Plutôt que de se qualifier de « célibataire », Emma Watson a enflammé les réseaux sociaux cette semaine lorsqu’elle a déclaré préférer le terme self-partnership (en couple avec soi-même). Devrions-nous élargir la catégorie sémantique de l’état civil ? Discussion.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

À l’aube de ses 30 ans, Emma Watson a confié au Vogue UK qu’elle « fréquentait des gens » et qu’elle avait des « rencards », mais qu’elle n’était pas en couple. « Je suis très heureuse d’être célibataire. J’appelle ça être en couple avec moi-même », a affirmé la vedette de la série Harry Potter.

Il n’en fallait pas plus pour que des milliers de personnes réagissent sur les réseaux sociaux et dans les médias, beaucoup pour se moquer de l’ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes. L’animateur Piers Morgan a entre autres dit à la télévision britannique que self-partnership était une autre façon de dire qu’Emma Watson n’était pas « capable d’avoir un mec ».

À l’opposé, mais toujours en Angleterre, la chroniqueuse du Guardian Brigid Delaney se rallie à l’actrice. « Emma Watson a raison : nous avons besoin de plus de manières de se définir en tant que célibataire », a-t-elle écrit.

> Lisez la chronique de Brigid Delaney (en anglais)

Brigid Delaney explique que « pour mieux raconter notre histoire », nous avons besoin d’ajouter de la nuance dans le langage. Elle cite l’exemple de Gwyneth Paltrow et Chris Martin, qui avaient qualifié leur séparation de conscious uncoupling (divorce heureux).

La linguiste Elizabeth Allyn Smith n’est pas du tout fermée à l’idée d’enrichir cette catégorie sémantique. « Une langue, ça évolue. À l’occasion, pour communiquer ce qu’on veut, il faut créer d’autres termes », avance la professeure à l’UQAM.

Elle ajoute que nous sommes dans une société où nous personnalisons beaucoup plus les choses. Pensons aux discussions autour des genres ou celles autour des orientations sexuelles.

En ce qui concerne le terme self-partnership employé par Emma Watson, elle aime que l’actrice et humanitaire ne crée pas un nouveau terme parce qu’elle n’apprécie pas celui qui existe. « Par exemple, il y a des personnes divorcées qui veulent un autre mot que “divorce”, parce qu’ils n’aiment pas le mot. Mais la définition du nouveau terme serait la même que celle de “divorce”. Ce n’est pas le cas avec Emma Watson. Elle ne nie pas qu’elle soit célibataire, mais elle veut préciser », explique la linguiste.

S’opposer à la norme

Est-ce qu’Emma Watson réagit au mot « célibataire » pour s’opposer à la norme ? Est-ce une manière d’enlever le côté péjoratif associé au célibat en précisant qu’elle est heureuse et satisfaite dans cette situation ?

Le sexologue se souvient de l’épisode de Sex and the City dans lequel Carrie Bradshaw se marie à elle-même, « comme marque de résistance à la tyrannie du couple comme seule voie légitime de reconnaissance sociale ».

Il y a peut-être un peu de ça dans le coup d’éclat d’Emma Watson, croit le professeur Martin Blais. 

Je me demande si l’objectif de cette proposition de changement de sémantique ne reflète pas une forme de marquage. Une opposition de la norme qui consiste à ne se considérer comme complet que si l’on est en couple.

Martin Blais, professeur au département de sexologie de l’UQAM

« Se dire “self-partenered”, c’est peut-être une façon de se rappeler que notre bonheur n’a pas à dépendre de quelqu’un d’autre et de rappeler au monde que notre valeur ne dépend pas de ce qu’un partenaire voit en nous », souligne Martin Blais.

Est-ce que self-partenered est un feu de paille ou Emma Watson a-t-elle visé juste en suggérant un nouveau terme ? Elizabeth Allyn Smith ne s’avance pas sur ce cas précis. Mais elle indique qu’il y a beaucoup d’exemples de personnalités qui ont créé de nouveaux mots. « Les gens se reconnaissent dans leurs propos et décident d’utiliser le terme. C’est comme un virus, ça se propage ! », conclut la linguiste.