Laver 20 secondes. Sécher. Rincer. Recommencer. Appliquer du gel hydroalcoolique. À force de leur passer un savon, nos mains ne tarderont pas à en ressortir lessivées. Des dermatologues et un pharmacien nous livrent leurs conseils pour limiter les dégâts sur la peau causés par ces nettoyages intensifs, mais indispensables.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Les médecins spécialistes Joël Claveau et Michèle Ohayon n’ont jamais été aussi concernés par le sujet, eux qui travaillent en milieu hospitalier et se lavent les mains de 30 à 40 fois par jour. Ils sont donc très bien placés pour comprendre les Québécois qui, à force de s’adonner au rituel savonnette ou Purell, s’inquiètent de voir la peau de leurs mains se dégrader.

« Le savon et les gels hydroalcooliques vont enlever une couche de lipides, c’est-à-dire une couche de gras, que la peau fabrique pour se protéger. La peau n’a pas le temps d’en reformer que, déjà, on réapplique ces produits », explique la Dre Ohayon, dermatologue et directrice médicale de la clinique Medicart. Au bout du compte, on pourrait même se nuire avec des mains abîmées par des savons trop agressifs : « Quelqu’un qui se lave de façon excessive, avec des produits puissants, va crevasser sa peau, briser la barrière cutanée et cela pourrait même devenir un réservoir pour les bactéries et les virus », prévient le Dr Claveau, du CHU de Québec.

Pour ce dernier, le recours aux savons puissants est déconseillé, puisqu’ils assèchent grandement les mains. Même les savons standards, au pH élevé, sont susceptibles de les irriter. Il recommande plutôt, pour ceux dotés d’une peau plus fragile, de se tourner vers les produits dits « nettoyants hydratants », dont le pH est beaucoup plus neutre.

Le médecin précise en outre que le geste mécanique de friction participe davantage à l’efficacité du lavage que la puissance du produit.

La crème de la crème

Mais, surtout, le duo de spécialistes chante en chœur la même litanie : crème hydratante, crème hydratante et re-crème hydratante. « Il faut apporter l’hydratation de façon extérieure à l’aide de crème. Peu importe qu’elle soit pour les mains ou pour le corps, cela fera l’affaire », conseille la Dre Ohayon, suggérant d’utiliser ce qu’on a déjà dans sa pharmacie domestique.

Le Dr Claveau recommande les crèmes, qui hydratent mieux, plutôt que les lotions, à moins d’être incommodé par l’excès de gras (ce qui pourrait être le cas des hommes à grande pilosité). Devant la kyrielle de produits en vente, lesquels élire ?

« Peut-être choisir une crème non parfumée. La vitamine E n’est pas nécessaire. Pour ceux qui font de l’eczéma, essayez-en trois ou quatre et allez-y avec celle que vous aimez le plus », indique le médecin.

« Le prix n’est pas un gage de qualité, il y en a d’excellentes à bas prix », précise David Gauthier, pharmacien propriétaire de trois succursales Brunet sur la Rive-Sud. 

Dans tous les cas, il faudra l’appliquer abondamment, plusieurs fois par jour.

Réparer la barrière

Que faire si le mal est déjà fait ? « Si ce n’est pas encore trop grave, on peut essayer de rattraper le coup en hydratant de façon intensive », préconise la directrice de Medicart. Le pharmacien David Gauthier abonde et recommande d’employer une crème hypoallergène et non parfumée. « Un parfum peut être irritant. Si la barrière cutanée est intacte, le parfum est correct, mais si elle est endommagée, on pourrait se tirer dans le pied en créant une hyperréaction », dit-il.

Les choses risquent de se compliquer en cas de dégâts plus importants. « Il faudrait alors de la crème à base de cortisone, mais bon courage pour obtenir un rendez-vous avec un dermatologue en ce moment, lâche la Dre Ohayon. S’il nous en reste à la maison, on peut en appliquer un peu sur les mains, dont la peau est assez épaisse, et qui sont capables d’en prendre. »

Cependant, des pommades de cortisone à faible puissance sont offertes en vente libre en pharmacie. « Pour une peau faiblement ou modérément inflammée, une crème d’hydrocortisone 0,5 % peut fonctionner, l’important est d’en mettre régulièrement », conseille David Gauthier.

En cas de peau plus sérieusement endommagée, des crèmes de cortisone un peu plus puissantes, mais gardées « derrière le comptoir », peuvent être fournies par un pharmacien après évaluation du cas. 

Moralité : plus que jamais, mieux vaut prévenir que guérir.

À savoir

Certains savons sont moins agressifs que la moyenne. L’hydratation reste néanmoins nécessaire.

Orienter son alimentation ou boire beaucoup d’eau est inutile pour espérer protéger sa peau (« C’est un mythe », souligne le Dr Claveau).

Pour préserver au mieux nos mains déjà soumises à rude épreuve, évitez de les exposer à d’autres facteurs de dégradation : produits détergents, soleil, grand froid, eau très chaude, etc.