Une simple sortie dans le monde extérieur nous fait maintenant prendre conscience de tous les gestes et objets qui nous relient aux autres. Une fois rentrés à la maison, les questions s’enchaînent : où déposer les manteaux, lunettes, téléphones, sacs et produits achetés ?

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Comment gérer nos allées et venues pour garder nos maisons sécuritaires ? « Les pathogènes doivent rester à la porte, répond le virologue Marc-André Langlois, professeur à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Il faut établir un plan d’action pour limiter autant que possible la contamination de nos maisons. »

Nos réflexes sont à revoir. On sait que les mains sont les principaux vecteurs de contamination de la COVID-19, qu’il faut les laver fréquemment au savon pendant au moins 20 secondes et ne pas les porter au visage. On connaît aussi l’importance de l’éloignement social pour diminuer le risque de contagion.

Puisque le virus ne se promène pas dans l’air, il n’entrera pas chez vous par les fenêtres. Il se propage en revanche par des objets contaminés. Le risque de transporter le virus sur soi ou sur ce qu’on rapporte à la maison est donc présent.

La première chose à entreprendre est de nettoyer les surfaces qui pourraient avoir été contaminées, comme les poignées de portes, robinets, meubles d’entrée, télécommandes ou manettes de jeux vidéo. « Je ne pense pas qu’il faille stériliser de façon obsessive, mais on peut être un peu plus assidu actuellement », juge le professeur au département de biochimie de l’Université de Montréal, Christian Baron.

Créer une zone de décontamination

« Si vous arrivez de l’extérieur avec des mains et des vêtements contaminés, vous risquez de répandre le virus dans la maison », souligne le Dr Marc-André Langlois. Passé une certaine limite, tout doit être « propre ».

Les sacs — sacs à main, sac à dos, sacs de courses — demeurent dans une zone de transition située dans l’entrée. Les chaussures, clés, manteaux et accessoires, également. Si on a fréquenté des endroits plus à risque ou que nos vêtements ont été en contact avec des objets et surfaces potentiellement contaminés, on les enlève en rentrant, puis on les lave avec un détergent à lessive ordinaire, conseille le Dr Langlois, qui propose de laisser un panier à linge dans l’entrée.

On passe ensuite au nettoyage des mains avec une solution hydroalcoolique à 60 % ou plus, avant de circuler dans le reste de la maison. Des bouteilles de gel stérilisant à main peuvent être disposées ailleurs dans la maison, notamment près de la machine à laver.

Épicerie et autres produits

Le virus survit de 48 à 72 heures sur le plastique et l’acier inoxydable, et 24 heures sur le carton, selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine. Plusieurs variables vont influencer le temps de désintégration du virus. Plus il y a de contaminants sur une surface, plus cette période se prolonge.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Si on a fréquenté des endroits plus à risque ou que nos vêtements ont été en contact avec des objets et surfaces potentiellement contaminés, on les enlève en rentrant, puis on les lave avec un détergent à lessive ordinaire, conseille le Dr Langlois, qui suggère de laisser un panier à linge dans l’entrée.

On ne connaît pas la résilience du virus sur toutes les surfaces, mais les spécialistes pensent qu’il peut survivre durant plusieurs jours sur différentes matières, indique Christian Baron. Tout ce qui a été potentiellement exposé à des contaminants, ou manipulé par d’autres personnes, devrait être désinfecté. Cela inclut les fruits et légumes, les conserves, les produits emballés, les bouteilles de vin ou de bière et, oui, même la bouteille de Purell !

Pour s’économiser du temps de frottage, on peut laisser les articles non périssables dans la zone de décontamination pendant trois jours avant de les faire entrer dans le reste de la maison, ajoute Marc-André Langlois.

Le téléphone intelligent (et autres écrans ambulants)

Nos téléphones accueillent une population impressionnante de bactéries et, potentiellement, de virus. Beaucoup plus que les toilettes, d’ailleurs. Ils côtoient l’appareil de paiement automatisé et les comptoirs des commerces, avant de finir leur journée sur la table de chevet. Entre-temps, ils seront passés plusieurs fois sous nos doigts, désinfectés ou pas.

Il va de soi qu’on les stérilise pendant 20 ou 30 secondes en arrivant à la maison. Apple et Samsung conseillent de le faire avec des lingettes désinfectantes de type Clorox (ou Lysol) ou avec un linge doux et non pelucheux vaporisé d’alcool isopropylique à 70 %. N’utilisez pas de javellisant ou de nettoyant abrasif, et ne vaporisez pas les solutions désinfectantes directement sur l’appareil, préviennent les deux fabricants.

Si ces produits nettoyants sont absents des étalages de vos commerces habituels, un tissu humide avec un peu de savon peut faire l’affaire, croit le Dr Baron. Il en va de même avec tous les objets qu’on pourrait avoir manipulés avec des mains infectées et qu’on balade partout dans la maison. Les lunettes, par exemple.

Du savon et encore du savon !

Le savon à lessive ordinaire est suffisant pour nettoyer les vêtements. Le savon à vaisselle est tout aussi efficace pour assainir les surfaces. C’est aussi le cas de vos nettoyants tout usage et produits antibactériens habituels, selon les microbiologistes consultés. Santé Canada recommande également une solution faite d’une part d’eau de Javel pour neuf parts d’eau et l’alcool à friction.

« N’achetez pas de savons spécialisés, c’est inutile, précise Marc-André Langlois. Moi, je lave mes fruits et légumes dans l’eau, avec une toute petite quantité de savon à vaisselle. Comme il est compatible avec la consommation, on ne tombera pas malade s’il en reste un peu sur nos aliments. »

Faire tremper ses raisins et son brocoli dans le vinaigre n’est pas idéal dans les circonstances. « Ce n’est pas un désinfectant de choix, précise le virologue. Son efficacité est beaucoup moins grande. Le savon est la clé ! »

Cheveux et corps bien savonnés

Le virus entre dans l’organisme par les voies respiratoires ainsi que les muqueuses des yeux, du nez et de la bouche. Il ne pénètre pas par la peau. Christian Baron évalue toutefois que ce n’est pas une mauvaise idée, en ce moment, de prendre une douche avant et après nos sorties, si on fréquente des lieux plus risqués.

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Puisque le virus ne se promène pas dans l’air, il n’entrera pas chez vous par les fenêtres. Il se propage en revanche par des objets contaminés. Le risque de transporter le virus sur soi ou sur ce qu’on rapporte à la maison est donc présent.

Évitez de manipuler vos cheveux. Lavez-les s’ils ont été en contact avec des surfaces ou des mains potentiellement contaminées. Ceux et celles qui ont les cheveux longs peuvent faire preuve d’une prudence supplémentaire en les gardant attachés. Évidemment, chacun garde sa serviette pour soi.

Le foulard en guise de masque : fausse bonne idée

« Utiliser un foulard [ou cache-cou] donne un faux sentiment de sécurité », prévient le Dr Baron. Mauvaise idée, croit également Marc-André Langlois. « On le trimballe dans des endroits possiblement contaminés, on l’accroche une fois à la maison, puis on le remet sur son visage et on le réajuste lors de nos sorties. On se retrouve alors avec le virus dans le nez. »

Et les gants ?

L’OMS estime que « le fait de se laver les mains régulièrement protège mieux contre la COVID-19 que le port de gants en caoutchouc » qui peuvent être contaminés et portés au visage. Laissons-les aux professionnels de la santé et gardons nos gants et mitaines dans l’entrée ou la machine à laver.