(Montréal) La fréquentation des réseaux sociaux et le temps passé devant la télévision ou l’ordinateur sont associés à une hausse de l’anxiété chez les adolescents, selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs du CHU Sainte-Justine.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Aucun effet néfaste concernant la dépression ou l’anxiété n’a toutefois été constaté au sujet des jeux vidéo.

« Les médias sociaux exposent les adolescents à des images d’autres adolescents qui se présentent comme ayant des vies très vibrantes et des activités très excitantes, a expliqué le chercheur Elroy Boers. C’est toute la question de comment on se présente au monde. Donc si les adolescents qui souffrent déjà d’anxiété s’exposent à un contenu du genre, ils pourront penser qu’ils sont incapables d’avoir de telles vies ou de pratiquer de telles activités, ce qui pourra ensuite renforcer leur isolement social. »

Il est déjà bien documenté que l’isolement social est source d’anxiété, poursuit M. Boers. Un adolescent qui se croira incapable de mener une existence aussi excitante que celle qu’on lui présente en ligne pourra avoir tendance à s’isoler encore plus.

La télévision peut elle aussi être source d’isolement.

« Je pense que c’est assez simple, a dit M. Boers au sujet du lien entre la télévision et l’anxiété. Regarder la télévision est un comportement très solitaire ; il n’y a que vous et votre télé. Vous restez assis là et vous vous isolez encore plus, ça vous empêche de pratiquer des activités sociales ou d’avoir des conversations. Cet isolement peut entraîner des symptômes d’anxiété encore plus graves. »

Il est aussi très possible que les adolescents qui sont déjà anxieux ou déprimés se tournent vers la télévision en réponse à ces sentiments déplaisants qu’ils ressentent.

« Absolument, mais ils ne se rendent probablement pas compte que ce mécanisme d’adaptation aggrave potentiellement leurs symptômes d’anxiété », a prévenu M. Boers.

Les chercheurs se sont également intéressés au temps que les adolescents passent assis devant un ordinateur, mais pour des raisons autres que la fréquentation des réseaux sociaux ou la simple navigation en ligne.

L’hypothèse qu’ils soulèvent concernant l’anxiété que cela semble générer chez les jeunes est intrigante.

« Nous n’en sommes pas absolument certains, mais je croirais que les gens qui sont déjà anxieux le deviennent encore plus parce qu’ils ont tellement de travaux scolaires à faire à l’ordinateur », a expliqué le chercheur.

M. Boers admet enfin avoir été surpris par leurs résultats concernant les jeux vidéo.

Dans le domaine des sciences sociales, rappelle-t-il, il y a essentiellement deux camps : un camp qui dit que les jeux vidéo nuisent à votre santé mentale et un autre qui dit que l’impact est au pire minime, voire inexistant.

« Nous n’avons mesuré aucun effet des jeux vidéo sur l’anxiété, et je crois que ça tient au fait que, aujourd’hui, les jeunes ne jouent jamais à des jeux vidéo seuls, a-t-il dit. Ils discutent constamment (avec d’autres jeunes) et ça peut les distraire de leur anxiété, ou carrément ne pas être une source d’anxiété parce que c’est devenu une activité sociale. Les jeux vidéo sont peut-être un mécanisme d’adaptation, ou à tout le moins ils ne sont pas une source d’anxiété. »

Les conclusions de cette étude sont publiées par le Canadian Journal of Psychiatry.