Il y a de l’espoir pour les personnes gagas des chats, mais malheureusement allergiques à ces charmantes boules de poils : des chercheurs de l’Université de Zurich, en Suisse, avancent qu’il suffit d’un vaccin pour neutraliser la protéine responsable des réactions allergiques chez 85 % à 90 % des gens. Pas trop fan des aiguilles ? Pas de souci : ce n’est pas l’humain qui recevrait la piqûre, mais le félin lui-même.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

L’étude publiée au début du mois d’août dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology explique qu’un vaccin administré directement au chat lui fait produire des anticorps qui neutralisent la protéine Fel d 1. Il existe au moins huit allergènes connus chez ce félin, mais celle-ci est « la plus reconnue pour être impliquée dans les allergies chez l’humain », précise Frédéric Sauvé, vétérinaire et professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Caroline de Jaham, vétérinaire spécialisée en dermatologie, juge cette approche « prometteuse ».

On adopte des animaux pour qu’ils fassent partie de notre environnement. Alors si on peut bonifier la relation entre l’humain et l’animal en rendant les propriétaires moins allergiques – sans qu’il y ait de danger ou de séquelles à long terme pour l’animal –, je n’ai rien contre.

Caroline de Jaham, vétérinaire spécialisée en dermatologie

Un tel vaccin, s’il est commercialisé, ne pourra toutefois pas garantir que le chat ne provoquera plus aucune réaction allergique. Chaque personne a son propre seuil de tolérance, rappelle Caroline de Jaham. C’est ce qui fait que certains amoureux des chats réagissent tout de même aux sibériens, pourtant la seule race scientifiquement reconnue pour sécréter moins de protéine Fel d 1.

Frédéric Sauvé rappelle d’ailleurs que c’est un mythe de croire qu’on est allergique aux poils de chat. La substance allergène produite par les chats est plutôt sécrétée dans sa salive, dans les follicules pileux et par les glandes périanales. « La plus grande erreur que les gens puissent faire, c’est de penser que les chats sans poils ne sont pas allergènes », ajoute Caroline de Jaham. Il n’existe aucune preuve scientifique démontrant que les devon rex, des chats au pelage court et presque laineux, ne sont pas allergènes non plus.

Une diète anti-allergie ?

Le vaccin mis au point en Suisse n’est pas le seul espoir des personnes allergiques, signalent en outre les deux vétérinaires. Le fabricant de nourriture pour chats Purina travaille depuis des années à un produit alimentaire qui provoquerait aussi le développement d’anticorps capables de neutraliser la protéine Fel d 1. « La diète n’est pas encore sur le marché, mais la recherche est assez avancée », précise Caroline de Jaham, évoquant la littérature scientifique diffusée à ce sujet.

« On n’aurait même pas à faire vacciner le chat. Juste en changeant sa nourriture, on pourrait contrôler cet aspect-là, du moins partiellement », renchérit Frédéric Sauvé. L’approche alimentaire lui semble particulièrement intéressante puisque, sur le plan strictement éthique, administrer à un animal un traitement médical dont il n’a pas besoin (le vaccin anti Fel-d 1) lui paraît « étrange ».

Le vétérinaire ne rejette toutefois pas l’option du vaccin du revers de la main. Selon lui, elle conserve sa pertinence si elle peut éviter l’euthanasie à un chat qui se retrouverait par malchance « dans une famille où on ne savait pas qu’il y avait des personnes allergiques ». Caroline de Jaham, elle, trace une ligne bien nette : que ce soit la diète ou le vaccin, l’approche à privilégier sera celle qui sera la plus sécuritaire pour l’animal.