« Je suis plus capable de l’unique [norme] de beauté, des photos “photoshopées”, des personnes qui ne montrent que les bonnes facettes de leur vie… », déclarent des jeunes dans des capsules vidéo diffusées sur le site Bien avec mon corps, lancé hier par la psychologue Stéphanie Léonard et soutenu par Sophie Grégoire Trudeau.

Isabelle Morin
La Presse

« Plus tu as accès à de l’information et de l’éducation, et plus tu as de chances de comprendre d’où vient ton malaise et de trouver des alliés pour en guérir », estime la femme du premier ministre du Canada, qui a souvent témoigné des troubles alimentaires qu’elle a vécus jeune adulte. « D’encourager les jeunes à parler de ce qui leur fait mal, de leurs zones d’inconfort intérieures et extérieures, c’est les encourager à développer une sensibilité et une authenticité qui sont des cadeaux pour la vie. »

La spécialiste des troubles alimentaires et de l’image corporelle Stéphanie Léonard a mis deux ans à cogiter ce projet, pour lequel elle s’est entourée d’une solide équipe.

« Je vois les gens dans mon cabinet quand il y a un problème, mais j’ai réalisé qu’il n’y avait rien qui se faisait en prévention, en particulier pour les jeunes », indique Stéphanie Léonard.

Bien avec mon corps, né en 2017, est un organisme qui fait la promotion d’une image corporelle saine chez les jeunes et leur entourage. Le site web veut sensibiliser et mobiliser les adolescents de cette façon afin de valoriser une bonne estime de soi.

Pour les rejoindre sur leur terrain, Stéphanie Léonard a choisi d’utiliser les outils souvent décriés pour leurs effets néfastes sur l’estime de soi : les réseaux sociaux, notamment YouTube. Grâce à cette initiative, les jeunes peuvent déjà s’y abreuver d’information, d’histoires vraies qui leur parlent, de rencontres avec des célébrités. Ils y trouveront également une tribune pour débattre.

« Divulguer de l’information est essentiel, mais on sait que, pour vraiment changer les attitudes et les façons dont les jeunes se perçoivent, il faut leur faire vivre des émotions et les mobiliser », souligne la psychologue et auteure, qui souhaite également soutenir des initiatives de jeunes en milieu scolaire – jeux-questionnaires, vox pop ou kiosques d’information – en parallèle des ateliers d’information donnés par l’organisme Bien avec mon corps dans les écoles.

Des stéréotypes tenaces

Les jeunes connaissent le discours bien-pensant, observe Stéphanie Léonard. Les études démontrent toutefois qu’il a peu d’incidence sur leurs perceptions d’eux-mêmes. Chez les adolescents du Québec, 40 % des filles et 34 % des garçons sont insatisfaits de leur apparence et disent vouloir la modifier, selon l’organisme. Ces chiffres témoignent d’un malaise qui a des conséquences lourdes : dépression, anxiété, troubles alimentaires et problèmes d’estime de soi. Les effets se font sentir aussi tôt que chez des enfants de 5 ans.

« On apprend beaucoup trop tôt la comparaison et la compétition. On perd de l’intellect, de l’esprit et de la sagesse [au profit] de normes qui nous déshumanisent. L’impact est immense sur la santé mentale et physique de nos jeunes, qui sont les adultes et leaders de demain. Si on grandit dans une culture où tout est orienté sur soi, comment fera-t-on pour avancer comme société ? », explique Sophie Grégoire Trudeau.

Alors qu’on présente aux hommes des images de corps découpés et musclés, on demande aux femmes d’être minces, avec ce qu’il faut de courbes aux « bonnes » places. « Drôle de concept qu’ils doivent prendre leur place alors que nous devons disparaître, fait-elle remarquer. On ne peut pas travailler à la source d’un problème si on ne sait pas d’où il vient culturellement. »

Les défis des jeunes

Les modèles de beauté irréalistes ont toujours existé. « Ce qu’il y a aujourd’hui, c’est qu’on n’a plus besoin de tendre la main pour être sollicité. Les [réseaux] sociaux ont amplifié le tout », affirme Stéphanie Léonard, qui pointe par ailleurs l’hypersexualisation des jouets pour enfants. L’avenir, dit-elle, nous permettra de mesurer les répercussions de cette nouvelle réalité.

L’un des objectifs de Bien avec mon corps est d’amener les jeunes à consommer des choses qui leur font du bien. Des influenceurs, par exemple, qui portent un message positif sur l’image et la diversité. Par la bande, l’organisme espère inciter les adultes qui les entourent – parents, éducateurs, enseignants – à remettre en question les messages directs ou insidieux qui nuisent à une saine image corporelle.

En tant que mère de trois enfants, une fille et deux garçons, Sophie Grégoire Trudeau y est particulièrement sensible. « Je peux bien dire ce que je veux à mes enfants, mais c’est de mes actions qu’ils se nourrissent davantage que de mes paroles. Si je ne suis pas intègre, ils le savent », observe-t-elle.

Le plus grand défi des jeunes quant à leur image corporelle sera probablement d’arriver à départager les messages qui leur viennent de partout, croit Stéphanie Léonard. D’apprendre également, dans leur bassin de réseaux sociaux où tout est documenté de façon irréaliste et magnifiée, à ne pas se comparer et à se trouver dans une unicité. « On souhaite qu’ils soient branchés sur eux-mêmes et sensibles au fait que leur apparence ne reflète pas tout ce qu’ils sont. »

https://bienavecmoncorps.com/