Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : ROMÉO*, 70 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Non, les rencontres sur l’internet ne finissent pas toutes mal, en général. Certaines finissent même drôlement bien. Entretien avec un homme pétillant, épanoui, et visiblement très amoureux. À 70 ans tapants.

« C’est génial ! » L’homme assis devant nous, derrière sa chemise rose, sa barbe blanche et ses lunettes rondes, rayonne. Littéralement. Il glousse de bonheur. Pas de doute, c’est un bon vivant. « C’est génial ! », répète-t-il, encore et encore, tout au long de l’entretien.

Appelons-le Roméo*. Rien ne le prédestinait à ce revirement. À cette deuxième vie. À ce « nouveau chapitre », comme il dit. Marié 40 ans avec la mère de ses enfants, il a plutôt connu un mariage « bien », mais sans feux d’artifice. « Ce n’était pas la grande fête, résume-t-il, avec une pudeur manifeste. Mais c’était bien. Veux, veux pas, le travail, les enfants, c’est occupant… » On devine que sexuellement, ce n’était pas tout à fait ça : « Moi, j’aime le sexe, et elle, elle n’aimait pas ça. C’est sûr que ça a joué avec les années, on s’est éloignés. »

« La sexualité, c’est comme le sang de l’amour. Si tu n’en as pas, il y a des choses qui meurent. »

Roméo, 70 ans

Il y a cinq ans, madame est décédée et Roméo, qui n’avait connu qu’une seule femme dans sa vie, s’est retrouvé veuf. Au bout de six mois de deuil, il s’est décidé à « rencontrer », poursuit-il. Sur les conseils de son fils, il s’est inscrit sur Tinder (malheureusement, ça ne s’invente pas, il n’y avait personne de son groupe d’âge !), puis sur différents sites (Plenty of Fish, Elite Singles, etc.). Et bien franchement, il a adoré. « C’est comme retomber dans l’adolescence, dit-il en riant. Après tant d’années ! »

Il a pris soin de remplir religieusement son profil, avec franchise, honnêteté, vérité. « Il faut que ce soit le plus exact possible. On ne fait pas ça en une minute sur le coin d’une table », conseille-t-il. S’il a senti qu’il « magasinait » ici une femme ? « Ben oui, répond-il, franchement. Et j’ai adoré ça ! »

La rencontre d’une vie

Il a fini par rencontrer plusieurs candidates (« toutes intéressantes »), mais n’a vraiment ressenti des « papillons » que pour une seule… « Faire des nouvelles rencontres, parler, j’adore parler, c’est génial ! » Bien sûr, avant chaque rencontre, il était stressé à mort. « Mais l’autre est aussi stressée que toi ! » Pour cause : « C’est une rencontre qui peut avoir une influence sur le restant de votre vie ! »

Quand il a finalement trouvé sa Juliette, ça a été le « coup de foudre », dit-il. Ils se sont parlé trois heures, et il a tout de suite voulu la revoir. Deux semaines plus tard, c’était chose faite. « Elle m’a invité chez elle. Non, pas de niaisage, dit-il en riant. Et je suis resté à coucher… »

À coucher ? « J’ai apporté une valise. Elle avait une chambre d’amis. J’y suis allé, et puis j’ai transféré après… », rit-il de plus belle.

S’il était nerveux ? Pas vraiment, assure-t-il. « On a une manière de procéder qui enlève toute pression. On se caresse. Et puis il arrive ce qui arrivera… »

N’empêche. Madame a tout de même été plutôt directe : « Tu as apporté un pyjama ? Moi, je dors nue. » Pour Roméo, qui a dormi 40 ans habillé, ç’a été une révélation. « Depuis ce temps-là, je dors nu aussi. Et c’est génial ! Le contact de la peau de l’être aimé, c’est génial. Des fois, t’as pas la tête à ça, et puis ça s’enflamme ! »

Autre nouveauté dans sa vie : il se brosse les dents l’après-midi. « Avant la sieste crapuleuse ! dit-il en souriant d’un air coquin. Et les baisers sont tellement meilleurs ! »

Au début, ils pouvaient ainsi faire l’amour jusqu’à trois fois par jour. « Je n’avais jamais connu ça avant. Jamais ! »

« C’est le fun avec elle, elle ne dit jamais non ! […] C’est génial. Génial ! De part et d’autre ! »

Roméo, 70 ans

Chaque matin, ils restent collés longtemps, à se caresser. Chaque soir, ils recommencent. « Tout nus ! La bouche fraîche ! »

Non, monsieur ne jouit pas chaque fois. Âge oblige. Mais madame ? Oui, s’émerveille-t-il. « Et c’est très rare qu’elle ait juste un orgasme. Elle en a deux, des fois trois ! »

Il n’en revient visiblement pas. Son secret ? « Non, je ne prends pas de Viagra », précise-t-il. Mais il prend des hormones pour gérer son andropause. Et il a réalisé, entre autres « avantages marginaux », que ça lui donnait « le goût ». « Pas nécessairement la rigidité, mais quand t’as le goût, la rigidité vient avec… » Note aux intéressés, ces hormones ne sont pas sans désavantage « majeur », souligne-t-il. « Je dois me faire suivre tous les ans par un urologue. […] Oui, ça vaut la peine, mais mon médecin me l’a dit : “Je ne vous prescrirais pas ça tout le temps !” »

Au bout d’un an, les nouveaux amoureux ont fini par emménager ensemble, et depuis, ils semblent filer le parfait bonheur. « On échange sur tous les sujets : l’argent, la religion, la sexualité. On lit des livres, on se les échange, on discute. » Leur dernière trouvaille ? « Là ? On est dans le tantrisme. »

« C’est fou, mais dans le fond, je pense qu’on a découvert la sexualité ensemble. On est quasiment arrivés vierges. C’est fou ! sourit toujours Roméo. Je suis privilégié. C’est au-delà de mes espérances. Je ne savais même pas que ça pouvait exister, une entente si belle, si complète, une femme si formidable ! » Oui, il est chanceux, répète-t-il encore. « Et c’est génial ! C’est une cure de rajeunissement ! »

Il nous réservait une surprise pour la fin. Toujours aussi radieux, il conclut d’un grand éclat de rire : « Et on se marie cet automne ! »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat