Le col multifonctionnel, un incontournable des activités de plein air, jouera-t-il un rôle dans la lutte contre la propagation de la COVID-19 ?

Marie Tison Marie Tison
La Presse

À en croire Buff, l’entreprise qui a inventé cet accessoire, non. Mais des sportifs ajoutent quand même le col multifonctionnel à leur arsenal anti-coronavirus.

« Nos produits n’ont pas été conçus ou certifiés comme protection contre les virus et les maladies, ils ne sont donc pas appropriés pour prévenir la propagation de la COVID-19, martèle Buff sur son site internet. Bien que nos produits multifonctionnels couvrent tout le visage (le nez, la bouche, le menton et le cou), il n’y a aucune preuve scientifique qu’ils pourraient vous empêcher de contracter ou de propager un virus ou une maladie. »

Le col multifonctionnel de Buff est une invention relativement récente qui provient de Catalogne. Son créateur, Joan Rojas, faisait de grandes balades en motocyclette dans la région et se cherchait une sorte de foulard qui puisse le protéger contre le froid, le vent et le soleil. C’est en 1991 qu’il a créé un col multifonctionnel en polyester dans l’usine de textile de sa famille. Il l’a d’abord exporté en Allemagne, en France et en Suisse avant de l’offrir partout dans le monde.

Le col multifonctionnel, une sorte de foulard de forme tubulaire, a pour particularité de se porter de multiples façons. Par exemple, on peut s’en servir comme couvre-chef, on peut l’utiliser comme un simple cache-col ou on peut s’en servir pour se couvrir le bas du visage.

Sur la liste des choses à apporter que je remets à mes clients, je l’indique comme un essentiel. Je demande aux gens d’en apporter plus d’un.

Emmanuel Daigle, guide d’aventure et auteur du livre Haute altitude : du trek à l’expédition

Il explique que le col multifonctionnel peut servir dans plusieurs circonstances différentes.

« En trek, c’est pour éviter que de la poussière entre dans les poumons. Quand il fait froid, c’est pour éviter que l’air trop froid entre aussi dans les poumons. »

C’est particulièrement important en haute altitude. L’air très sec peut facilement irriter les voies respiratoires et provoquer une toux désagréable, voire débilitante.

« Avec un Buff, on crée un environnement humide et chaud, c’est parfait pour ça, affirme M. Daigle. Ça fait toute la différence du monde. »

En haute altitude, le soleil peut être particulièrement fort. Le col multifonctionnel peut aider à prévenir les coups de soleil au visage et au cou.

« Je n’aime pas vraiment les chapeaux à large bord. Je coince un Buff à l’arrière de ma casquette, ça me fait une protection pour le cou et les oreilles. Le vent passe en dessous, je me sens libre. »

Et lorsqu’il fait très chaud, on peut se rafraîchir en mouillant le col multifonctionnel.

Le concept a évolué et il se fait maintenant des cols multifonctionnels en laine mérinos et en laine polaire. On peut aussi en trouver avec des bandes réfléchissantes pour la course et le vélo de nuit.

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Plutôt que de recourir à un masque fait maison, des amateurs de plein air utilisent plutôt le col multifonctionnel, aussi connu sous le terme de foulard tubulaire.

L’entreprise Buff n’est plus seule à produire des cols multifonctionnels. Des sociétés comme Chaos et Outdoor Research ont commencé à offrir leur propre version. Au Québec, c’est une petite entreprise du Saguenay, Lachasse, qui s’est lancée dans l’aventure.

« Mon conjoint et moi sommes de grands amateurs de plein air, raconte Stéphanie Desforges. On n’aimait pas vraiment le design de ce qu’on trouvait sur le marché. Comme mon chum est designer graphique, on a décidé d’en créer pour nous et nos amis. Ce qu’on a, c’est un design épuré, qui nous ressemble plus. »

Le petit projet a fait boule de neige, les gens à l’extérieur du cercle d’amis du couple ont commencé à demander où ils pouvaient se procurer les cols multifonctionnels, conçus et fabriqués au Saguenay.

« Nous avons fait un site en ligne, nous sommes présents dans des détaillants Sport Experts du Saguenay, indique Mme Desforges. Ça a beaucoup grandi en trois ans. »

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Les amateurs de plein air possèdent souvent un col multifonctionnel.

La petite entreprise fabrique également des cols pour des clubs sportifs et des entreprises. Elle vient de concevoir des cols à motif d’arc-en-ciel, un clin d’œil à la situation actuelle, mais elle ne peut pas encore les produire compte tenu de la pause décrétée par le gouvernement québécois.

Stéphanie Desforges note que les cols multifonctionnels de Lachasse ne sont pas approuvés par Santé Canada pour réduire la propagation de la COVID-19.

Nous n’avons pas cette prétention-là. Mais ça donne peut-être une certaine sécurité, une certaine intimité dans le contexte actuel. Et puis, ça reste un élément chic. Ce n’est pas parce qu’on est actif qu’on ne peut pas être chic.

Stéphanie Desforges, cofondatrice de Lachasse

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En vélo aussi on peut utiliser le col multifonctionnel.

Emmanuel Daigle affirme pour sa part qu’en raison de la pandémie, il ne sort plus sans son col multifonctionnel.

« Si je sens que je vais tousser, je vais le mettre, déclare-t-il. Au moins, je vais éviter de faire un nuage autour de moi. Par contre, au retour à la maison, c’est direct dans la laveuse. »

Il trouve un avantage au col multifonctionnel quand on le compare à un masque fait maison.

« Pour le masque, il faut que tu te mettes les mains dans le visage pour l’ajuster. Avec le Buff, tu n’as pas ce problème-là. Ça tient tout seul, il n’y a pas de gossage. »

Les autorités gouvernementales martèlent encore et encore que le masque ne remplace pas les mesures de base, comme la distanciation sociale et le lavage des mains. Mais Emmanuel Daigle estime que tant qu’à avoir un col multifonctionnel à la maison, pourquoi ne pas l’apporter avec soi.