C’est ce mercredi à Paris qu’aura lieu le dernier défilé haute couture de Jean Paul Gaultier, comme l’inimitable créateur français l’a annoncé la semaine dernière. Mais celui qui fêtera du même coup ses 50 ans dans le métier ne se retire pas pour autant, et dévoilera prochainement un nouveau projet avec sa maison de couture.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Il a été salué pour son avant-gardisme et son audace, a révolutionné les codes vestimentaires, a créé des vêtements aujourd’hui cultes comme le bustier à bonnets coniques porté par Madonna, une de ses muses. Même si on n’a certainement pas fini d’entendre parler de Jean Paul Gaultier, il n’en reste pas moins que ce dernier défilé haute couture, qui aura lieu mercredi [aujourd’hui] à Paris dans le cadre de la Semaine de la mode, est un évènement.

« Ce sera une célébration, mais pas des funérailles ! Je m’attends à un feu d’artifice final comme lui seul sait si bien le faire », anticipe Thierry-Maxime Loriot, joint à Paris où il s’est rendu pour assister à cet ultime défilé haute couture de Gaultier Paris, un évènement auquel celui qui se décrit comme un « ultra-fan » du designer a l’habitude d’assister.

PHOTO JOEL C RYAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le Jean Paul Gaultier Fashion Freak Show continue de tourner à travers le monde.

Jean Paul Gaultier est une personnalité importante de l’histoire de la mode. Ça demeure un des rares couturiers toujours actifs à avoir créé sa propre maison de couture. 

Thierry-Maxime Loriot

L’ancien mannequin entretient une relation étroite avec le créateur, lui qui fut le commissaire de deux grandes expositions consacrées à l’homme et à son univers unique et éclaté, soit La planète mode de Jean Paul Gaultier : de la rue aux étoiles et Love Is Love : le mariage pour tous, toutes deux inaugurées au Musée des beaux-arts de Montréal, respectivement en 2011 et 2017.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Thierry-Maxime Loriot, commissaire des deux expositions consacrées à Gaultier qui ont été présentées au MBAM.

Présentée dans 12 villes à travers le monde entre 2011 et 2016 — dont à Paris, au prestigieux Grand Palais —, la première a d’ailleurs atteint le record absolu, pour une exposition de mode issue de Montréal, de 2,3 millions de visiteurs, nous apprend ce dernier. Quant à Love Is Love, il se peut que des dates s’ajoutent puisqu’elle est toujours demandée.

Une preuve, s’il en faut une, de l’attraction qu’exerce le designer encore aujourd’hui, 50 ans après ses débuts. Celui qui a amorcé sa carrière auprès de Pierre Cardin est vite devenu une figure incontournable de la mode. D’abord dans le prêt-à-porter (qu’il a abandonné en 2015), puis en haute couture, avec la fondation de sa maison en 1996. Au fil des ans, ses créations ont été portées par nombre de vedettes comme Rihanna, Kim Kardashian ou encore Lady Gaga.

PHOTO ANGELA WEISS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors du Met Gala de 2018, Madonna s’est présentée au bras de Jean Paul Gaultier.

D’ailleurs, pour M. Loriot, il est certain que le créateur ne disparaîtra pas du radar mode de sitôt. « Je ne pense pas que ce soit un adieu, mais plutôt un au revoir. Jean Paul a une idée à la minute, c’est une éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, un vrai créatif. Déjà son spectacle, le Jean Paul Gaultier Fashion Freak Show, va se promener partout à travers le monde. Il est toujours demandé pour faire des costumes de scène, il demeure un maître en ce sens, lui qui a toujours aimé collaborer pour le cinéma, la scène, la danse… Je ne pense pas qu’il va ralentir son rythme ! »

Une mode « humaniste »

Malgré tout, c’est une page qui se tourne avec ce dernier défilé haute couture. « La fin d’une ère ! », s’exclame Ève Salvail, qui n’a pas été surprise par la nouvelle, mais qui n’a aucun doute que Gaultier continuera de nous étonner et de créer. « Il aime tellement ça ! »

L’ancienne mannequin, reconnaissable à sa tête rasée et à son tatouage de dragon sur le crâne, est restée proche du designer, lui qui l’a révélée au monde dans les années 90 en l’engageant pour un défilé à Paris, alors qu’il l’avait seulement vue en photo. 

PHOTO BERTRAND GUAY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un défilé haute couture par Jean Paul Gaultier présenté en 2018 à Paris.

Je n’aurais pas du tout été mannequin sans lui ! Il n’aimait pas ce qui était trop beau, il cherchait des gens avec du « oumph ». Lui et moi, on s’est compris tout de suite, il y avait quelque chose de spécial dans cette relation, d’électrique. Notre histoire est très intense !

Ève Salvail

  • Ève Salvail a défilé pendant de nombreuses années pour Gaultier ; on la voit ici lors du dévoilement de la collection Les Classiques Gaultier revisités, en 1993.

    PHOTO PATRICE STABLE, FOURNIE PAR JEAN PAUL GAULTIER

    Ève Salvail a défilé pendant de nombreuses années pour Gaultier ; on la voit ici lors du dévoilement de la collection Les Classiques Gaultier revisités, en 1993.

  • La jupe pour hommes fait partie des créations signature de Gaultier.

    PHOTO PIERRE VERDY, AGENCE FRANCE-PRESSE

    La jupe pour hommes fait partie des créations signature de Gaultier.

  • Gaultier a bousculé les codes vestimentaires, brouillé la frontière entre le masculin et le féminin.

    PHOTO PIERRE VERDY, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Gaultier a bousculé les codes vestimentaires, brouillé la frontière entre le masculin et le féminin.

  • La chanteuse britannique Beth Ditto défile vêtue d’une pièce de la collection prêt-à-porter printemps-été 2011.

    PHOTO PIERRE VERDY, AGENCE FRANCE-PRESSE

    La chanteuse britannique Beth Ditto défile vêtue d’une pièce de la collection prêt-à-porter printemps-été 2011.

  • Jean Paul Gaultier a lancé sa maison de haute couture en 1996.

    PHOTO PIERRE VERDY, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Jean Paul Gaultier a lancé sa maison de haute couture en 1996.

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Si Gaultier a marqué la mode avec ses créations, son influence s’étend bien au-delà de cela, remarque M. Loriot. « Il y a beaucoup de codes associés à lui, comme la marinière, la jupe pour hommes, le corset qu’il a réintégré dans la garde-robe contemporaine… Mais, selon moi, une chose dont il peut être fier, et dont il peut se réclamer l’initiateur, c’est sa volonté de démocratiser la mode, l’ouverture à différents types de beauté, le jeu autour du masculin-féminin. Il a été un des premiers à présenter sur les podiums des beautés atypiques, à faire des castings sauvages dans la rue. »

Poids, couleur de la peau, orientation sexuelle… : comme le rappelle avec justesse M. Loriot, Gaultier a toujours célébré l’individualité plutôt que la norme. « Il n’a jamais donné dans le politiquement correct non plus. Il a célébré la beauté des différentes religions, des cultures. La mode de Gaultier n’en est pas une de censure, mais de dialogue. Son message porteur, c’est celui d’une mode humaniste. »

PHOTO BERTRAND GUAY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Gaultier est aussi connu pour son travail en costumes, que ce soit pour le cinéma ou la scène. On le voit sur la photo avec la danseuses Dita Von Teese.

Ce que Jean Paul Gaultier lui a appris ? L’humilité et la gratitude, mais aussi qu’il était possible, pour un adulte, de conserver son regard d’enfant. « Il est toujours émerveillé devant les petites choses de la vie. Il est dans le moment présent, jamais dans hier ou demain. C’est vraiment une belle personne. »

Une chose est certaine, ce précurseur n’a certainement pas fini de nous étonner. Reste maintenant à deviner ce qu’il nous réserve pour la suite…