Personne ne veut risquer de se casser un bras et d’aller encombrer les salles d’attente et les salles d’opération des hôpitaux en cette période difficile. Mais ce n’est pas une raison de laisser le vélo dans le garage.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Bien au contraire, soutient Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec.

« C’est tout à fait le moment de faire du vélo, affirme-t-elle. Les rues sont moins achalandées et bien des gens s’inquiètent à l’idée de prendre les transports en commun. Et puis les gens ont besoin de bouger, de prendre l’air, de se changer les idées. Il faut regarder la balance des avantages et des inconvénients. »

Il y a quelques semaines, une dizaine de chirurgiens orthopédistes de la Cité-de-la-Santé de Laval ont écrit une lettre pour inciter la population à y réfléchir deux fois avant de faire du vélo, de l’équitation, du patin à roues alignées ou toute autre activité comportant un risque de blessure et d’hospitalisation.

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Le vélo constitue un bon moyen de transport pour ceux qui craignent les transports en commun.

Luc Nadeau, professeur au département d’éducation physique de l’Université Laval, rappelle que le risque zéro n’existe pas vraiment.

« Toute pratique d’activité physique comporte certains risques de blessures, même le vélo à l’intérieur et même la marche », note-t-il.

Il comprend toutefois la principale préoccupation des orthopédistes, soit que les risques de blessures à vélo sont plus grands en début de saison.

« Il peut y avoir présence de sable sur la route, les pistes cyclables ne sont pas toujours dégagées, il y a une reprise graduelle des habitudes des automobilistes face à la présence des cyclistes sur les routes, il y a un niveau moindre d’alerte et d’habileté des cyclistes lors des premières sorties, etc. Ce serait donc une période plus susceptible aux chutes et collisions. »

Des nuances

Le président de l’Association d’orthopédie du Québec, le DJean-François Joncas, comprend aussi les préoccupations des chirurgiens orthopédistes de la Cité-de-la-Santé, mais il tient à nuancer le portrait. Tout dépend du type de cyclisme et des lieux de pratique.

Pour ce qui est de rouler sur les pistes cyclables, je n’ai aucun problème avec ça parce que je peux vous confirmer que les accidents y sont exceptionnels. Les gens ne vont pas vite et s’ils tombent, ils auront le plus souvent des égratignures, ou parfois un poignet fracturé.

Le DJean-François Joncas

Il estime que les accidents ont surtout lieu en pleine ville, avec les arrêts et les feux de circulation que les cyclistes ne respectent pas toujours, et avec les portières qui s’ouvrent.

Le DJoncas, lui-même cycliste, préfère rouler sur les petites routes secondaires de sa région, l’Estrie.

« Ce n’est pas du tout la même game en termes de sécurité », assure-t-il.

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Il est possible de respecter les règles de distanciation sociale en vélo.

Dans un rapport sur les hospitalisations survenues au Québec de 2007 à 2015, l’Institut national de santé publique du Québec (INSQ) estime que 22,9 % des admissions associées à un traumatisme d’origine récréative et sportive, soit 892 admissions, sont liées à la pratique du vélo.

Le DJoncas affirme que compte tenu du nombre de cyclistes au Québec, le nombre de personnes qui se blessent en vélo est « relativement marginal ».

Une autre étude de l’INSQ estime effectivement que la moitié des Québécois de 6 à 74 ans du Québec fait du vélo au moins une fois dans l’année.

Être sensibilisé aux risques

La situation actuelle pourrait augmenter la popularité du vélo.

« Compte tenu de la période actuelle de confinement, les personnes qui veulent faire de l’activité physique aérobique n’ont plus beaucoup de choix d’activités en dehors de la course, du vélo et de la marche, observe Luc Nadeau. Donc les possibilités qu’un très grand nombre de Québécois utilisent leur vélo pour simplement prendre l’air ou encore pour s’entraîner sont vraiment très grandes. Et qui dit plus de participants dit forcément plus de risques de blessures. »

Il prône une plus grande sensibilisation aux risques. « Il faut faire appel au bon jugement des gens pour choisir des parcours en fonction de leurs compétences, expériences et niveaux d’habiletés, explique-t-il. Les débutants ou les gens qui ont moins d’assurance sur le vélo devraient chercher les endroits sûrs et dégagés où les risques de chutes ou collisions sont minimes. »

Suzanne Lareau insiste sur l’importance d’être actif physiquement, surtout en cette période difficile, pour se garder en santé physique et mentale et diminuer son niveau d’anxiété.

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Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec

« Il y a cependant un bémol, dit-elle. Y a-t-il des pratiques cyclistes plus à risque ? On devrait peut-être se garder une petite gêne pour le vélo de montagne. De toute façon, la plupart des centres de vélo de montagne sont fermés au Québec. »

Ce n’est pas le temps non plus de rouler en peloton. Bien sûr, cette pratique ne respecte pas les règles de distanciation physique, mais il y a plus.

« Beaucoup de blessures chez les cyclistes sont provoquées par des chutes et collisions en peloton où certains ne voient pas les obstacles sur la route ou encore ne voient pas les arrêts ou déplacements des autres cyclistes près d’eux », affirme Luc Nadeau.

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Vélo Québec recommande de « rouler mollo ».

Suzanne Lareau recommande de rouler seul, de redoubler de prudence et de « rouler mollo ».

Vélo Québec redouble actuellement d’efforts pour encourager les municipalités et les gestionnaires de réseaux cyclables à ouvrir leurs pistes.

« On en a drôlement besoin maintenant, mais on en aura aussi drôlement besoin en juin, juillet et août, alors que les gens ne partiront pas en vacances à l’étranger et resteront au Québec, observe Mme Lareau. Le vélo est un bon moyen de découverte touristique de l’environnement local et régional. »