Bien que la santé publique recommande de se laver les mains avec de l’eau et du savon pour diminuer les risques de contamination à la COVID-19, il suffirait apparemment de frotter les fruits et légumes sous l’eau courante. Pourquoi cette différence ?

Agence Science-Presse

Au point de départ, il est toujours recommandé de nettoyer les fruits et légumes avant de les manger pour éliminer les micro-organismes, virus, parasites, pesticides et saletés qui pourraient s’être déposés à leur surface. Santé Canada et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) préconisent un lavage sous l’eau courante.

L’eau plus efficace

Il n’y a pas d’étude portant sur les différents niveaux de lavage des aliments et leur potentiel à réduire une infection virale par le SARS-CoV-2. Par contre, en ce qui concerne les pesticides sur les aliments, les études démontrent que les produits nettoyants du commerce et l’eau additionnée de savon à vaisselle ne font pas mieux que l’eau pour retirer la plupart des pesticides à la surface des fruits et légumes et que seul un très long trempage dans une eau additionnée de sel peut éliminer certains pesticides plus résistants. Des solutions contenant du sel ou du vinaigre se sont aussi montrées efficaces contre divers virus et bactéries.

La même logique s’applique aux autres agents pathogènes étudiés, indique Cécile Tremblay, professeure titulaire au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. L’eau ne les éliminera pas complètement. Toutefois, un virus comme ce SARS-CoV-2 ne se propage pas par voie digestive. Il ne résiste pas aux enzymes gastriques, explique Mme Tremblay.

Il ne résiste pas à la cuisson

Il faut aussi savoir que le virus ne résiste pas non plus à la cuisson. Pour les légumes, il suffit de les cuire à 63°C, c’est-à-dire à feu moyen, pendant quatre minutes pour diviser par 10 000 la contamination d’un produit alimentaire, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). L’organisme français précise que pour les crudités, un lavage à l’eau claire suffit à diminuer le risque de transmission du virus par les mains. On peut ensuite essuyer les fruits et légumes avec un papier absorbant à usage unique pour éliminer d’éventuelles particules virales résiduelles.

Éviter les désinfectants

Outre qu’il n’est pas plus efficace que l’eau pour éliminer les pesticides, le savon est généralement déconseillé en raison des résidus qu’il peut laisser sur les aliments, souligne Josiane Garneau, microbiologiste au MAPAQ.

Les désinfectants, ou les détergents comme l’eau de Javel, sont à éviter en raison des risques d’intoxication. Par exemple, l’eau de Javel, même diluée, peut générer des organochlorés, des composés chimiques potentiellement cancérogènes.

Durée de vie du virus : un critère ?

Nous en apprenons aussi chaque jour davantage sur la durée de vie du virus hors de l’hôte. Des études ont récemment observé que le virus demeurait infectieux après avoir passé plusieurs jours sur des surfaces inertes. Mais sur des surfaces en carton – dont la porosité pourrait se rapprocher de celle des fruits et légumes – la moitié des virus meurt toutes les trois heures trente, ce qui veut dire qu’il en reste moins de 10 % après 12 heures, et moins de 1 % après 24 heures.

Or, cette capacité de survie du virus ne reflète pas la possibilité de contamination par contact, souligne une étude publiée dans The Lancet le 2 avril. Le risque de contamination ne survient pas lorsqu’on touche une surface contaminée avec nos mains, mais lorsqu’on porte ensuite les mains à notre visage, d’où l’importance de se laver les mains fréquemment.

Verdict

Le lavage des fruits et légumes à l’eau courante pendant 30 secondes est adéquat. La clé est d’éviter de se toucher le visage avec les mains et de se laver les mains avec de l’eau et du savon après avoir été en contact avec des objets qui pourraient être contaminés.