« Quand on a su que tout était fermé le vendredi 13 mars, on s’est dit que certains jeunes étaient mieux à l’école, que le confinement à la maison n’allait pas être facile pour plusieurs… Je me suis aussitôt demandé : comment faire pour leur donner un peu de bonheur ? »

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Photographe professionnelle, Nathalie Bergeron a le cœur sur la main. Elle a fait de la coopération sociale en Afrique et en Amérique centrale, elle a œuvré chez Équiterre, elle s’implique maintenant activement auprès des jeunes des écoles primaires et secondaires de son patelin de Sorel, qui figurent parmi les moins favorisées du Québec. Toujours avec son appareil photo, son « outil pour entrer en contact avec les gens ». 

C’est d’ailleurs elle qui avait encouragé, en 2014, les jeunes de l’école secondaire Fernand-Lefebvre à participer au projet photo Inside Out, ce qui lui avait valu le titre de personnalité de la semaine de La Presse. NathB – c’est comme ça que tout le monde l’appelle à Sorel – a poursuivi dans la même veine avec des ateliers en classe et d’autres initiatives, dont celle où elle a invité les jeunes à projeter leurs photos à travers les fenêtres de leur école. « On fait ça depuis deux ans, pour promouvoir nos jeunes artistes et pour montrer leurs projets aux citoyens, nous raconte-t-elle. Même le soir, l’école est encore vivante. »

Toutefois, les lumières de toutes les écoles se sont fermées à cause de la pandémie de COVID-19. Mais ça prend davantage qu’un virus pour éteindre l’infatigable NathB. La femme de 47 ans a aussitôt décidé d’organiser des formations photo en ligne. Dès le 18 mars, elle s’est donné la mission de préparer deux ateliers par jour, livrés en direct sur sa page Facebook à 9 h et à 13 h. Elle aborde tous les thèmes liés à la photo, contre-jour, contre-plongée, monochrome, minimalisme, ton sur ton, trompe-l’œil, traitement de l’image, tout y passe. Chacun des thèmes est assorti d’une mission qu’elle suggère tous les jours à ses « étudiants ». 

La photographie, peu importe ton bagage ou tes racines, s’est démocratisée et elle est maintenant accessible à tout le monde. Mais les jeunes sont aussi constamment bombardés de photos sur les réseaux sociaux. Je veux donc leur montrer comment mettre des mots sur leurs images, pour qu’ils prennent un temps d’arrêt à réfléchir à ce qu’ils en font.

NathB

« Quand je marche, je m’arrête, j’observe. Tranquillement, tu impliques ça dans ton quotidien. »

À la rencontre des jeunes photographes

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Kamille Cardin, 13 ans, met en application les techniques enseignées dans les ateliers en ligne de NathB; on y aborde tous les thèmes liés à la photo, que ce soit les contre-jour, la contre-plongée, les photos monochromes, le minimalisme, le ton sur ton, les trompe-l’œil ou le traitement de l’image.

Les jeunes sont enthousiastes face au projet. « Toute la journée, je pense à ce que je pourrais prendre en photo, confie la timide Kamille Cardin, 13 ans. J’aime ça faire de la photo parce que ça me permet de faire aller mon imagination – mais c’est surtout mon chat que j’aime prendre en photo ! En tout cas, je suis en train de remplir la carte mémoire de mon cell ! »

Sa mère Magalie participe elle aussi aux ateliers, par intérêt, mais aussi pour encourager son petit Derek, 6 ans, à s’intéresser lui aussi à la photo. « Derek aime bouger, il aime être en interaction avec les gens, affirme celle qui travaille comme infirmière en toxicomanie. Si j’entre dans la maison, il me suit. Et là, il me voit prendre des photos, il vient voir ce que je fais et il embarque dans le projet. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le petit Derek Cardin, 6 ans, explore de nouveaux points de vue, fort des enseignements qu’il a reçus en suivant les ateliers en ligne de NathB, qui propose des défis photos tous les jours sur sa page Facebook pendant la période de confinement dû à la COVID-19. 

En parallèle de ses ateliers et des missions qui s’y rattachent, NathB a aussi demandé aux jeunes de témoigner de leur réalité en confinement en lançant le concours « Mon mois d’avril 2020 en photos : une photo par jour pendant 30 jours », avec à la clé un appareil photo professionnel qui sera tiré au hasard parmi les jeunes participants. Une cinquantaine de jeunes photographes en herbe participent régulièrement aux défis quotidiens, comme Zachary et Clara Houde, qui étaient bien fiers de nous montrer certains de leurs impressionnants clichés.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Clara et Zachary Houde participent activement aux défis photo proposés tous les jours par Nathalie Bergeron sur sa page Facebook pendant la période de confinement. « Je compte faire une exposition avec toutes les photos des jeunes, après coup », nous a appris celle que tout le monde appelle NathB. 

« Dès que j’ai su qu’il y avait un concours, je me suis mis à y participer. J’aime pas mal toutes les sortes de photos, mais j’aime surtout prendre des photos en mouvement », explique Zachary, 12 ans, en nous racontant avec fierté qu’il avait aussi pris de belles photos des joueurs du Canadien avec l’appareil de son grand-père lors du concours d’habiletés au Centre Bell, au début du mois de mars. « Moi, j’aime bien la nature et les animaux », affirme quant à elle sa petite sœur Clara, 8 ans, en nous montrant la photo d’une trace d’une feuille de cèdre sur la table de pique-nique ou celle de glaçons suspendus aux branches de la haie. D’où viennent ses idées ? « D’ici, de mon cerveau ! », répond-elle en souriant.

NathB a l’intention de poursuivre son initiative en mai, et probablement même après la fin du confinement : « Si nos jeunes sont encore à la maison au mois de mai, je vais continuer, mais en renouvelant le concept, insiste-t-elle. Je vais trouver des outils pour que les jeunes puissent s’approprier encore davantage le projet. Tout ça démontre les avantages des arts et de la culture comme moyen d’aller à la rencontre des gens. Plus on va en démocratiser l’accès, plus ça va ouvrir les frontières aux jeunes, peu importe leur milieu. »