La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Henri *, 49 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Henri * est un type comme ça. Un gars doux, un gars gentil, un gars qui ne veut surtout pas faire de mal. Ni en amour. Ni en désamour. Récit d’une désunion amoureuse comme on en voit peu.

« Conscious uncoupling », résume le quadragénaire, qui nous a donné rendez-vous fin octobre, dans un parc de l’ouest de la ville, à deux pas du banc où, précisément, il a décidé avec sa « femme » (il n’arrive toujours pas à dire « ex ») de « consciemment » se séparer (une expression, on s’en souvient, que l’on doit à Gwyneth Paltrow et Chris Martin, qui se seraient apparemment « désunis » ainsi). C’était il y a deux ans. Depuis, ils préparent le tout ensemble : vente de la maison, déménagement, etc.

C’est pour cela qu’il nous a écrit. Pour faire le récit de cette « désunion consentante », tente-t-il de traduire, même si c’est surtout de lui, ultimement, qu’il sera question pendant près de deux heures de confidences. Parce qu’Henri est aussi comme ça : c’est un gars qui se confie, un gars qui réfléchit. Un gars très fille (s’cusez le stéréotype), avouera-t-il lui-même. Mais lisez plutôt.

Grand, brun, séduisant, un brin ébouriffé, avec son jean et son hoodie, disons qu’il ne fait pas vraiment ses 49 ans. Marié pendant dix ans, Henri a passé cinq ans de bonheur avec sa femme, puis cinq ans de « colocation ». Il aurait d’ailleurs toutes les raisons du monde d’être frustré. Sa femme et lui ont vu leurs relations sexuelles s’espacer de façon draconienne. Du jour au lendemain, sans qu’il comprenne trop pourquoi, ils sont passés de faire l’amour tous les jours (des relations « super », dit l’homme, qui aime surtout satisfaire sa partenaire) à faire l’amour une fois par mois. Puis tous les deux mois. Puis plus du tout. Il ne compte plus les occasions ratées. Aujourd’hui, cela fait plus d’un an et demi qu’ils ne se sont pas touchés. Et avant cela ? Six autres mois…

Mais malgré tout, non, Henri ne démontre pas une once de frustration. Rien. Il n’a d’ailleurs jamais pensé aller voir ailleurs, surtout pas se prendre une prostituée. Cherchez, et vous trouverez plutôt beaucoup, mais beaucoup d’interrogations : « Qu’est-ce qu’on fait quand on aime, quand on a des valeurs ? Comment on s’en sort sans être frustré ? Sans aller contre ses valeurs que sont l’amour et le respect ? »

Je pourrais lui trouver toutes sortes de défauts, mais pourquoi focaliser sur le négatif ? Pourquoi ? On s’aime encore. Là, on se libère les deux, on se donne la liberté d’aller au bout de nos rêves…

Henri

Pour comprendre le cheminement de toute cette réflexion, encore faut-il comprendre d’où vient l’homme. Son histoire. « C’est important », fait-il valoir. Comme de fait, ses parents se sont séparés quand il était tout petit, et sa mère ne s’en serait jamais remise. « J’ai été élevé par ma mère avec son groupe de femmes frustrées qui bitchaient sur leurs maris. […] Ça a modelé beaucoup ma perception des relations humaines. » En quoi ? Au lieu d’être aussi frustré, « j’ai toujours voulu être l’homme parfait, répond-il, le plus candidement du monde. Ça a modelé mon approche dans la vie. Mon manque d’ego et d’ambition. Moi, mon but dans la vie, c’est juste d’être heureux et de réussir mon couple ! »

Une « bête étrange »

Dans sa vie, Henri n’a d’ailleurs connu qu’une poignée de femmes. « C’est quand même assez rare pour un homme, concède-t-il. Pour moi, le sexe et l’amour ont toujours été reliés. »

Il nous fait ici brièvement le récit des quelques amours de sa vie, mais c’est surtout une « panne » entre 19 et 24 ans qui retient notre attention. « Oui. Je cherchais la bonne personne. “Mrs Right”, dit-il. J’ai un côté féminin assez développé… » On avait remarqué.

Parce qu’Henri est aussi un gars comme ça : un gars qui regarde des comédies romantiques, tombe amoureux dans sa tête, se fait des scénarios. Tenez, fin trentaine, pendant huit mois, il a fantasmé sur une fille, croisée une seule et unique fois au IGA…

« Je suis une bête étrange. Je ne bois jamais, je ne fais pas de drogue… » Il joue néanmoins au hockey. Mais on s’éloigne du sujet.

Henri a ensuite été en couple sept ans avec une autre fille, avec qui la relation a pourtant mal viré au bout d’un an. Pourquoi il est resté si longtemps ? C’est qu’elle a eu des problèmes de santé, lesquels ont « fucké » leur vie sexuelle, raconte-t-il, restant volontairement vague. « Et je me sentais trou de cul de la laisser pour ça… » Alors il est resté. Parce qu’il est comme ça, aussi, Henri.

Quand il a fini par rencontrer celle qui allait devenir sa femme, donc, cela a pris des mois avant qu’ils n’osent s’embrasser, puis passer à l’acte. Et puis ? « C’était super, dit-il en souriant. Un soir de pleine lune. […] C’était tendre, je pense que tout le monde a pris son pied. On a fait l’amour tous les jours pendant un mois après. Elle m’a dit que j’ai été le meilleur amant qu’elle ait jamais eu. »

Mais alors quoi ? Que s’est-il passé ? Henri ne le sait pas. Dans les mois qui ont suivi, tout a dégringolé. Est-ce la ménopause ? Le stress du mariage (parce que oui, ils se sont rapidement mariés) ? Malgré toutes ses recherches, sur comment rehausser sa libido, mettre les « conditions gagnantes » en place, Henri a vécu « des frustrations ». « Mais je suis un homme qui respecte les femmes, alors je ne l’ai pas forcée. »

Ils se sont donc mariés, et à travers tout cela, le mariage a aidé, croit Henri.

Le fait de déclarer nos vœux, pour moi, ça voulait dire quelque chose. Ça m’a aidé à persévérer quand les choses se sont mises à mal aller.

Henri

Mal aller sexuellement, mais aussi financièrement, ou encore familialement…

Parenthèse : madame a un enfant qui, à l’adolescence, leur en a fait voir de toutes les couleurs. Solide. Pensez à des problèmes de comportement, de dépendances, et tout le reste. « Comment établir les fameuses conditions gagnantes quand, à tout moment, l’ado peut arriver avec sa gang de chums ? » Fin de la parenthèse.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, le fameux ado est majeur, et madame veut désormais vivre à l’étranger. Henri, lui, veut rester ici. Ils sont à la croisée des chemins, comme on dit. Ils le savent. Et ils les séparent ensemble, « consciemment ». 

« Par amour, on a décidé de se donner la liberté d’aller au bout de ce qu’on veut vivre », répète-t-il. Et qu’est-ce qu’il veut vivre, Henri ? Vous l’aurez deviné : « Être heureux, réussir mon couple… », répond-il en riant.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat