Les bienfaits de la musique sur les gens qui souffrent d’alzheimer sont connus. Et si ce n’était que la pointe de l’iceberg ? Le documentaire De la musique pour le cerveau explore les effets thérapeutiques des sons et des mélodies sur les grands prématurés, les personnes atteintes d’aphasie et même celles atteintes de cancer.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Un petit poing qui bat la mesure. L’image pourrait être juste jolie. Elle est saisissante. Ce tout petit poing, c’est celui de Logan, un grand prématuré hospitalisé à l’unité de néonatologie du CUSM. Il n’a pas trois mois au moment du tournage et a déjà été opéré plusieurs fois. « Il a 78 jours. C’est long pour être en souffrance, dit sa maman. Alors, on est contents quand il est calme. »

Les visites de la musicothérapeute Tanya Lavoie, qui frappe doucement sur un tambourin en chantonnant, font partie de ce qui apaise le petit. Ce répit est n’est pas qu’une bénédiction pour son bien-être psychologique. « [La musicothérapie] le rend plus fort pour tolérer les traitements et la douleur. Ça l’aide à lutter : à respirer, à réguler sa chaleur corporelle et ses battements cardiaques », explique la documentariste Isabelle Raynauld.

De la musique pour le cerveau combine ses intérêts pour la musique et le cerveau. La réalisatrice a en effet effectué dans le passé des recherche sur les vers d’oreilles — ces mélodies accrocheuses qui tournent en boucle dans notre tête — et signé un documentaire sur les effets de la prière ou de la méditation sur le cerveau des moines tibétains ou de gens qui ont la foi.

Le cerveau, comme organe, me fascine.

Isabelle Raynauld, réalisatrice du documentaire De la musique pour le cerveau

Et si elle aime tant la musique, c’est qu’elle considère que d’y avoir accès est un privilège : sa famille élargie compte un grand nombre de personnes sourdes ou malentendantes. S’intéresser aux bienfaits de la musique est aussi une occasion en or de montrer — grâce aux technologies de résonance magnétique — ce qui se passe entre nos deux oreilles.

Outil thérapeutique polyvalent ?

La manière dont la musique peut réactiver la mémoire de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer a été mise en valeur de manière stupéfiante dans le documentaire Alive Inside (2014). Pour sa part, Isabelle Raynauld arpente des chemins moins fréquentés et lance plusieurs pistes de réflexion au contact d’un chercheur qui s’intéresse à la manière dont on encode la musique dans sa tête, d’un homme atteint d’aphasie ou encore d’un médecin qui a ajouté la musique dans son arsenal d’outils pour lutter contre le cancer.

Son exploration passe par des histoires humaines assez exceptionnelles. Celle de Harvey, par exemple, qui n’arrivait plus à parler après un accident vasculaire cérébral et qui a réappris à s’exprimer à travers le chant. Pour des raisons encore nébuleuses, son cerveau ne retrouve le chemin du langage que si sa tête l’envisage comme une musique. Harvey ne parle plus, il chante. Ça ne s’entend pas : il arrive à faire sonner son chant comme une simple conversation.

Le cas le plus stupéfiant est certainement celui de Marisa, une Américaine atteinte d’un cancer du pancréas à qui on ne donnait que quelques mois à vivre… il y a 20 ans. Son oncologue, Mitchell Gaynor, pourtant formé selon la plus stricte approche de la médecine occidentale, lui a prescrit… de la musique.

« Il a ajouté à ses traitements de chimiothérapie des séances d’écoute de musique, des massages sonores et vibratoires, raconte Isabelle Raynauld. Pour lui, un peu comme en acupuncture, le principe est de faire circuler les liquides — parce que notre corps est plus liquide que solide — et ça aide à tolérer la chimiothérapie et à se resynchroniser. »

Des pistes à explorer

Traiter le cancer par la musique ? La proposition est pour le moins osée. La réalisatrice le sait. Or, si elle a choisi de garder cette histoire dans son film, c’est qu’elle a jugé la démarche et la démonstration du Dr Gaynor suffisamment sérieuses et pertinentes pour les soumettre à la réflexion.

« Il y a plein de trucs que j’ai mis de côté parce que je trouvais ça limite, assure-t-elle. C’est sûr que si ç’avait été un médecin qui avait dit qu’il avait décroché de la médecine occidentale et qu’il ne faisait plus que des traitements d’écoute de musique et de vibrations sonores, j’aurais passé mon tour. Ce qui m’intéressait, c’est que c’était un vrai médecin oncologue qui demande : pourquoi on serait la seule école de médecine qui ne se sert pas de musique et de sons ? »

Isabelle Raynauld ne voulait pas faire un documentaire pour dire que « la musique fait du bien ». Pas après avoir passé sept ans à éplucher différentes recherches scientifiques qui creusent les effets de la musique sur le cerveau. Or, ce qu’elle dit dans De la musique pour le cerveau, c’est que d’en prescrire à des soldats en choc post-traumatique, à de jeunes autistes ou à des bébés prématurés est sans doute une bonne idée. Que la musique fait probablement beaucoup plus de bien qu’on ne le pense à l’heure actuelle.

À l’affiche à compter du 24 janvier au Cinéma du Musée ; Offert sur Tou.tv Extra