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La sobriété moins anonyme

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De nombreuses personnalités publiques ont pris la parole, ces derniers temps, pour parler de leur combat contre l'alcool, les drogues ou autres dépendances. Ils font enfin sortir la sobriété du placard.

L'article signé par le chef et restaurateur David McMillan dans la publication américaine Bon Appétit, en février, puis traduit et publié dans L'actualité il y a quelques semaines, a été partagé des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Au mois de mars, le magazine Caribou publiait un texte de Danny St Pierre intitulé « Le chef de "party" ferme le robinet ».

À la radio, à la télé, sur les réseaux sociaux, des acteurs et actrices, des humoristes, des athlètes, des musiciens et musiciennes et, bien sûr, quelques chefs et restaurateurs font entendre les nombreuses voix de la sobriété.

Danny St Pierre a mis du temps à parler ouvertement du fait qu'il avait arrêté de boire. Le « robinet » a été fermé il y a plus de trois ans. « Ça a été long avant que je me sente à l'aise de le faire. C'est très personnel, comme démarche, et je l'ai d'abord vécue avec pudeur. »

« Quand on se met à en parler, on s'accule au pied du mur. Mieux vaut ne pas rechuter ! »

Il y a deux ans, la comédienne Eliane Gagnon a fondé Soberlab, une plateforme numérique qui fait la promotion de la sobriété par le truchement de la créativité et des liens humains. Pour elle, le fait de parler publiquement de sa sobriété est au contraire une incitation de plus à marcher droit.

« Ça me rend plus forte. C'est un engagement. J'ai encore moins envie de rechuter maintenant que tout le monde sait que je suis sobre. »

La page Facebook de l'organisme sert à publier des renseignements sur des activités organisées pour sa communauté de battants et battantes. Elle fait aussi circuler des prises de parole de gens qui assument pleinement leur sobriété.

« L'idée, c'est de développer une culture de la sobriété, une communauté bien visible. J'avais envie d'offrir de nouvelles options pour se retrouver », lance la pétillante jeune femme.

La comédienne Eliane Gagnon, fondatrice de Soberlab... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE) - image 2.0

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La comédienne Eliane Gagnon, fondatrice de Soberlab

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Dans le cadre du programme Espace Libre pour la culture, mis en place par Conscience Urbaine, un organisme qui a pour mission de revitaliser les espaces vacants à Montréal, le tout premier Espace Soberlab verra le jour. Ce sera un lieu de création unique et sécuritaire qui permettra à la communauté de se rassembler, de créer et de connecter sans alcool ni drogues. Cet espace servira aussi de plateau de tournage pour une émission de télévision innovante. 

Un peu partout, on voit apparaître des bars sans alcool, comme le MindfulBar, qui ouvrira en juillet rue St-Denis. De plus en plus de cocktails sans alcool (mocktails), de sirops exotiques, d'eaux aromatisées s'ajoutent aux cartes liquides des bars et restaurants de la majorité des grandes villes nord-américaines. Sur Facebook, la page québécoise Clean and Sober Party propose des activités bien festives, sans drogues ni alcool.

Consultez le site de Soberlab : https://soberlab.ca/

Consultez le site de Listen : https://www.listen.bar/

Consultez la page de Clean and Sober Party : https://www.facebook.com/cleanNsoberparty/

Prise de conscience

« Je pense que la prise de parole publique sur l'alcoolisme est en train de permettre aux gens de réaliser que l'alcool, c'est aussi une drogue », affirme Eliane Gagnon.

« Je ne veux pas qu'on se rende jusqu'à la diabolisation de l'alcool, mais la banalisation, ce n'est pas mieux. »

Danny St Pierre... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE) - image 3.0

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Danny St Pierre

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Le restaurateur Danny St Pierre est du même avis. « On banalise beaucoup l'alcool dans notre société. C'est un peu ce qui m'a incité à commencer à en parler. Peut-être qu'il faudrait arrêter de trouver normal, voire drôle, le mononcle saoul mort au party de Noël. Moi, je n'étais pas addict au point de dormir dans le caniveau, mais j'ai un problème de gestion des bonnes choses. Au début, j'ai voulu arrêter pour un mois. Puis, plus j'avançais, plus je trouvais ça dommage de briser ma séquence. J'ai fait un grand ménage dans mes habitudes. Finis les apéros, les dégustations de vins et toutes ces choses qui meublaient le temps avant. »

« Nos activités sociales tournent tellement autour de l'alcool. »

Parlez-en à Anne Elizabeth Lapointe, nouvelle directrice générale de la Maison Jean Lapointe et fille du célèbre artiste québécois. Rappelons que c'est la Fondation Jean Lapointe qui a lancé le fameux Défi 28 jours sans alcool, en 2014.

« On accueille très favorablement ces témoignages publics de personnalités connues, qui permettent de sensibiliser la population et peut-être même de toucher des gens qu'on n'aurait pas rejoints autrement. »

Elle cite l'exemple d'un jeune homme qui s'est pris en main après avoir entendu l'ex-footballeur Étienne Boulay parler de son problème de dépendance.

Le fait de briser le silence peut également avoir pour effet de renseigner la population sur le sérieux de la sobriété. L'exposition à ce combat développe l'empathie. Le discours positif de gens « cool » sur la sobriété la rend plus « attirante ».

Anne Elizabeth Lapointe confirme que les « non-buveurs » sont encore stigmatisés. « Les problèmes de dépendance demeurent tabous. Dans un bar ou dans un party, la personne qui ne boit pas gêne beaucoup les gens. »

« On passe quand même un peu moins pour un gros ringard quand on dit non à l'alcool de nos jours », croit Danny St Pierre. Cela dit, il reste encore du chemin à faire. « J'ai souvent perdu patience après des gens qui me pourchassaient avec une bouteille de cognac pour me faire goûter. Après le deuxième ou troisième refus, je finis par me fâcher ! »

Mettre fin à la honte

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David McMillan

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David McMillan a affirmé plusieurs fois avoir reçu des milliers de messages privés et de courriels à la suite de la publication de son texte dans Bon Appétit. On le remerciait. On le félicitait. Certaines personnes lui ont même demandé de l'aide.

« Je pense qu'aujourd'hui, on devrait sortir de l'anonymat, sinon, ça donne l'impression qu'il y a des raisons d'avoir honte », affirme Ryan Gray. Le sommelier et copropriétaire des restaurants Elena et Nora Gray est un ami de David McMillan et l'a aidé dans sa rémission. Il y a quatre ans, Ryan a été le premier de son cercle à renoncer à l'alcool. Il semble avoir créé un effet domino.

Même chez les Alcooliques anonymes, réputés pour leur discrétion, on trouve bénéfiques ces prises de parole publiques sur les dépendances. « J'aime la manière très intime dont les personnalités parlent de leur sobriété à eux, dit Diane*. Ça met des visages sur le problème, sans compromettre l'anonymat des autres. »

Mais ce n'est pas tout le monde qui vit bien avec ce qui reste de cette « honte » qu'on rattache aux problèmes de dépendance. « Chez les AA, les membres ne doivent pas se sentir obligés d'en parler à l'extérieur, insiste Diane. Il y a encore beaucoup d'amis, de membres de la famille, d'employeurs qui ne comprennent pas. »

Et il faut quand même savoir doser ses interventions sur le sujet de la sobriété, croit Danny St Pierre, qui n'a pas du tout envie de devenir le porte-étendard de la cause. « Là, c'est peut-être une des dernières fois que j'en parle très publiquement. Je n'ai pas envie de me faire mettre dans une case. Et je n'ai pas envie que mon industrie, la restauration, devienne stigmatisée par ça. Il y a plein d'autres sujets qui m'intéressent et dont j'ai envie de parler aux gens », laisse tomber le chef, qui n'a jamais eu autant d'énergie et de projets.

* Chez les Alcooliques anonymes, on insiste néanmoins encore sur l'anonymat.




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