Libérés de leurs devoirs et leçons, bien des enfants et adolescents voient la fin des classes comme une délivrance. À la veille des vacances d’été, faut-il récompenser ce passage ? Et si oui, pour renforcer quoi et comment ?

Publié le 20 juin
Maude Goyer
Maude Goyer Collaboration spéciale

« Je ne donne rien du tout, annonce tout de go Isabelle Bégin, mère de deux filles de 6 et 10 ans. Par contre, je leur offre une pause d’une semaine complète, sans horaire, ni obligation ni tâche. Elles font ce qu’elles veulent, quand elles le veulent ! »

Cela veut dire que les deux fillettes mangent à l’heure qui leur plaît, font du temps d’écran à volonté (en matinée, précise Mme Bégin), n’ont pas de tâches à accomplir à la maison. Manger des bonbons d’Halloween pour le lunch ? Pourquoi pas ! Déjeuner trois heures après s’être levée ? Pas de problème. Ne pas ramasser ses vêtements ni ranger sa chambre ? Aucun souci.

Si elle avoue pratiquer le lâcher-prise pendant cette semaine, Isabelle Bégin profite également de ce moment pour observer ce que feront ses filles de tout ce temps non structuré. « Ça me permet de voir leur vrai rythme », explique la Rimouskoise de 40 ans.

C’est assez intéressant, comme expérience ! Ça leur donne la liberté d’inventer des jeux et surtout, ça leur permet de décrocher.

Isabelle Bégin

photo fournie par Sophie Périard

Noémie, 9 ans, et Vincent, 12 ans

Pour Sophie Périard, de Cantley, en Outaouais, la récompense de fin d’année est une tradition : sa mère le faisait quand elle était petite et elle a poursuivi le rituel. « Ça marque la fin de quelque chose, dit la maman de Noémie, 9 ans, et de Vincent, 12 ans. On aime leur offrir une surprise et ça tourne souvent autour de matériel pour jouer dehors, une trottinette, des ballons, des cordes à danser, par exemple. »

Ce qu’elle récompense ? Non pas les résultats scolaires, mais les efforts. « J’aime souligner le fait qu’on est passés à travers », lance-t-elle en riant.

Cynthia Tremblay, mère de deux enfants de 8 et 9 ans, est du même avis : la fin d’année vient marquer non seulement l’aboutissement d’une étape scolaire pour les enfants, mais aussi la fin de l’implication pour les parents. « C’est la fin des lunchs, des tâches liées aux devoirs et leçons, et d’une certaine routine plus rigide. C’est tout ça qu’on célèbre », dit la résidante de Chambly.

Photo Philippe Boivin, LA PRESSE

Cynthia Tremblay et Gabriel Prévost avec leurs enfants, Élie et Lexie

Ce qu’elle propose à ses mousses ? Un petit cadeau de leur choix. « N’importe quoi ! Je m’en fous. C’est sûr que j’ai un budget et je veux le respecter. Ça peut être un toutou, un vêtement, un jouet, un bijou ou une sortie au restaurant. »

Geneviève Leblond, de Cap-Rouge, aime bien offrir des expériences à ses trois jeunes de 8, 9 et 11 ans. « Je souhaite souligner leurs efforts, leurs sacrifices, leur discipline et leur persévérance, dit la mère de 38 ans, et je le fais à travers des moments en famille. Cette année, on ira au spa, je crois ! Une autre fois, on a fait un souper sushis. »

Récompenser les efforts

Selon la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers, récompenser les enfants à la fin de l’année est une belle idée… si l’accent est mis sur les efforts et non sur les notes. « Cela pourrait poser un enjeu sur le plan de la performance et faire naître ou augmenter l’anxiété de performance, explique-t-elle. Ce serait comme de dire à l’enfant : “L’amour, ça se mérite, c’est conditionnel à tes résultats” ! »

Photo Studio Baron Photo, fournie par Stéphanie Deslauriers

Stéphanie Deslauriers

Les parents peuvent choisir, par exemple, en début d’année, de fixer des objectifs « réalistes et atteignables », précise-t-elle ; les enfants sont alors stimulés et motivés par l’atteinte de ces objectifs. « Ça vient renforcer le sentiment de compétence, la confiance en soi, l’estime de soi et souligner l’importance de la persévérance », dit Mme Deslauriers.

Elle rappelle que la récompense n’a nullement besoin de coûter cher. Une foule d’activités gratuites sont offertes dans les villes, les parcs, les festivals et c’est une belle façon de célébrer le début des vacances, en famille.

« Il ne faut pas oublier que nous, les adultes, s’il y a quelque chose qu’on n’aime pas faire, on peut choisir de ne pas le faire ou de moins le faire, dit-elle, mais les enfants qui n’aiment pas l’école n’ont pas le choix d’y aller tous les jours. L’école, c’est obligatoire ! En ce sens, souligner la fin d’année, c’est reconnaître que ce n’est pas toujours facile, que l’on comprend et qu’on est fiers d’eux ! »