Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : Pénélope*

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Certains couples restent ensemble pour les enfants. La maison. La sécurité. D’autres plaquent tout. Et repartent à neuf. Mille fois mieux. Voici la preuve que ça se peut…

Pénélope* nous a écrit cet été, interpellée par un témoignage de femme malheureuse, prisonnière dans son couple. Partir ou rester ? L’inconnu ou la sécurité ? Elle connaît le refrain. Elle a donné. Pas à peu près : 17 ans, précisément. Mais elle a osé. Et tout plaqué. Quel revirement ! Soyez avertis : cette histoire finit bien !

La grande brune aux yeux bleus, début quarantaine, qu’on devine un brin granola, avec son nez percé et ses deux chiens jappeurs, nous accueille dans sa petite salle à manger d’un quartier central de Montréal. Elle plonge à pieds joints dans le vif du sujet.

Pénélope a découvert la sexualité assez tôt. À 14 ans, confie-t-elle tout de go. « Avec un monsieur de 25 ans, rencontré aux tam-tams, rigole-t-elle. Les choses étaient un peu différentes à l’époque ! »

Si plusieurs premières fois sont banales, vite faites, bien faites, pas la sienne. « Ça a été vraiment exceptionnel. […] Je n’ai jamais vu quelqu’un de si attentif à mes besoins. […] C’était l’homme le plus doux que j’ai jamais vu. »

L’aventure a duré quelques mois, puis Pénélope a connu quelques autres gars, « par-ci par-là. » Au cégep, elle a eu une première relation « sérieuse », qui a duré quatre ans. « Avec un gars extrêmement sexuel, précise-t-elle. Le sexe était toujours extraordinaire. C’était tout le temps, tout le temps, tout le temps. Ça n’arrêtait jamais. » Le type avait connu tant de filles qu’il connaissait la machine. « Il avait développé des techniques intéressantes. C’était l’expert du cunnilingus. Je n’ai jamais trouvé une personne qui l’accotait ! » Mais il aimait tellement ça, justement, avec les filles comme avec les gars, qu’il l’a trompée à tour de bras. Bref, la relation a fini là.

Six mois plus tard, Pénélope rencontrait son « mari », le père de son garçon. « Il était exceptionnellement étrange », résume-t-elle, tout à coup moins rieuse. Il faut dire que peu après leur séparation, 17 ans plus tard, donc, elle a appris, en même temps que son (ex-)mari, qu’il était atteint du syndrome d’Asperger. Si elle s’en est doutée, au fil de toutes ces années ? « Non », hoche-t-elle la tête, catégorique.

Pénélope avait d’autres chats à fouetter. Elle s’explique : à la suite de la naissance de leur fils, le père a plongé dans une profonde dépression, fait de l’anxiété et collectionné les problèmes de santé (mentale). Pourtant instruit et diplômé, il n’a jamais été capable de garder un emploi. Jamais. En gros : « Ç’a a été très lourd. »

Et au lit ? Les débuts ont été plutôt bien, concède Pénélope. Et ce, malgré le manque d’expérience de son mari. « Il n’aimait pas recevoir une pipe ! Peut-être qu’il n’en avait jamais eu… » Une fois initié, toutefois, il ne pouvait plus s’en passer.

Mais c’est toujours Pénélope qui initiait, justement. Toujours elle qui faisait les premiers pas. Jamais lui. « Et je trouvais ça lourd », répète-t-elle, deux fois plutôt qu’une.

Je pense que c’est une personne qui n’aime pas vraiment avoir de gens dans sa bulle. Et l’acte sexuel, c’est être assez dans ta bulle, merci !

Pénélope, début quarantaine

Toutes ces frustrations et autres incompréhensions ont causé maintes chicanes, qui ont fini par avoir raison du couple. Au bout de 17 ans, donc, Pénélope a demandé le divorce.

« Quand j’ai su le diagnostic, ç’a a été un gros soulagement. » (Presque) tout le poids qu’elle avait accumulé au fil des années s’est évaporé.

La nouvelle vie

C’est à partir de ce moment-là que Pénélope a recommencé à sortir, voir des amis, revivre, quoi. Parce qu’avec le père de son garçon, elle ne sortait pas trop. Il n’aimait pas la voir s’éloigner. Et quand elle était trop proche, ils se chicanaient.

Elle a rencontré son amoureux actuel au boulot. « On a été les meilleurs amis du monde pendant trois ans », précise-t-elle, de nouveau souriante, carrément rayonnante. Ils sortaient, se parlaient, se confiaient. « On se racontait tout, nos vies, nos vies sexuelles… » Et puis un jour, après une soirée bien arrosée, elle est restée chez lui à coucher. « Et ce qui devait arriver arriva… »

« Ç’a a été extraordinaire, dit-elle, jamais de ma vie je n’ai vécu une nuit comme ça. Tout était si naturel… »

Mais encore ? Si vous voulez tout savoir, ils n’ont pas mis de condom, les deux venant tout juste de se faire tester, chacun de leur côté. Dans le feu de l’action, son Roméo lui a aussi lancé : « On veut des enfants tous les deux, on est les meilleurs amis du monde, alors advienne que pourra ! », se souvient-elle, visiblement toujours sous le charme. « Et depuis ce temps, on essaye… »

Cela fait maintenant deux ans. Deux ans que Pénélope et son Roméo surfent sur leur lune de miel. Elle n’en revient tout simplement pas. C’est qu’elle n’a jamais, mais jamais, connu ça. « On n’a jamais de temps mort. Jamais de : “ça ne me tente pas”. Et on ne s’est même jamais chicané ! Je n’ai jamais vécu ça avec quelqu’un… »

Une entente totale dans la vie, totale au lit. Monsieur est attentif, à l’écoute, attentionné. « Il est extraordinaire, répète-t-elle. Je n’ai jamais vécu ça avec quelqu’un ! Il m’a montré des choses que je ne savais pas que je pouvais faire ! » Quoi donc ? « Je ne savais pas que j’étais femme fontaine ! C’est magique ! »

Elle ne peut évidemment pas s’empêcher de comparer.

Avec mon ex, j’avais peur de proposer des choses. J’avais peur qu’il refuse. Avec lui : je fais tout ce qui me tente !

Pénélope, début quarantaine

Seule ombre au tableau : des problèmes de fertilité. « On essaye, mais ça ne fonctionne pas. » Ici, ses yeux se remplissent d’eau. On la sent émotive. Mais heureusement, ça n’ébranle pas son (nouveau) couple.

Reste que « c’est contraignant », dit-elle, en expliquant les consignes données en clinique de fertilité. « Il faut essayer aux deux jours, ni plus, ni moins. » Mais son conjoint choisit d’en rire. « Ah oui, c’est vrai, il faut faire un bébé aujourd’hui… » Si ça ne marche pas, « advienne que pourra », se ressaisit-elle, car ils ont toutes sortes d’autres projets. « On voudrait partir en campagne… »

Tout cela pour dire qu’après toutes ces années, Pénélope est heureuse. Ça se voit. Et ça s’entend. C’est d’ailleurs ce qu’elle aimerait qu’on retienne de son récit. « Quand ça ne va pas. Ça ne va pas. […] Il ne faut pas s’arrêter au fait qu’on a un enfant. Parce que si on est malheureux, nos enfants s’en rendent compte… » Et si on est heureux ? Idem…

* Nom fictif, pour protéger son anonymat