Le maillot de bain, ce minuscule vêtement, est étonnamment dommageable pour l’environnement. Mais de plus en plus de marques se tournent vers des solutions de rechange aux fibres synthétiques afin d’en fabriquer des versions plus écoresponsables. 

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Le problème avec les maillots

Un maillot doit être extensible, repousser l’humidité, sécher rapidement, tout en réduisant la résistance à l’eau. Ces attributs pour la baignade font appel à des fibres synthétiques comme le nylon, l’élasthane et le polyester. Or, qui dit fibres synthétiques dit plastique, un dérivé du pétrole qui ne se décompose jamais complètement. Entre-temps, il se défait en particules qui s’incrustent dans la flore et sont ingérées par la faune marine.

La solution de rechange

PHOTO TIRÉE DE L’INTERNET

Un maillot de la designer Stella McCartney utilisant des fibres recyclées

Faire l’achat d’un maillot dont le textile est fait de matières recyclées plutôt que de fibres synthétiques vierges permet de limiter son empreinte écologique. Les grandes entreprises, dont les infrastructures sont plus lourdes, mettent du temps à changer leurs modes de fabrication, mais de petites marques écoresponsables misent déjà sur cette option.

Des fabricants de textile se distinguent avec une offre intéressante sur le plan écologique. Econyl, un manufacturier italien, s’est intéressé à la fabrication de nylon à partir de filets de pêche abandonnés dans l’océan : il compte maintenant 750 clients dans l’industrie de la mode, dont les maisons Gucci et Stella McCartney.

La société Repreve fabrique quant à elle des textiles à partir de bouteilles de plastique récupérées directement dans les océans et s’approvisionne dans des pays qui ne disposent pas d’infrastructures pour éliminer leurs déchets ou les recycler. Athleta, propriété de Gap, a pour sa part mis trois ans à développer le H2Eco, un textile fait de nylon recyclé.

« Ce n’est pas juste une tendance. C’est notre responsabilité en tant qu’entrepreneurs et en tant que parents de trouver des solutions », estime Annie Gagné, cofondatrice de la marque québécoise Akela Surf, qui produit des maillots de bain et vêtements de surf en matières recyclées et utilise des encres sans produits chimiques. L’industrie et la technologie du textile ont beaucoup évolué ces dernières années, remarque Annie Gagné.

Les limites du recyclé

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Julie M. Dumas dessine ses maillots sous l’étiquette June Swimwear depuis 2009.

L’offre en matières recyclées a cependant ses limites. Julie M. Dumais dessine ses maillots sous l’étiquette June Swimwear depuis 2009. Elle a lancé, le printemps dernier, sa deuxième gamme de maillots en fibres recyclées. Ses tissus écologiques proviennent d’un fournisseur situé en Europe et sont offerts dans une palette de couleurs limitée. Ils sont rarement composés à 100 % de matières recyclées, mais normalement à 85 %, ajoute-t-elle. Par ailleurs, certains imprimés créés par l’équipe de June sortent mieux lorsqu’ils se retrouvent sur des tissus qui ne sont pas faits de fibres recyclées. « Il nous faut parfois faire des compromis sur le plan environnemental pour créer des produits plus intéressants sur le plan esthétique », concède la designer, qui cherche toutefois à minimiser l’empreinte écologique de ses produits, notamment en offrant de réparer les maillots qu’elle vend afin de prolonger leur durée de vie. « On crée des vêtements pour profiter de l’océan et de la nature. Il est normal de faire en sorte de protéger cet environnement », dit-elle. 

Autre obstacle : peu d’options s’offrent pour recycler les matériaux synthétiques et les vêtements, comme l’explique Recyc-Québec. En fin de vie, un maillot en matières recyclées risque donc souvent de se retrouver à son tour aux ordures.

Le maillot : la pointe de l’iceberg

Les fibres synthétiques sont les plus utilisées dans l’industrie du vêtement, suivies par le coton. Or, ces matières textiles ont une lourde empreinte écologique : 20 % de la pollution industrielle de l’eau est attribuable à l’industrie textile. En 2015, elle était aussi responsable de 1,2 milliard de tonnes d’émissions de CO2, soit plus que les transports aérien et maritime combinés. Et chaque seconde, l’équivalent d’un camion à ordures de textiles prend le chemin du dépotoir. Seulement 1 % des vêtements récupérés retourneront sous forme vestimentaire, sans possibilité de recyclage en fin de vie.

Si la production des vêtements est nocive, leur entretien l’est tout autant, sinon davantage. L’eau, les produits nettoyants et l’énergie utilisés pour le lavage s’ajoutent aux particules de fibres qui partent vers les océans avec l’eau du lavage.

Un réel besoin ?

« Ai-je vraiment besoin d’un nouveau maillot ? » est la première question à se poser pour diminuer le problème à la source. On peut privilégier des vêtements usagés, de qualité, fabriqués localement, également, ainsi que des modèles qui traverseront les modes, pour les garder longtemps. Enfin, plutôt que de le jeter, pensez à donner une seconde vie au produit en le réparant ou en le donnant.

Consultez le site d’Akela Surf (en anglais)

> Consultez le site de Summersalt (en anglais)

Consultez le site de SEEA (en anglais)

> Consultez le site de June Swimwear

> Consultez le site d’Athleta H2Eco (en anglais)

> Consultez le site de Mimi & August