Personne ne pleurera sur leur sort, mais les virus communs, comme ceux du rhume et de la grippe, semblent avoir subi les contrecoups des mesures adoptées pour freiner la progression de la COVID-19. Si les gens continuent à se protéger, ce sera aussi le cas cet automne, croient les experts.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Le président de l’Association des microbiologistes du Québec, Christian L. Jacob, le constate en regardant les chiffres en Amérique du Nord et un peu partout dans le monde : la saison de la grippe a été raccourcie d’environ cinq à six semaines cette année.

« La saison de l’influenza avait commencé très abruptement, comme celle de 2017-2018, qui avait été assez sévère. Mais fin mars, début avril, on a commencé à voir un déclin très rapide. Les données préliminaires nous montrent que la saison a été dans la moyenne, alors qu’elle s'annonçait sévère. »

Certes, la pandémie a incité des gens présentant des symptômes grippaux à rester chez eux au lieu d’aller se faire tester. Le nombre de tests pour l’influenza a aussi pu varier à la hausse ou à la baisse selon les endroits dans le monde. N’empêche, « les mesures de santé publique comme la restriction des déplacements, la distanciation sociale et les pratiques d’hygiène améliorées ont probablement eu un effet sur la diminution de la transmission de l’influenza et des autres virus respiratoires », a récemment déclaré l’Organisation mondiale de la santé à la revue Nature.

Bien qu’ils ne fassent pas l’objet d’un système de surveillance, les cas de gastroentérites et de rhume ont aussi probablement diminué, indique Christian L. Jacob. « J’imagine que les infections transmises sexuellement vont être en baisse aussi parce que les gens se sont certainement moins rencontrés durant le confinement. Du mois, je l’espère ! », dit-il en riant.

Des virus éradiqués ?

Est-ce que des virus peuvent carrément disparaître en raison de toutes ces mesures de santé publique ?

« Peu probable », nous répond Cécile Tremblay, professeure au département de microbiologie, d’infectiologie et d’immunologie de la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Les mesures en place peuvent diminuer la propagation de ces virus, mais pas les éradiquer, selon elle.

Si on était confinés chez soi tout le temps et qu’on ne voyait personne pendant trois ans, ce serait peut-être un phénomène qu’on pourrait voir. Mais jamais on n’aura des mesures aussi strictes qui entraîneraient cette conséquence-là.

Cécile Tremblay, professeure à l’Université de Montréal

Le fait que ces virus ont moins circulé au printemps pourrait tout de même avoir un impact positif sur la vigueur des saisons qui s’annoncent. Avec la réouverture de l’économie et des lieux publics, le respect des consignes sanitaires — dont le port du masque — sera néanmoins décisif, note Cécile Tremblay. À l’heure actuelle, constate-t-elle, le masque n’est pas suffisamment porté.

« On peut s’attendre à ce qu’il y ait une baisse de la majorité des virus si on respecte les fameuses consignes : le port du masque, le lavage des mains et la distanciation, entre autres, devraient affecter le taux d’influenza l’hiver prochain, dit-elle. Si on le fait correctement, on s’attend à avoir une baisse. »

D’ailleurs, selon des chercheurs de Hong Kong qui ont récemment publié une analyse sur le site internet du BMJ, le suivi des infections respiratoires comme la grippe pourrait être une approche intéressante pour mesurer l’efficacité des mesures de contrôle de la COVID-19.