(Milan) Milan a donné mardi, avec MSGM et Prada, le coup d’envoi de sa première Semaine de la mode virtuelle pour cause de coronavirus, avec néanmoins deux rendez-vous en chair et en os prévus, dont un avec le poids lourd Dolce & Gabbana.

Céline CORNU
Agence France-Presse

Prenant le relais de Londres et Paris, cette Fashion week « phygital » présente jusqu’à vendredi les collections masculines pour le printemps-été 2021, ainsi que des précollections hommes et femmes.

Une quarantaine de maisons ont répondu à l’appel et c’est MSGM, la marque du styliste italien Massimo Giorgetti, qui a lancé cette Semaine inhabituelle.

Sur un succès du chanteur italien Coez et dans une ambiance très « teenager », MSGM a présenté une collection colorée et pleine de pep’s, portée par des jeunes s’amusant à une fête foraine, au bord d’un lac ou amoureux, avec pour leitmotiv : « Je ne sais pas où, mais ensemble ».

Prada a pris le relais, avec une vidéo en cinq chapitres, travail de cinq artistes différents (réalisateur, photographe, etc.), dont Terence Nance et Martine Syms.

Les vêtements sont simples, épurés : car « quand les temps deviennent plus complexes, les vêtements deviennent non ostentatoires », a expliqué la maison italienne.

Suivront dans l’après-midi Moschino et Philipp Plein, tandis que mercredi, ce sera le tour notamment de la maison italienne Etro et de D & G, qui défileront tous deux en « vrai ».

« Nous avons décidé de (faire) un défilé physique pour donner un message positif fort, fondamental en ce moment pour le système mode et la ville de Milan. Nous reconnaissons l’importance du numérique, mais nous estimons aussi que les interactions réelles sont fondamentales pour la mode », ont expliqué Kean et Veronica Etro, précisant que toutes les règles de distanciation sociale seraient respectées.

Si Etro défilera au Four Seasons, un couvent du XVe siècle reconverti en hôtel de luxe, la maison D & G a choisi les jardins du campus universitaire de l’hôpital Humanitas, dont elle soutient financièrement l’institut de recherche, engagé dans la lutte contre la COVID-19.

Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont annoncé en juin leur retour dans la Camera nazionale della moda (Chambre de la mode italienne) et dans le calendrier officiel. Ils en étaient sortis en 1998-en raison de divergences avec la direction de l’époque-tout en défilant pendant les Fashion weeks milanaises.

« Moment difficile »

« Nous sommes depuis toujours amoureux de l’Italie et de toutes ses beautés et de toutes ses ressources » et « la mode a aujourd’hui besoin, encore plus que jamais, d’un esprit positif et d’une union forte », ont expliqué les deux Siciliens.

C’est « un grand retour, qui renforce notre secteur et notre association », à « un moment difficile pour la mode », a commenté le président de la Camera della Moda, Carlo Capasa. « Aujourd’hui, plus que jamais, il est important d’être unis pour sauvegarder notre industrie unique au monde ».

Mardi, il a précisé que « l’industrie de la mode s’attendait à une chute (de ses ventes) de 20 à 30 % » cette année. Mais cette Semaine de la mode veut véhiculer « un message positif et d’énergie, et le fait que tant de marques y participent est un message d’espoir et de confiance », a-t-il souligné.

Le bal sera clos vendredi par Gucci, Ermenegildo Zegna et Missoni, tandis que Tod’s et Dsquared2 présenteront leurs collections jeudi.

Des rendez-vous live sont consultables 24 h sur 24 sur le site internet de la Camera della Moda, couvrant divers fuseaux horaires dont ceux aux États-Unis, grâce à un partenariat avec le quotidien The New York Times.

Outre les défilés, présentations des marques, entrevues et coulisses sont prévues des « salles thématiques » abordant des thèmes extrêmement variés, du développement durable aux innovations technologiques.

Deux espaces sont par ailleurs dédiés à la nouvelle génération, une des priorités de la Chambre de la mode, qui estime impératif de soutenir les jeunes créateurs dans « ce moment extrêmement complexe ».

La Fashion week milanaise saura-t-elle convaincre davantage que son homologue parisienne qui s’est achevée lundi ? Pas sûr...

« Le numérique a encore un long chemin à parcourir — des années-lumière — avant de pouvoir remplacer le défilé en direct », a récemment commenté la bible de la mode WWD, estimant que les vidéos diffusées « manquaient dans l’ensemble d’un facteur “wow” (...), cet instant quand une collection — ou une seule robe — vous coupe le souffle ».