Bienveillance, authenticité, amour et gratitude sont des mots qui reviennent inlassablement dans le discours de Marc Pistorio. Cinq ans après la publication de son livre à succès Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es, le psychologue et médiateur nous entraîne ici encore sur la voie d’une introspection constructive. Écrit durant la pandémie, Connecté à soi, connecté aux autres est une invitation à se brancher sur le meilleur de soi et de ceux (et celles) qui nous entourent.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Nous l’avons rencontré lors de son passage à Montréal, à la fin d’une quatorzaine à laquelle l’auteur français — Québécois de cœur et désormais Californien d’adoption — s’est plié, tout en relativisant les inconvénients. Ce retrait lui aura permis de ralentir le rythme et de plancher sur certains projets, observe-t-il, comme son prochain livre, qui abordera les styles d’attachement chez l’enfant et qui a dû être mis sur pause il y a quelques mois au profit d’un bouquin moulé aux circonstances actuelles.

La voix de Marc Pistorio, positive et gratifiante dans Connecté à soi, connecté aux autres, arrive à point, comme un souffle d’air frais. « Je pense que maintenant, plus que jamais, les gens ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas que démunis. On a souvent tendance à penser qu’on a trop peu, qu’on n’est pas assez. Mais personne n’est rien : ni vous ni moi, insiste-t-il. Je veux que ce livre en soit un d’inspiration et d’optimisme. Que les gens se disent là, tout de suite, sans avoir à aller nulle part : ‟J’ai des choses en moi que je n’avais peut-être jamais réalisé avoir autant”. » Le passé, comme le présent, dit-il, n’est pas une fatalité.

Le regard doux, la parole franche, l’auteur aborde la vie, comme la psychologie, avec une profondeur et une simplicité percutantes. Il y a des ingrédients au bonheur, croit-il sincèrement. Et le bonheur est cette cohérence entre les pensées, les émotions et les actions. Plutôt que de sombrer dans un négativisme qui nous ramène à une impuissance terrifiante, il invite chacun à prendre conscience de son pouvoir de changer les choses et de sa propre compétence face à lui-même.

Savoir se regarder en face

Le psychologue répète à l’infini qu’il écrit à partir du concret, de la vie, du quotidien. Il s’appuie, pour ce faire, sur son expérience personnelle et sur ce qui a montré des résultats positifs dans ses 30 ans de pratique.

« Moi aussi, j’ai eu des enjeux de colère, de frustration et des difficultés dans mes relations amoureuses. […] D’avoir été moi-même en thérapie, ç’a été une grande leçon d’humilité. »

Ses livres, dit-il, sont des outils de réflexion qu’on dépose pour mieux les reprendre. Pour qu’un changement soit amorcé, il y a un retour inévitable sur ce que nous avons vécu, ce qui nous a blessé et les enjeux qui reviennent de façon récurrente dans nos vies. Le processus exige une honnêteté vis-à-vis de soi. « Les gens me demandent souvent : pourquoi revenir sur le passé ? Son seul intérêt est qu’il sert à comprendre pour éviter de se blesser à nouveau et passer à autre chose », répond-il.

La force de l’être se traduit par sa capacité de ressentir pleinement, sans fuite et sans peurs, et d’évoluer sans cesse conscient et fier de ce qui le fait vibrer. 

Extrait de Connecté à soi, connecté aux autres, de Marc Pistorio

En situation d’anxiété, de tristesse ou de stress, l’auteur conseille de faire une pause et de se brancher sur le ressenti. Nos émotions sont des révélateurs de nos conforts et inconforts. Ils sont des drapeaux rouges sur notre route. « Il est rare qu’on soit dans l’urgence. Il faut d’abord retrouver un certain calme. Ensuite, on peut regarder nos perspectives en se demandant : ‟Je dispose de quoi, ici et maintenant, pour être mieux ?” »

Tendre vers le mieux

On n’a pas l’obligation d’être parfait. Mais dans la psychologie de vie de Marc Pistorio, on a l’obligation de tendre vers le mieux, vers la « bienveillance » — un mot galvaudé, convient-il, mais qui revient à prendre soin de soi et des autres. À chacun d’élaborer son code de conduite et de développer ses propres mantras, autrement dit des phrases qui guident — quelles qu’elles soient —, afin de ne pas tomber dans les excès qui sabotent ou détruisent.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS ÉDITO

Connecté à soi, connecté aux autres, de Marc Pistorio

La pandémie change radicalement notre rapport à l’autre et nous ramène à cette idée que ce que l’on pensait acquis ne l’est peut-être pas. Plus que jamais, croit-il, nous avons besoin de mettre de l’énergie sur le renforcement de liens positifs avec l’autre.

Nous sommes des êtres de relation. Nourrir cette relation avec bienveillance est pour moi notre seule solution de survie.

Marc Pistorio, psychologue et auteur

Et la bienveillance implique d’apporter sa contribution dans un contexte difficile, afin d’être un agent positif de changement.

« Pourquoi je me laisserais convaincre que c’est foutu, que la noirceur est partout ? La situation est difficile, mais vivre est un défi, et ce n’était pas facile avant. » C’est à nous que revient la responsabilité ultime de l’équilibre. Ce ne sera jamais uniquement la responsabilité des autres, des gouvernements ou de l’économie, estime le psychologue. « L’autre est une contribution à ce qu’on met en place soi-même, dit-il. Et si chacun fait ça, je crois que ça peut faire une différence. Je préfère en tout cas rester dans cette utopie. »

Connecté à soi, connecté aux autres. Marc Pistorio. Éditions Édito. 240 pages.