Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : François*, fin quarantaine

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ce n’est pas nous qui le disons, c’est lui : « Chaque homme rêve d’une princesse le jour, d’une salope la nuit. » Non seulement François en rêve, mais encore il le vit. Récit.

Le quadragénaire aux allures d’homme d’affaires (ou vendeur, peut-être représentant ?), avec sa chemise et son veston, nous a donné rendez-vous un midi enneigé de novembre, sur son heure de lunch. Comme il a changé plusieurs fois le lieu de notre rencontre, du centre-ville à très loin du centre-ville (il demande expressément qu’on reste ici flou sur le lieu du rendez-vous), on devine qu’il travaille sur la route. Et que son temps est précieux. Comme de fait : entre deux bouchées de sandwich, il nous fait le récit-fleuve de sa vie (et de sa « quête du bonheur ») en une heure, top chrono. Réflexions et confidences à l’appui.

De toute évidence soucieux de son anonymat (et on comprendra rapidement pourquoi), François commence par nous mentir sur son âge. « Début cinquantaine », sourit-il, en nous regardant droit dans les yeux. Ça ne passe pas, on devine, malgré ses talents d’orateur (clairement, il doit être vendeur), qu’il ment.

En couple depuis 30 ans

Qu’importe. L’essentiel est ailleurs. « Je suis en couple depuis 30 ans », lance-t-il tout de go, en arrondissant toujours les années. Avec la mère de ses enfants. La toute première femme de sa vie. Et puis ? « On est super heureux, avec une famille établie, on a une bonne relation avec nos enfants, on communique bien avec eux. C’est ma première blonde vraiment steady. »

Mais encore ? Au lit ? « C’est très bien, poursuit-il. On fait l’amour trois ou quatre fois par semaine. Ce qui est très bon pour un couple de 30 ans. Mais on fait l’amour. On ne baise pas. Il y a toute une différence, nuance-t-il. C’est empreint de respect. Il n’y a rien d’animal. » On le voit venir. « Et rien d’excitant… » En gros : « On a une bonne hygiène sexuelle. »

Sa femme est par ailleurs sa meilleure amie. Et vice-versa.

Je ne pourrais pas faire ma vie avec une meilleure personne. C’est la personne avec qui je veux vivre et mourir. On se connaît. On s’aime. On s’apprécie.

François

On le voit venir à nouveau. Mais… ? « Ce n’est pas si idyllique… », confirme-t-il, en nous fixant toujours droit dans les yeux.

Plusieurs maîtresses

Tout a commencé il y a environ 20 ans. Ses besoins « hygiéniques » se sont fait sentir alors qu’il voyageait pour le boulot. Et comme il était loin de chez lui, il les a assouvis ailleurs. « C’était le temps des danses à 10 », se souvient-il. Ou à 20, 50 ou 100, selon le « service » choisi. François, lui, a choisi la totale : « J’étais hyper excité, c’était dans les premières autres femmes que je touchais », se souvient-il. Il a récidivé une dizaine de fois comme ça, avant de finalement cesser. Par culpabilité ? « Non, répond-il. Mais parce que je me suis senti exploitant, ou opportuniste. » Bref, il n’a pas aimé le sentiment.

Les mois ont passé et François a ensuite reçu des avances au bureau. S’en est suivie une série d’aventures, lesquelles ont duré parfois un an, parfois deux, voire trois.

S’il en a parlé à sa femme ? « Jamais, répond-il. On avait zéro communication. Et j’aimerais que tu insistes là-dessus, dit-il, en pointant notre calepin. On est assez traditionnels. Pas d’ouverture à dire : j’aimerais que ce soit plus bestial, qu’on fasse ça ailleurs, non. C’est très transactionnel. Et toujours agréable. »

Toujours est-il qu’il a collectionné comme ça plusieurs maîtresses. Et ? « L’extase, sourit-il. Je te dirais que c’était charnel, vraiment. C’est comme assouvir un besoin… »

On ose demander : comparé à sa femme ? « C’est du bonus… »

Chaque homme rêve d’une princesse le jour, d’une salope la nuit. C’est ça que j’allais chercher.

François

« C’est l’ardeur, le désir, la spontanéité. Je me sentais comme une pièce de viande instantanément. Et on faisait des pratiques autres. Sodomie, etc. » On devine qu’avec sa femme, ce n’est pas tout à fait ça. « Non, pas d’expérimentation, pas de tentative, rien, confirme-t-il. Et moi, s’il y a fermeture dans l’amorce d’un dialogue, je me ferme. »

On comprend évidemment que c’est là le nœud du problème. C’est qu’à deux reprises, sa femme a fait de malheureuses découvertes. Il y a eu crise. Puis pardon. Mais pas, ou peu, de discussion. « Ma femme m’aime, c’est incroyable, laisse-t-il tomber. Mes besoins ne sont pas entendus, mais il y a comme du déni de sa part. Et de l’amour… »

Avec des hommes aussi

Mais ce n’est pas tout. « Là, tu dois te dire : c’est un beau dégueulasse, un salaud, mais je suis quelqu’un dont les désirs ne sont pas assouvis », insiste-t-il. C’est qu’entre les danseuses et sa demi-douzaine de maîtresses, François a aussi expérimenté du côté des saunas. Oui, avec des hommes, confirme-t-il. « Là, c’est animal. Instinctif. En 15 minutes, t’as quelqu’un dans une cabine et ça se passe. » Mais non, ces aventures (« tu vas tomber en bas de ta chaise, environ une quarantaine ! ») ne l’ont pas ébranlé dans son identité pour autant. « Pantoute », confirme-t-il.

Je ne suis pas aux hommes. C’est charnel. J’ai un besoin. Il en a un. J’ai de quoi à offrir. Il a de quoi à offrir.

François

Sans transition, François enchaîne : « Mais je suis malheureux dans cette trahison, cette quête, dit-il. Combien de temps ça va continuer ? » Il en veut d’ailleurs à sa femme, un peu. Parce qu’à travers les crises, il a essayé d’ouvrir une porte, aussi petite soit-elle. « Mais on ne parle pas vraiment de ça… » Et rien n’a changé. Et puis il s’en veut surtout à lui. « Je ne suis pas courageux », dit-il. Sait-il.

La preuve : tout récemment, après l’amour, sa femme lui a demandé si elle le « comblait » toujours. Et qu’a-t-il répondu ? « Oui… »

« C’est pour ça que je suis avec toi aujourd’hui. Il faut que le monde se parle, s’écoute, lance-t-il, en se parlant surtout à lui-même : mais toi, le smatte, ce n’est pas ça que tu fais pantoute ! »

* Nom fictif, pour protéger son anonymat.