« Sortez prendre l’air ! » Dès les premiers jours du confinement, le premier ministre François Legault lui-même l’a dit : pour garder le moral pendant la pandémie, il faut rester actif. Or, huit mois plus tard, avec le retour du froid, de la grisaille et de la noirceur de novembre, la tentation de l’encabanement est plus forte que jamais. Mais les experts restent unanimes : bouger, ça aide à ne pas déprimer.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

« C’est un deuil difficile à faire de ne plus marcher en groupe, raconte Hélène Samson, directrice du Club de marche dynamique de Montréal, qui a dû suspendre ses activités une deuxième fois, zone rouge oblige, à la fin du mois de septembre. C’était difficile de ne plus se voir au printemps, mais pour beaucoup de nos membres, je crois que ça l’est davantage avec la deuxième vague. »

« Il faut faire un effort pour se garder motivé, mais ce qui est important, c’est d’être dehors, même si on est seul, poursuit la femme de 63 ans qui fait trois sorties de marche dynamique (à 6 km/h) par semaine ces jours-ci. Je ne peux pas imaginer m’arrêter de marcher, je suis active à longueur d’année. »

Au moment où la déprime saisonnière guette un peu tout le monde, rester actif est vraiment primordial, croit le kinésiologue Paquito Bernard, affilié à l’UQAM. « L’activité physique est un facteur majeur de protection contre la dépression », rappelle-t-il. Et pas besoin de courir un demi-marathon, précise le chercheur. « Pour profiter des bienfaits de l’activité physique sur le moral, on n’a pas besoin d’en faire beaucoup ou qu’elle soit intense, explique-t-il. Quelque chose comme 5000 pas par jour, par exemple, c’est déjà très bénéfique. »

Interrompre la sédentarité

Or, les occasions de bouger se font rares cet automne, poursuit M. Bernard, qui cite bien sûr la fermeture des gyms, mais aussi de beaucoup d’endroits publics qui créaient des occasions de sortir de chez soi. « Au printemps, on a vu apparaître des rues piétonnes et des pistes cyclables supplémentaires pour encourager les gens à rester actifs, ajoute-t-il, mais cette fois-ci, il n’y a rien de tel. »

Le télétravail, qui se prolonge pour beaucoup, représente un défi supplémentaire. L’obligation de se rendre au bureau tous les jours crée des occasions d’être actifs, de marcher ou de faire du vélo, par exemple. Quand ils restent à la maison, les travailleurs (et les étudiants) ont aussi tendance à demeurer immobiles de longues heures devant leur écran. Une telle sédentarité annule les bénéfices de l’activité physique, précise Ahmed Jérôme Romain, kinésiologue à l’Université de Montréal et chercheur responsable d’une vaste étude sur la santé physique et mentale pendant la pandémie toujours en cours. « C’est important d’interrompre le temps de sédentarité, dit-il, tous les prétextes sont bons pour bouger, même à la maison, ne serait-ce que 5 ou 10 minutes toutes les deux heures. »

Devant tant d’obstacles, il ne suffit plus de se répéter qu’il faut bouger, croit encore Ahmed Jérôme Romain, il faut créer des occasions de le faire. Comme la motivation des proches est essentielle, il propose notamment de maintenir un lien par l’entremise d’applications de partage, comme Strava, où les utilisateurs peuvent afficher leurs activités.

Il ne faut pas avoir peur de se mettre au défi. Moi, je peux aller marcher pendant 15 minutes, mais peut-être que mon ami que je vois d’habitude va marcher 20 minutes et ça va me motiver. Au bout du compte, c’est une autre façon d’avoir un lien social.

Ahmed Jérôme Romain, kinésiologue

Bien sûr, il faut s’équiper adéquatement pour affronter les éléments, plus hostiles à mesure que l’hiver approche. Mais nul besoin de dévaliser un magasin de plein air, pense Hélène Samson. « Ça prend de bonnes bottes, c’est sûr, dit la marcheuse. Pour le reste, en s’habillant avec plusieurs couches, on ne se trompe pas. Quand on bouge, on a chaud. »

S’il pleut, un bon imperméable reste indispensable. Et pour une sortie plus longue, un thermos rempli de café ou de thé permet toujours de se réchauffer.

Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec, invite quant à elle les Montréalais à prolonger leur saison de vélo cette année. « Quand on est bien habillé, il n’y a pas de problème », lance-t-elle. Avant d’enfourcher sa monture, elle protège du froid ses pieds, ses mains et sa tête en priorité, dit-elle.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec, invite quant à elle les Montréalais à prolonger leur saison de vélo cette année.

Et qui sait, peut-être certains cyclistes se laisseront-ils ensuite tenter par le vélo d’hiver, pense-t-elle. « Le déneigement s’est beaucoup amélioré à Montréal et, avec le Réseau express vélo (REV) des rues Saint-Denis et de Bellechasse, on a de nouveaux axes intéressants. » Rouler dans la neige à -20 °C, ça n’est pas pour vous ? « Je ne fais pas du vélo tous les jours d’hiver moi non plus, précise Suzanne Lareau. Mais il y a souvent des redoux et, quand la piste est bien dégagée, pourquoi se priver ? On fait bien du ski, non ? »

Même avec les meilleures intentions du monde, et en restant actif, personne n’est à l’abri d’un coup de blues. « Novembre, c’est toujours une période plus difficile, constate Jean-François Cherrier, travailleur social et psychothérapeute au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. On anticipe l’hiver, l’isolement, et l’on ne va pas bien. C’est encore pire cette année avec la pandémie, bien entendu. »

Quand on déprime, il faut « se regarder aller », poursuit Jean-François Cherrier, surtout si la routine est brisée. « On peut penser le contraire, mais rester en pyjama toute la journée, fuir dans le sommeil et décaler ses nuits, ça ne fait pas de bien. » Si l’isolement et la tristesse pèsent vraiment lourd ou que les scénarios catastrophe gagnent trop de terrain, l’heure est sans doute venue de consulter son médecin de famille, « ne serait-ce que pour savoir si l’on a vraiment un problème », affirme Jean-François Cherrier. Mieux vaut agir trop tôt que trop tard, conclut-il.

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