La lumière artificielle a plus d’influence sur le sommeil qu’on ne le croyait, selon une nouvelle étude australienne. Même une lampe de chevet peut retarder la sécrétion de mélatonine, hormone qui donne une sensation de fatigue. Nos explications.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Une lampe de lecture

« L’impact de la lumière sur la mélatonine est beaucoup plus grand que l’on ne le croyait, explique Sean Cain, biologiste à l’Université Monash à Melbourne, auteur principal de l’étude publiée fin mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). La plupart des études se sont intéressées aux environnements de travail, qui ont souvent des lumières de plusieurs centaines de lux. » Précisons qu’un lux équivaut à une source lumineuse créant un halo d’un mètre carré à un mètre de distance. « On s’est aussi intéressé à une illumination forte à la maison, par exemple dans la cuisine quand on prépare un repas, soit de 50 à 150 lux, ajoute le biologiste. On présumait qu’une illumination de moins de 30 lux avait peu d’effet, parce qu’avant l’avènement de l’électricité, les gens pouvaient avoir une lumière de ce genre le soir avec des chandelles ou des feux. Nous montrons que la moitié de la suppression de la mélatonine survient à des intensités de moins de 30 lux, ce qui correspond à une lampe de chevet permettant tout juste de lire, ou à un écran de téléphone. Et surtout que le seuil de sensibilité de la mélatonine à la lumière peut varier par un facteur de 50 d’un individu à un autre. »

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La moitié de la suppression de la mélatonine survient à des intensités de moins de 30 lux, ce qui correspond à une lampe de chevet permettant tout juste de lire, ou à un écran de téléphone.

La mélatonine

La mélatonine aide à donner une impression de fatigue propice au sommeil, selon M. Cain, qui a fait sa maîtrise sur le rythme circadien, soit l’alternance veille-sommeil, à l’Université Concordia à Montréal. « Normalement, la mélatonine commence à être sécrétée deux heures avant le sommeil, donc à 21 h si on se couche à 23 h. Mais si on continue à se servir de son téléphone jusqu’au sommeil, la sécrétion de mélatonine n’arrivera qu’à 23 h, au moment où on éteint tout. » La mélatonine n’a pas d’impact sur la qualité du sommeil, seulement sur la sensation de fatigue. « Plusieurs personnes vont rester debout jusqu’à ce qu’elles tombent de sommeil. Une sécrétion tardive de mélatonine peut aider les oiseaux de nuit à rester réveillés. Mais au matin, ils vont manquer de sommeil », souligne le scientifique.

Mystérieux mécanisme

La prochaine étape sera l’identification du mécanisme liant une sécrétion tardive de la mélatonine à diverses maladies, allant de la dépression aux cardiopathies. « Beaucoup des effets sont d’ordre psychiatrique, mais il y a suffisamment d’autres répercussions sur le cœur ou le traitement des glucides et des lipides, notamment les maladies métaboliques, pour qu’un effet à large spectre soit envisageable, dit M. Cain. S’agit-il d’inflammation ? Le manque de sommeil et les troubles du sommeil ont eux-mêmes des conséquences très diverses qu’il est difficile d’expliquer par un dérèglement simple. La variation énorme d’un individu à un autre de l’impact de la lumière sur la sécrétion de mélatonine est certainement un élément clé dans notre quête. »

Trouble bipolaire

Plus tôt cette année, dans la revue Psychiatry Research, M. Cain a démontré qu’une hypersensibilité à la mélatonine pourrait aggraver, voire causer les troubles maniaco-dépressifs, aussi connus sous le nom de troubles bipolaires. L’étude évaluait la sensibilité à la mélatonine par la réaction de la pupille à de la lumière. Une soixantaine de cobayes n’ayant pas de trouble bipolaire ont été évalués par des tests sur des tendances similaires à cette maladie, ainsi que sur l’hypomanie, une agitation mâtinée d’agressivité (agitation et idées de grandeur) et de diminution du besoin de dormir. « Les résultats sont assez clairs, il y a un lien, dit M. Cain. On pourrait envisager le dépistage des gens plus susceptibles de souffrir de troubles bipolaires avec un test de sensibilité à la mélatonine, à tout le moins chez les gens ayant des antécédents familiaux. »

Différentes sources lumineuses et leurs lux

10 000 à 25 000 lux : Éclairement lumineux lors d’une journée ensoleillée

1000 lux : Éclairement lumineux lors d’une journée sans pluie mais nuageuse

750 lux : Éclairement lumineux dans une usine ou un supermarché

250 lux : Éclairement lumineux dans une salle de classe lors d’un cours du soir

400 lux : Éclairement lumineux au lever ou au coucher de soleil

150 lux : Éclairement lumineux dans une pièce bien éclairée dans une maison

Source : Green Business Light UK