Certains l’ont découvert à l’émission de téléréalité XOXO, mais il y a maintenant une dizaine d’années que Cary Tauben roule sa bosse comme styliste. Le coloré personnage, qui a remporté le prix du styliste de l’année aux plus récents Canadian Arts & Fashion Awards (CAFA), magasine dans les friperies depuis qu’il est ado. Nous avons rencontré au Village des Valeurs de Côte-des-Neiges celui qui présentait samedi soir un défilé 100 % d’occasion au Festival Mode et Design (FMD) afin d’en savoir plus sur son parcours et de discuter de son amour du vintage.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Félicitations pour votre prix ! Qu’est-ce que cette reconnaissance a changé pour vous ?

Évidemment, c’est super d’être reconnu pour son travail, et pas seulement à Montréal (où je suis né, juste à côté d’ici), mais partout au Canada. J’ai toujours été passionné par mon travail, mais de gagner ce prix, après plus de 10 ans dans l’industrie, c’est juste un immense honneur, et je le reçois avec une grande humilité. C’était aussi super de gagner aux côtés de Max Abadian [récompensé en tant que photographe de l’année], avec qui j’ai travaillé au début de ma carrière et qui m’a vraiment donné ma chance dans ce milieu.

Comment avez-vous fait vos premiers pas dans l’univers du stylisme ?

J’ai commencé comme aide-styliste, car je crois que c’est super important de comprendre l’industrie dans laquelle on veut travailler. Aujourd’hui, tout le monde peut se proclamer styliste ou artiste maquilleur avec Instagram, et c’est super de poursuivre ses rêves, mais il faut comprendre les rouages d’un métier pour pouvoir l’exercer de façon adéquate. Après quelques années, j’ai été approché par une agence, qui s’appelait Satellite, puis je suis ensuite passé chez Folio, où j’ai développé ma carrière. Depuis quelques années, je suis avec The Project, avec mon ami Vincent Francis, qui m’a amené à un autre niveau, avec des projets de télévision notamment.

Samedi soir, vous présentiez un défilé au FMD composé uniquement de pièces dénichées au Village des Valeurs. Comment avez-vous procédé pour créer vos looks ?

J’ai visité une dizaine de Village des Valeurs, au Québec, mais aussi à Toronto, à Halifax… Je me suis beaucoup inspiré des années 80, j’ai composé des looks, fait des retouches sur quelques pièces… Comme je dis souvent à propos des vêtements vintage : « If it doesn’t fit, make it fit ! » On a d’abord défilé à Toronto [lors de l’évènement Urbani_T, organisé par le Groupe Sensation Mode, en juin], et on reprend les mêmes pièces, mais stylées différemment, pour Montréal, afin de montrer toute la polyvalence des vêtements vintage.

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Myriam Laroche et Cary Tauben présentent leurs trouvailles du jour lors d’un évènement organisé au Village des Valeurs.

Magasiner seconde main, c’est une seconde nature pour vous ?

Vraiment ! Quand j’étais jeune, je faisais capoter ma mère en revenant à la maison avec des sacs et des sacs de vêtements de toutes sortes. C’était une façon pour moi d’affirmer mon style, de ne pas être comme les autres. Je magasine beaucoup au Village des Valeurs, mais aussi sur eBay et Etsy pour trouver des pièces uniques. Souvent, la première chose que je fais en arrivant dans une ville, c’est de dénicher la friperie la plus cool et de m’y rendre. J’adore magasiner vintage, car c’est toujours des surprises, des pièces uniques et différentes… Comme moi [rires] !

La préoccupation écologique est donc apparue plus tard ?

Oui. Depuis quelques années, j’essaie vraiment de faire un effort, car on sait à quel point l’industrie de la mode est polluante. Et pourquoi jeter des vêtements qui pourraient servir à quelqu’un d’autre, être réutilisés à bon escient ? Ça n’a tellement pas de sens !

Est-ce qu’il vous arrive d’acheter du neuf ?

Parfois des chaussures ou des lunettes de soleil, car je sais que ce sont des pièces que je vais porter énormément. Avant, j’achetais souvent des pièces de designers, mais plus aujourd’hui, parce que les prix sont rendus indécents. Ce n’est pas O.K. de demander 2000 $ pour un survêtement ! Ça n’a aucun sens ; imaginez tout ce que je peux acheter avec cet argent dans une friperie. Il faut mettre les choses en perspective.

Cinq conseils pour tirer le meilleur parti de votre expérience en friperie

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Cary Tauben magasine dans les friperies depuis qu’il est adolescent — une façon pour le styliste d’affirmer son style unique.

Soyez à l’affût des marques

Afin de dénicher la perle rare, concentrez-vous sur les étiquettes en parcourant les étalages, conseillent le styliste Cary Tauben et Myriam Laroche, fondatrice de l’Eco Fashion Week.

Touchez la matière

Afin de séparer le bon grain de l’ivraie, utilisez votre sens du toucher, suggère le styliste. Vous reconnaîtrez assez facilement la soie, le cuir, le cachemire, la laine, tous garants de qualité. 

La retouche est votre amie

Un pantalon trop long, une veste qui tombe mal, un ourlet à refaire… Osez les retouches afin d’améliorer ou de carrément transformer — en mieux — les vêtements que vous trouvez. 

Oubliez les règles

Lorsqu’on magasine en friperie, il n’y a pas de règles de genre ou de saison : choisissez ce qui vous plaît, tout simplement, encourage Cary Tauben, que les vêtements soient dans les rayons des hommes, des femmes, des enfants ou même de la lingerie ! 

Faites-vous confiance

« Un beau look, c’est une question de confiance. Je peux créer le plus beau look du monde, mais si la personne n’est pas confiante, il va tomber à plat », constate le styliste. N’hésitez donc pas à vous faire confiance, à laisser le vêtement vous parler et à l’agencer de manière à vous sentir comme une star sur le tapis rouge !