Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : Catherine*, 44 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Ce serait bien de nous présenter des couples moins traditionnels, mais plus épanouis. »

Alors voici Catherine*, 44 ans, en couple depuis 12 ans, ouvert depuis huit mois. Et surtout heureuse dans son couple (ouvert) et dans la vie comme jamais depuis.

Elle nous a écrit au milieu de l’été, à la suite de la publication d’un témoignage d’une femme du même âge, au profil semblable, en crise de la quarantaine, en crise de couple, en crise de vie. La femme en question trompait son mari.

Attablée devant un café filtre, à mi-chemin entre Québec et Montréal, Catherine, qui a roulé près de deux heures pour nous rencontrer, témoigner et se raconter, avoue ici être « en réaction » : en réaction face à cette histoire de crise, cette histoire de tromperie, cette histoire de mensonge. « Je trouve ça dommage de mentir pour les mauvaises raisons ! » Même si elle n’a l’air de rien, derrière ses lunettes, ses cheveux grisonnants et son regard timide, Catherine ne mâche pas ses mots : « Oui, je vis un peu la même crise qu’elle, mais pas de la même façon. Cette femme vit une histoire de mensonge, parce qu’elle est prise dans un modèle préconçu qui n’a pas rapport aujourd’hui. »

Et elle ? Que vit-elle exactement ? En quoi sa crise est-elle semblable, et si différente à la fois ? « Moi, j’avais comme abandonné. Je me disais qu’à 40 ans, je ne pourrais plus séduire », confie-t-elle. Mais au lieu de tester sa séduction en cachette, dans le mensonge, donc, elle l’a testée dans l’ouverture. Verdict ? « Le polyamour et les couples ouverts n’ont pas très bonne presse. Ce n’est pas souvent célébré. On dirait qu’on ne montre que les problèmes, plutôt que l’épanouissement que ça peut apporter. Or, pour moi, c’est très, très, très positif », dit-elle. D’où son désir de parler.

Le déclic

Commençons par le commencement. Catherine est en couple depuis 12 ans. Précision : « en couple monogame depuis 12 ans », dit-elle. Avant d’ajouter : « j’étais jalouse et tout ». Sexuellement ? Au début, « super bien ». Et puis tranquillement, « ça a décliné ». « On était assez conservateurs, mais c’était satisfaisant. Mais la passion était de moins en moins là ». Disons qu’il y a huit mois, ils ne faisaient pratiquement plus l’amour. Si ça leur manquait ? Pas tant que ça, en fait. « On était dans nos pantoufles, résume-t-elle. On était bien de même. On ne se rendait pas compte de ce qu’on manquait. »

Et puis ? Et puis voilà que Catherine voyage beaucoup pour le boulot. L’hiver dernier, en voyage, donc, elle a fait la rencontre d’un homme. Surprise : elle qui se croyait invisible réalise au contraire qu’elle plaît. Qu’elle « pogne ». Encore. Ça la titille. Ça la chicote. Et elle se confie, par téléphone, à son chum. « Si ça te gosse, couche avec. Fais ce qui te tente. On en reparlera », lui conseille-t-il.

Et c’est exactement ce qu’elle a fait. Catherine ne s’éternise pas dans les détails. On devine que l’aventure n’a pas été aussi épanouissante physiquement que psychologiquement. Elle résume d’ailleurs pudiquement : 

Ça m’a montré que j’étais encore capable de séduire des hommes.

Catherine, 44 ans

Au retour, elle en a discuté avec son copain. Mais sa position n’a pas changé. « Mon chum n’est pas stressé dans la vie, assure-t-elle. On a une relation solide de confiance. Et il ne se sentait pas menacé par ça. »

L’ouverture

Catherine a donc commencé à s’intéresser à la question, à s’informer, à se documenter. Par l’entremise d’un groupe Facebook, elle a fait la rencontre (virtuelle) d’un Américain, en couple ouvert également, avec qui elle entretient une relation (toujours virtuelle) depuis plusieurs mois maintenant. « J’ai envoyé des photos de moi nue, à 44 ans, pour la première fois de ma vie ! » dit-elle en souriant. Mais Catherine ne s’est pas arrêtée là : elle a décidé d’en faire profiter son amoureux également. Et c’est exactement ce qui est arrivé. Au sens propre comme au figuré : « Il m’a trouvée belle. Je me suis trouvée belle. Donc il a trouvé ça cool que je me trouve belle. » Vous suivez ?

Ce que ce gars m’apporte, mon chum en bénéficie !

Catherine, 44 ans

Depuis, Catherine a eu deux aventures et son copain une, chacun de leur côté. « On le vit dans l’humour », résume-t-elle. Quand ils se retrouvent, ils se racontent leurs conquêtes. Puis en rient. Sans jalousie. « Parce que la jalousie, ça se contrôle. J’ai découvert ça. »

Mais ce n’est pas tout. Depuis, surtout, ils ont recommencé à faire l’amour. Comme aux débuts, en fait. « Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus souvent », dit-elle en souriant. Parce que vous savez quoi ? Ses aventures ne sont effectivement pas si épanouissantes, sexuellement parlant : « La game de séduction est aussi excitante que le sexe. » Elle s’explique : « Ce sont des one night stands, pas des gars qui vont changer ma vie. Ce ne sont pas des relations humaines méga épanouissantes. Par contre, j’ai un homme merveilleux à la maison quand je reviens », affirme-t-elle. Et du coup, chaque fois qu’elle revient, justement, elle « saute sur lui ! » Morale : « on a tendance à penser qu’ouvrir un couple éloigne, mais pas du tout, ça nous a rapprochés ! »

Si c’est son copain qui lui a ouvert la porte, Catherine sait aussi que c’est d’abord elle qui en a profité. Elle valide aussi « constamment » le projet auprès de lui. « Oui, c’est constamment remis en question, confirme-t-elle. Parce qu’il faut que ce soit fait dans le respect et la volonté de tout le monde. » Cela dit, depuis, elle se sent épanouie comme jamais. « Contrairement à ma vingtaine, je me sens “on top of the game”, je suis en contrôle, je ne demande rien de plus que ce qu’on me donne, dit-elle. Je me sens belle et sexy, pour la première fois depuis longtemps… »

Elle sourit, avant de conclure, dans un timide éclat de rire : « Moi, c’est ça, ma crise de la quarantaine… »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat