Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l'intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Richard*, 60 ans.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Vous souvenez-vous de Philippe, ce célibataire quadragénaire en mal de blonde, rencontré cet automne ? Son témoignage, unique et universel, avait suscité un déluge de réactions. Et pas seulement chez les femmes. Entretien avec un homme qui « pogne », mais jamais tout à fait la bonne.

« Moi, c’est la même chose que Philippe : j’aimerais une blonde, une vraie. Je me suis fait jouer beaucoup de games dans ma vie, et là je suis un peu tanné. »

Richard*, 60 ans, cadre en construction, nous a donné rendez-vous un lendemain de tempête, dans l’ouest de la ville, pour nous raconter son parcours. À première vue, son récit n’a rien à voir avec celui de Philippe. Il faut dire qu’il a eu plusieurs femmes dans sa vie. Et jamais vraiment de mal à en rencontrer. « Je n’ai pas de misère à pogner, mettons », sourit-il. Avec ses yeux brillants, son jean, sa casquette, sa barbe et sa dégaine un peu bohème, on n’a pas trop de mal à le croire. Pas plus tard qu’il y a quelques mois, tiens, une femme lui est tombée dans les bras. Mais il n’a rien voulu savoir. C’est tout simple : elle ne lui plaisait pas.

La plupart des gens, c’est reconnu, veulent baiser, mais moi, ce n’est pas ça. Je ne baise pas, moi, je fais l’amour. C’est différent.

C’est ici la seule (et non la moindre) similitude avec Philippe : cette quête de l’amour. Pour faire l’amour, donc. Pour des raisons qu’on imagine nobles, mais aussi pratico-pratiques. « On va se dire les vraies affaires, confirme-t-il tout bas, quand je baise, je deviens un éjaculateur précoce ! Pourtant, avec mes deux dernières conjointes, c’était minimum deux orgasmes chaque fois, régulièrement trois, des fois quatre, assure-t-il, mi-fier, mi-résigné. Quand je me suis séparé, je m’étais dit : “Si ça ne fonctionne plus, je sors le calepin et j’enligne les fuck friends.” Mais ça ne marche pas pour moi ! Coudon, je vis-tu sur la bonne planète ? » On pouffe de rire en chœur.

Il faut dire que l’homme au regard doux, assis devant nous, a connu plusieurs échecs amoureux. À commencer par la toute première, la mère de ses enfants, avec qui il est resté tout de même 25 ans. Au lit, madame était « très passive », résume-t-il. Passive comment ? « Couchée sur le dos, les yeux fermés, en attendant que ça passe. » À quarante ans (« ma crise de la quarantaine »), il en a eu assez : assez de cette passivité au lit, assez de cette passivité dans la vie. Mais en finir n’a pas été facile. Parce que Richard est un homme comme ça : « Moi, mon idéal, c’était de passer la vie avec la même femme. Mais je n’ai pas marié la bonne… »

Reste que cette séparation, il l’a vécue comme un « immense échec ». Il a ensuite passé quelques années seul (avec des aventures ici et là), avant de rencontrer la deuxième femme de sa vie : « une Germaine, contrôlante et manipulatrice ». On devine que ça n’a pas été non plus franchement la joie ici. Au lit ? Manipulatrice aussi. « Elle m’en donnait quand elle avait de quoi à demander », illustre-t-il. Un voyage, par exemple. « J’achetais mon sexe, autrement dit, c’est plate… »

Pourtant, quand sexe il y avait, c’était fort bon, assure-t-il. « Elle était totalement différente de l’autre : plus active, elle savait ce qu’elle voulait, elle connaissait bien son corps. Mais ça se passait quand elle le décidait. Selon comment elle filait… »

L’histoire a duré 10 trop longues années. Richard s’en est d’ailleurs voulu, immensément voulu, d’avoir éternisé ainsi l’affaire.

J’ai eu de la difficulté à me pardonner de m’être laissé faire, dit-il. J’ai perdu beaucoup de poids. Moi, je suis quelqu’un d’autonome, je ne dépends de personne, je ne suis pas alcoolique. Mais là, j’étais rendu mêlé. Je ne savais plus quoi faire. Je n’étais plus moi-même. Carrément plus moi-même.

Re-célibat pendant deux ans, dont plusieurs longs mois de totale sobriété. « Il passait une belle fille devant moi ? Je ne la voyais même pas… », illustre-t-il.

C’est sur les réseaux sociaux qu’il a rencontré sa troisième, et dernière, relation. L’histoire a duré trois ans. Sexuellement, « je ne pense pas trouver quelque chose qui va égaler ça, dit-il. C’était du bonheur pur. Pour les deux. Doux, tendre, amoureux, harmonieux, nomme-le. C’était complet. »

En prime, c’était très « respectueux », précise-t-il. Sa « meilleure », donc, en tout cas aux débuts. Plusieurs fois par fin de semaine. Puis les relations se sont tranquillement espacées. Au point de disparaître. Dans les trois derniers mois, les amoureux ne se sont carrément plus touchés. « La dernière tentative, avant de se laisser, elle s’est mise à pleurer… »

Richard ne comprend toujours pas ce qui a bien pu ici arriver. À part qu’il a manifestement le sentiment, une fois de plus, de s’être fait manipuler. « Elle aussi, laisse-t-il tomber, elle a joué une game malgré elle. C’est une femme qui avait besoin de la présence d’un homme. Probablement qu’elle m’a dit qu’elle m’aimait, mais que ce n’était pas vrai », laisse-t-il tomber.

Et depuis, il est à nouveau célibataire. Cela va faire huit mois. « C’est sûr que ça me manque, mais ça ne me tente pas de juste baiser, répète-t-il. Moi, il faut que je sente quelque chose. Un lien. »

En attendant, avec les Fêtes, il compte se rabattre sur ses enfants. Et ses petits-enfants. « C’est triste un peu. Mais je l’ai déjà vécu. Alors je vais vivre avec… »

* Nom fictif, pour protéger son anonymat.

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