seul ! », nous a-t-il écrit quelque part cet été, pour piquer notre curiosité. Et bien évidemment, nous avons voulu le rencontrer.

Assis à une terrasse de café en banlieue de Montréal (une première depuis le début de la pandémie, faut-il le souligner !), Stéphane, qu’on devine plutôt timide, nous fait tranquillement le récit de sa vie. Il a rencontré la mère de ses enfants début vingtaine, sur un site de clavardage. Et c’est avec elle qu’il a aussi découvert la sexualité. « Avec mes autres blondes, ce n’était jamais allé jusque là. »

Dès les débuts, ses amis l’ont questionné : « Mais qu’est-ce que tu fais avec elle ? Vous êtes tellement différents ! » Disons pour résumer que Stéphane est plutôt du type sociable. Elle ? Pas tant. Il aime sortir, voir du monde. Elle est, à l’inverse, du genre solitaire.

Sexuellement ? Surprise : « C’était le fun ! Dans ce temps-là, les premières années, on le faisait au moins quatre fois par semaine. » « Fun », satisfaisant, et aussi épanouissant. À l’époque, ils ont aussi exploré ensemble. « Le classique », résume-t-il : jouer avec de la bouffe, les relations anales, « on s’est même filmé quelques fois ».

Comme quoi la complicité sexuelle n’est pas forcément gage de réussite. « Ça aide », concède Stéphane. Mais ça ne suffit pas. Il faut dire qu’avec les années, la sexualité de Stéphane a aussi évolué. Du genre « animal » comme sa blonde au début, il est devenu avec le temps plutôt sensuel. Moins axé sur la génitalité, mais plutôt sur le toucher. La tendresse. Mais pas elle. Dans les dernières années, « elle voulait que je lui serre la nuque, illustre-t-il. Mais moi, j’avais peur de l’étrangler. Pour de vrai ! »

Avec le temps sont arrivés aussi les enfants, puis la fatigue qui vient avec. « Elle avait moins d’énergie et c’est normal, poursuit Stéphane. Je sais qu’on n’est vraiment pas les seuls. Les couples avec enfants ont tous le même pattern… »

Sauf que malgré leurs différends de plus en plus apparents (en matière non seulement de caractère, mais aussi de projets de vie, même d’éducation des enfants), Stéphane n’a jamais pensé à la quitter. Il est plutôt resté, longtemps, des années. Pourquoi donc ?

Je me disais : je vais attendre que les enfants soient au secondaire. Je ne voulais pas les briser. Sauf qu’à un moment donné, j’étais tellement malheureux que j’étais en train de les briser quand même. Et je me suis dit : ça suffit…

Stéphane, 45 ans

Trois crises de panique et une hospitalisation plus tard, il se séparait. Libéré ? Pas exactement. Parce que le célibat n’est pas non plus une sinécure. Depuis cinq ans « sur le marché », comme on dit, Stéphane a découvert les joies des sites de rencontre. Verdict ? Déception. Grosse déception. Les critères n’ont pas tellement évolué avec les années, constate-t-il. Et les bons gars n’ont pas trop la cote. Même à 40 ans. Ce qui « pogne », ce sont les grands, les riches, les pourvoyeurs. Et Stéphane exagère à peine. « Si tu fais cinq pieds deux, que tu es chauve, avec des dents croches, c’est sûr que ça ne marchera pas, ton affaire. » Et non, il ne fait pas cinq pieds deux et il a plein de cheveux. Mais ça ne marche pas davantage.

En cinq ans, il a fait trois rencontres dignes de mention. « Mais les filles veulent un gars qui fait quatre pouces de plus qu’elles avec un gros salaire. Voyons donc, c’est la mentalité de nos parents !, se désole-t-il. Je croyais qu’on avait évolué avec le temps ! Mais ça n’a pas changé. C’est pire… »

Déçu ? « Honnêtement, oui », conclut-il. Par-dessus tout : « surpris ». « Je pensais qu’à notre âge, l’égalité des sexes était plus importante. » Son problème ? « Je ne suis pas un mâle dominant… »

*Prénom fictif, pour protéger son anonymat.