À l’image de l’indice UV, celui du bonheur collectif est généralement marqué par une tendance à la hausse avec l’arrivée du printemps. Plus que le réchauffement de la température et le retour des pique-niques, la lumière joue un rôle crucial dans l’amélioration de notre humeur. Voici comment.

Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

Si, tel un ours qui sort de sa tanière, vous vous sentez revivre au printemps, ce n’est probablement pas qu’une simple impression. François Pérusse avait raison de se réjouir en chanson : les journées rallongent et cela a un effet positif sur notre humeur.

« Quand il y a une baisse de la photopériode en hiver, certaines personnes sont affectées sur le plan de l’humeur, certaines sur le plan de leur énergie et de leur performance au travail », constate Marc Hébert, directeur du laboratoire d’électrophysiologie visuelle et de photobiologie de l’Université Laval et directeur de l’axe Neurosciences cliniques et cognitives au Centre de recherche CERVO. Spécialiste de la chronobiologie, il étudie notamment le rythme circadien des travailleurs de nuit.

Le chercheur explique que la lumière (qui pénètre dans notre corps par les yeux) stimule la production de sérotonine dans le cerveau, neurotransmetteur associé à l’humeur qui agit à titre de messager du système nerveux central et qui est impliqué dans plusieurs fonctions physiologiques. Une étude hors du commun publiée en 2002 par des chercheurs du Baker Heart Research Institute, en Australie, a démontré que le niveau de sérotonine dans le cerveau serait lié au niveau d’exposition à la lumière. Pour ce faire, ils ont prélevé un échantillon sanguin directement dans la veine jugulaire interne des 101 participants. Les résultats ont montré que le renouvellement de la sérotonine par le cerveau était plus bas en hiver et que son taux de production était directement lié à la durée de la période d’ensoleillement et augmentait rapidement avec une luminosité accrue.

> Consultez l’étude australienne (en anglais) : « Effect of sunlight and season on serotonin turnover in the brain » 

Au printemps, ces deux facteurs sont en hausse. Lors du solstice d’hiver, la durée du jour est de 8 h 46 min à Montréal. Ce mercredi 5 mai, 14 h 27 min séparent le lever du coucher du soleil. À partir du solstice d’hiver, la durée du jour augmente progressivement à un rythme qui s’accélère à l’approche de l’équinoxe du printemps. « C’est à l’équinoxe que s’ajoute le plus grand nombre de minutes quotidiennement, résume Simon Legault, météorologue à Environnement Canada. Après l’équinoxe, l’augmentation continue, mais ralentit jusqu’au solstice d’été. Ensuite, ça commence à redescendre, comme une montagne russe. » Un tour de manège qui s’explique par l’inclinaison de la Terre et sa révolution autour du Soleil.

Ainsi, à Montréal, comme ailleurs au Canada, la période de clarté est considérablement rallongée au printemps. Mais il y a aussi l’augmentation des heures d’insolation effective qui pourrait jouer un rôle dans notre production de sérotonine. La durée d’insolation effective désigne l’intervalle de temps pendant lequel le rayonnement solaire atteint une intensité suffisante pour créer des ombres nettes. Cette donnée permet d’exclure les journées sombres et nuageuses où, observe Marc Hébert, notre production de sérotonine serait moins élevée. En décembre, Montréal n’a connu en moyenne que 83,6 heures d’insolation effective, entre 1981 et 2010, selon des données fournies par Environnement Canada, alors que 178,3 heures ont été enregistrées en avril. L’insolation effective atteint son zénith en juillet avec 271,5 heures en moyenne.

Déprime saisonnière

Près du quart des gens seraient affectés de façon modérée par la baisse des heures de clarté en hiver et environ 3 % le seraient de façon sévère, au point de devoir arrêter de travailler, remarque Marc Hébert. Un sondage CROP réalisé en 2010 pour le compte de l’Ordre des conseillers en ressources humaines indiquait que 42 % des travailleurs québécois se sentaient plus fatigués et plus déprimés en janvier et février.

Nos études ont démontré qu’en hiver, les gens s’exposent environ une heure et demie de moins à la lumière chaque jour qu’en été, à Montréal. Une étude américaine a montré qu’en Californie, [on enregistrait] trois heures d’exposition quotidienne en été et deux heures en hiver.

Le chercheur Marc Hébert

Bien qu’on ne connaisse pas encore le temps minimal d’exposition nécessaire à l’humain pour maintenir sa bonne humeur, Marc Hébert suggère de s’y exposer entre 30 minutes et 2 heures, préférablement en matinée, afin de resynchroniser son horloge biologique, laquelle a tendance à se décaler de 6 à 12 minutes par jour selon les personnes, si on ne reçoit pas de stimulation lumineuse quotidienne. C’est en matinée que la lumière bleue, qui a un effet stimulant sur le cerveau, est plus présente.

Et la vitamine D ?

Le printemps est aussi associé au moment où notre peau, lorsqu’elle est exposée au soleil, commence à produire de la vitamine D. Un indice UV d’au moins 3 est nécessaire à sa synthèse, ce qui, au Canada, survient habituellement d’avril à septembre, selon Environnement Canada.

La vitamine D pourrait-elle donc être aussi responsable de notre meilleure humeur ? Le rôle de la vitamine D dans le traitement de la dépression fait toujours l’objet de recherches. Une méta-analyse de 13 études d’observation réalisée en 2013 a établi un lien entre de faibles taux sanguins de vitamine D et des risques élevés de souffrir de dépression. « Mais rien n’indique qu’il s’agit d’un lien de cause à effet », précise Extenso, Centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal, dans un article paru sur son site internet. Les études cliniques n’ont, jusqu’à maintenant, pas permis d’affirmer que la supplémentation en vitamine D permet de réduire les symptômes de la dépression.

> Consultez l’article : « Les suppléments de vitamine D traitent la dépression »