Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Lili*

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Lili a eu plusieurs hommes dans sa vie. Des histoires en queue de poisson. Plusieurs déceptions. Et une grosse « brique » pour clore le tout. Rencontre avec une fille blessée, qui n’a pas dit son dernier mot.

« Des fois, c’est comme si j’avais des briques qui me tombaient sur la tête. Et ça fait mal. Mais ce n’est pas parce qu’une brique te tombe sur la tête que tu ne peux pas continuer de vivre… »

Lili, une artiste de Québec, fin trentaine, nous a donné rendez-vous (virtuel) un lundi matin de juillet. D’une voix douce et posée, tantôt réfléchie et un brin gênée, tantôt rieuse et totalement impudique, la jeune femme, qui se sait objectivement jolie (« des fois, j’ai l’impression qu’on me regarde juste pour mon physique : je suis asiatique, en forme, je parais bien… », dira-t-elle, en toute objectivité et sans fausse modestie), nous révélera, dans un témoignage-fleuve de près de deux heures, qu’elle veut un « copain », qu’elle est aussi « fontaine », qu’elle a beaucoup de « misère » à dire non, et qu’elle a surtout tendance à s’« embarquer » trop vite en relation. Mais vraiment trop vite.

Disons que sa vie n’a rien d’un long fleuve tranquille. C’est d’ailleurs tout juste avant notre entretien que s’est clos son tout dernier chapitre (jusqu’à maintenant), cette fameuse et ultime « brique ». Mais avant d’y venir (et nous y viendrons), Lili nous raconte, en fouillant parfois bien loin dans ses souvenirs, sa découverte pour le moins inusitée de la sexualité. « C’était bien, de ce que je me rappelle. Mais pour vrai, je ne m’en souviens plus », dit-elle en riant, gênée, avant d’enchaîner que c’est avec ce premier « copain », autour de 16 ou 17 ans, qu’elle a tout de même découvert qu’elle était « fontaine ». « Oui ! Avec lui, mais je ne peux pas vous dire au bout de combien de mois… » Ce dont elle se souvient très bien, par contre, c’est qu’elle n’avait à l’époque aucune idée de ce qui lui arrivait (« OK, c’est quoi, j’ai fait pipi ? »), et qu’elle en a carrément discuté avec son médecin (« OK, c’est normal ? »). Chose certaine : « Moi, ça m’a toujours un peu dérangée. Surtout que ça ne vient pas tout le temps. Je n’ai aucune idée quand ça part… »

La relation a duré quatre ans, après quoi Lili a passé six autres années avec un deuxième « copain ». « C’est avec lui que je suis restée le plus longtemps, dit-elle. Et ça a toujours été la relation que j’ai chérie le plus. » Sexuellement ? « Formidable, dès le premier soir », répond-elle, sans la moindre hésitation. Ils ont travaillé ensemble, voyagé ensemble, habité ensemble. Puis même failli se marier. Failli ? « J’ai choké… », laisse-t-elle tomber. C’est qu’avec le temps et les années, Lili a fini par se sentir « prise pour acquis ». Et petit détail « gênant » à révéler : avec le temps, il s’avère que leur sexualité a aussi évolué. En tout cas, celle de Lili : « Je n’étais plus fontaine ! Ça a comme… disparu ! » Et du coup, non, elle n’avait plus l’impression de prendre tant son pied.

Toujours est-il qu’après ces deux histoires, Lili a ensuite connu une série d’« expériences ». Pensez applications de rencontres, rendez-vous, certains corrects, d’autres moins. Combien ? Une quinzaine en tout. « Mais ça ne s’est pas toujours terminé au lit. Peut-être, je ne sais pas, huit ? » D’ailleurs, elle ne le cache pas : « j’ai l’impression d’avoir vécu à l’envers ». D’ordinaire, on vit différentes expériences, avant de se mettre finalement en couple. Lili, elle, a commencé par être en couple. Ensuite ? Elle a toujours continué de chercher…

Une série de « bad lucks »

En vain ? Plus ou moins. « Je pense que j’avais beaucoup besoin d’affection. Mon but, c’était d’avoir un copain. Une relation stable. » Plusieurs rencontres se sont effectivement terminées très vite. D’autres se sont étirées sur plusieurs mois. Avec le mauvais gars. « J’ai beaucoup de misère à dire non… »

Et puis voilà qu’il y a deux ans, Lili a fini par rencontrer un certain S., sur le site Rencontre Sportive, d’abord non pas pour un flirt, mais plutôt (ça ne s’invente pas !) pour faire de la moto. Parce que voilà : monsieur avait une moto, Lili aussi. « Mais je n’ai pas d’ami pour faire de la moto ! » Pourquoi pas lui ? s’est-elle dit. Ils se sont donc écrits, et le contact a été « super », sourit-elle.

Ils finissent par se rencontrer en vrai. « Wow », résume-t-elle. « Il aimait le sport. La musique. Il m’impressionnait. Il y a eu une connexion très forte. » Et après quelques détours, ils ont fini par coucher ensemble. Re-wow. En résumé, disons qu’en plein ébat, Lili sent que « ça » s’en vient. Mais « je ne suis pas à l’aise », lui dit-elle. Parce qu’elle ne l’a jamais été. Coup de théâtre : monsieur, lui, l’est totalement. « Moi, ça m’excite », lui assure-t-il. C’est le tout premier homme de sa vie à réagir ainsi. Et savez-vous quoi ? « Honnêtement, j’ai joui comme je n’ai jamais joui. C’était la première fois. Ça n’a pas été juste une piscine, ça a été cinq piscines… Ça a vraiment été une découverte », rit-elle enfin franchement.

Ils se sont revus plusieurs fois, chez elle, chez lui, et selon Lili, ça allait aussi « super bien ». Seulement voilà, car il y a un hic : monsieur est pilote, il voyage donc beaucoup, et ils pouvaient passer des semaines sans se voir. Sans se voir du tout.

Vous devinez la suite ? En bref, Lili a fini par découvrir, au détour de conversations sur le profil Facebook de monsieur, qu’il y avait en fait une autre femme dans sa vie. Peut-être même deux. Voire trois…

« J’ai parlé à six ou sept personnes qu’il a fréquentées, certaines en même temps que moi », dit-elle, visiblement toujours sonnée… « J’avais envie de vomir. » Toute une débarque.

Le matin de notre entretien, Lili lui a d’ailleurs dit le fond de sa pensée. « Je lui ai dit qu’il était soit un prédateur, soit malade, soit il avait une addiction… »

Si elle a voulu ici témoigner, c’est aussi (et « c’est dans l’air du temps », reconnaît-elle) pour dire aux lecteurs qui vivraient un cauchemar semblable de ne pas se gêner pour en parler. Pour partager leur vécu avec ces « menteurs » et autres « serial fuckers… ». « Parce que c’est en parlant que j’ai eu du soutien d’autres filles. Et je ne m’y attendais pas… »

De son côté, Lili a décidé de prendre le reste de l’été pour se reconstruire : « Plus de sexe avec personne. Ça va me faire du bien. Je vais me retrouver. J’ai besoin de reprendre confiance en moi… » On le lui souhaite.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat