Chez les enfants de 3 à 12 ans, la pédiculose demeure commune. D'après des données du ministère de la Santé du Québec, 5,7% des enfants d'âge préscolaire et primaire sont touchés chaque année. Dans une école qui accueille 400 enfants, environ 23 attraperont des poux. De quoi se prendre la tête. 

Mis à jour le 21 sept. 2008
Isabelle Audet LA PRESSE

Josée (nom fictif) se remémore en frissonnant l'épisode de pédiculose qui a frappé sa famille l'an dernier. Sa fille de 7 ans en a ramené de l'école, puis toute la famille y est passée. Pire, son fils aîné a contaminé toute la famille de son père, chez qui il séjourne un week-end sur deux.«Au départ, ma fille se plaignait de démangeaisons intenses et elle se grattait la tête sans arrêt, raconte la mère de famille. J'ai regardé le fond de sa tête et j'ai vu des insectes bouger. Ça devait faire un bon moment qu'elle en avait parce qu'ils étaient vraiment gros. Puis, en regardant de plus près, j'ai vu des dizaines et des dizaines d'oeufs collés sur les racines. L'horreur.»

Des cas comme celui-là, l'infirmière scolaire Ginette Potvin en voit plusieurs chaque année. «On en a beaucoup, constate-t-elle. Particulièrement chez les petits de la maternelle à la deuxième ou troisième année. À cet âge, il y a beaucoup de proximité. Les poux en profitent alors pour passer d'une tête à l'autre.»

Elle ajoute que c'est à la rentrée des classes et après les vacances des Fêtes que les écoles signalent le plus de cas de pédiculose. Des semaines à fréquenter les cousins et à dormir chez les copains accentuent les risques de propagation chez les enfants. Ajoutez à cela des files indiennes bien serrées pour entrer dans l'école... et les poux se multiplient allègrement.

Dans les écoles qu'elle fréquente, Mme Potvin enseigne à divers intervenants comment reconnaître un enfant porteur de poux. «On prévient les parents en début d'année qu'il est possible que l'on doive inspecter la tête de leur enfant à un moment ou à un autre, explique-t-elle. C'est important parce que plus on agit rapidement, plus on limite les cas dans un groupe.»

Encore des tabous

Le ministère de la Santé du Québec, les médecins et les infirmières sont unanimes: rien ne protège totalement un enfant des poux. Les petites bêtes ne font pas de discrimination, ne s'attardent ni à la propreté ni au type de cheveux. Tant qu'ils peuvent se nourrir du sang de leur hôte, ils ne font pas la fine bouche.

Malgré ce discours maintes fois répété par les directions d'école et les infirmières scolaires, le mythe qui veut que les bestioles préfèrent une tête sale a la couenne dure. «Les parents n'aiment pas qu'on leur annonce que leur enfant a des poux, c'est évident, raconte Mme Potvin. Parfois, ils en sont très gênés.»

Certains préfèrent ainsi garder le secret lorsqu'ils découvrent ces parasites sur la tête de leur enfant. Même s'il a pu contaminer ses camarades à la récréation ou dans les vestiaires.

«Oui, c'est encore tabou, croit Josée, qui a préféré changer son prénom de peur que sa fille éprouve des problèmes auprès de ses copains de classe. Beaucoup de mamans refusent de laisser aller leur enfant dans une maison aux prises avec des problèmes de poux. Ce qui est un peu normal. Moi non plus je n'enverrais pas mes enfants dans une maison où il y en a.»

Se protéger?

Si les poux ne font pas de discrimination, ils ont tout de même des limites physiologiques. Comme ils ne sautent pas, ils doivent pouvoir s'agripper à un cheveu pour coloniser une tête. Ainsi, constate Mme Potvin, les écoliers dont les cheveux longs sont noués risquent moins d'en attraper.

Et les garçons au style décontracté, les cheveux aux épaules? «C'est beau aussi, une belle petite coupe courte!» lance l'infirmière, qui précise toutefois que les cheveux longs n'«attirent» pas les poux. Ils sont seulement plus à risque de toucher la tête d'un camarade qui en a.

En cas de pédiculose, certains parents rebutés par l'ampleur du travail au peigne fin décident de couper les cheveux des membres de leur famille. Il ne s'agit toutefois pas d'une condition impérative à la réussite du traitement.

Enfin, l'extrait de lavande, qui a la réputation d'éloigner les poux, n'a pas fait l'objet d'une étude exhaustive au Canada. Des parents en déposent quelques gouttes sur la tête de leur enfant, mais Mme Potvin doute de l'efficacité de cette recette maison. «Ça ne fait effet que très peu de temps, affirme-t-elle. Et puis, un pou doit piquer pour vivre. Il n'aimera peut-être pas l'odeur, mais il ne partira pas en balade pour voir s'il y a mieux à mordre ailleurs. Il y a de fortes chances qu'il s'installe tout de même.»

Ça pique: que faire?

L'avertissement arrive habituellement dans le sac à dos des enfants: il y a des cas de pédiculose à l'école. Ces avis sont courants, mais une vérification s'impose à la maison chaque fois, prévient l'infirmière scolaire Ginette Potvin. Voici la marche à suivre dès qu'un cas de pédiculose survient dans votre entourage.

Lorsqu'un un avis de pédiculose a été lancé par l'école ou la garderie, il importe de scruter le fond de la tête des membres de la famille chaque jour pendant une semaine sous une bonne lumière. «Regarder une fois, c'est un instantané et ce n'est pas suffisant, explique Mme Potvin. Pour être bien certain, il faut inspecter les cheveux plusieurs fois.»

Le pou se faufile dans la chevelure, mais ses oeufs (les lentes) sont bien visibles. Le pou mesure au maximum 4mm, et les lentes sont encore plus petites. Blanchâtres et minuscules comme des pellicules, elles ne se délogent pas facilement. Elles sont généralement fixées à la racine des cheveux. Les poux affectionnent les endroits chauds et humides, alors ils sont plus facilement repérables derrière les oreilles et près de la nuque.

On trouve des poux ou des lentes? L'Institut national de la santé publique recommande alors l'utilisation d'un pédiculicide, un shampoing contre les poux. Les écoles exigent habituellement que l'enfant ait été traité avant de le réintégrer en classe.

Afin de limiter la contamination dans l'entourage, il importe de prévenir l'école ou la garderie de l'enfant qui a des poux, ainsi que toutes les personnes qu'il a côtoyées.

Après l'application d'un traitement, éviter l'utilisation de produits revitalisants et de shampoings de type «deux dans un». Ils nuiraient à l'efficacité du traitement. «Mieux vaut attendre deux jours avant de relaver les cheveux», suggère Mme Potvin.

Chaque produit contre les poux a son propre mode d'emploi. Certains s'appliquent sur des cheveux légèrement mouillés, d'autres pas. Le décalage entre les deux applications recommandé par la plupart des fabricants varie aussi. Une lecture attentive évite un échec du traitement... et un autre coup de fil de l'école.

Dans les jours suivant chaque shampoing, viennent les séances de peigne fin, un moment que les parents redoutent. Le passage de ce peigne aux dents serrées permet d'éliminer les lentes toujours accrochées au cheveux, ce qui limite le risque d'échec du traitement. Passer une serviette humide dans les cheveux avant de passer le peigne peut contribuer à déloger les lentes plus facilement. Ensuite, la meilleure technique consiste à prendre une mèche après l'autre, à passer le peigne d'abord à rebrousse-poil, puis vers la pointe. Entre chaque passage, il faut tremper le peigne dans l'eau chaude, explique la Direction de la santé publique de Montréal.

Enfin, il est essentiel de laver certains effets des membres de la famille (literie, peignes, brosses à cheveux, chapeaux, casquettes...) à l'eau chaude (65°C) pendant 5 à 10 minutes. «Inutile de passer la maison au complet aux insecticides», prévient Mme Potvin. Le lavage des objets qui auraient pu être en contact avec les cheveux des membres de la famille suffit. Un pou a besoin de piquer pour survivre. Trop longtemps sans un hôte à coloniser, il meurt.

Des objets impossibles à laver à l'eau chaude peuvent être contaminés. Les mettre deux semaines dans un sac hermétique suffira à éloigner tout risque. La sécheuse, à la chaleur maximale pendant 20 minutes, s'avère tout aussi efficace.

Pourquoi le crâne démange-t-il?

Juste à évoquer les poux, c'est presque immanquable: le crâne nous démange. En lisant ce dossier sur la pédiculose, de nombreux lecteurs ressentiront l'envie irrépressible de se gratter le crâne. Pourquoi donc?

D'après Jean-Charles Crombez, psychiatre, psychanalyste et psychosomaticien, la lecture sur un sujet sensible peut entraîner un réel inconfort chez certaines personnes. Ce mal-être, d'abord intérieur, entraîne parfois des symptômes physiques.

«C'est comme lorsque vous voyez un lion, illustre-t-il. Vous avez peur et il y a une augmentation du rythme cardiaque. Si vous êtes dans la forêt et que vous craignez qu'il y ait un lion, votre réaction physiologique va être semblable. Le corps se préparera à lutter contre le lion. C'est une réaction utile quand le lion est présent... et c'est un peu embêtant quand le lion est imaginé.»

Ainsi, lire sur la pédiculose peut donc entraîner une crainte capable de provoquer une réaction physique telle qu'une démangeaison. Un inconfort qui, évidemment, s'estompe rapidement lorsqu'on passe à autre chose.

Le Dr Crombez ajoute enfin que les réactions physiques issues d'un inconfort intérieur ne sont pas que le fruit de l'imagination. «Une erreur que les gens font, c'est de croire que parce qu'il n'y a pas de cause objective, la conséquence est abstraite. Que la cause soit objective ou subjective, la conséquence sera tout aussi réelle. La douleur ou, dans ce cas, la démangeaison existe bel et bien.»

Efficaces, les traitements?

Le shampoing à la perméthrine demeure le premier traitement contre les poux suggéré par l'Institut national de la santé publique (INSPQ). Reconnus pour leur efficacité, des produits comme Nix et Kwellada-P ne seraient cependant pas infaillibles.

«Les données de réduction d'efficacité dont fait part la documentation scientifique (...) sont préoccupantes. Il est probable que les nombreux rapports d'échec des traitements pédiculicides reflètent l'émergence d'une résistance au Québec», explique Nathalie Marceau, pharmacienne, dans la plus récente mise à jour de l'Institut sur le traitement des poux. Les données sur l'ampleur de cette résistance sont toutefois trop sommaires pour que le problème soit chiffré.

«Les cas de mauvaise utilisation des shampoings viennent parfois fausser les cartes», prévient Ginette Potvin, infirmière scolaire.

Les produits chimiques contenus dans les traitements inquiètent toutefois des parents qui craignent d'exposer leurs enfants à un produit toxique. «Ce sont des produits qui sont bien tolérés et très, très peu absorbés par le corps, tempère Mme Marceau. S'il y a des effets secondaires, on voit de l'irritation cutanée et des rougeurs. Il faut toutefois être prudent: le grattage dû aux poux peut aussi provoquer de petites lésions.» La pharmacienne explique qu'environ 2% des produits recommandés par l'Institut sont absorbés par la peau. Rien pour intoxiquer un enfant, maintient-elle.

L'Institut se dit cependant préoccupé par le lindane, que l'on trouve toujours dans quelques produits au Canada. Son taux d'absorption par la peau est d'environ 10,% et en raison de sa «toxicité», l'organisme le déconseille dans les traitements pour enfants.

Enfin, Santé Canada a récemment approuvé le Resultz, un produit moins invasif qui déshydrate le pou plutôt que de le paralyser. «C'est efficace, affirme Mme Marceau. Les études sur ce produit ne prouvent pas qu'il est supérieur aux autres, mais on va le donner en cas de résistance.»

En bref

-4 mm: C'est la taille d'un pou adulte, soit à peu près la taille d'une pointe de stylo.

-Un seul pou femelle peut pondre jusqu'à 200 oeufs en un mois.

-Par temps sec et ensoleillé, hors de la tête, le pou meurt au bout de 4 heures

-Un pou femelle pond environ 6 oeufs par jour et vit environ un mois.

-Une personne qui se plaint de démangeaisons transporte généralement entre 10 et 20 poux adultes sur sa tête.