Vous ferez garder votre bébé prochainement ? En plus des couches et des pyjamas de rechange, glissez dans le sac de votre tout-petit un vêtement que vous avez porté. Ce bout de tissu imprégné de votre odeur pourrait bien l’aider à développer un lien avec sa gardienne, selon une récente étude.

Publié le 20 janvier
Véronique Larocque
Véronique Larocque La Presse

Un chandail à manches longues ou à manches courtes ? Le vêtement importe peu, vous l’aurez sûrement deviné. C’est plutôt l’odeur maternelle qui joue un rôle sur l’instinct social des bébés, a démontré une étude à laquelle a participé le professeur Guillaume Dumas, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et de l’Université de Montréal.

Réalisée en collaboration avec le Centre interdisciplinaire d’Herzliya, en Israël, cette étude s’est intéressée à la façon dont réagit le cerveau des bébés lorsqu’ils sont dans différentes situations : en présence de leur mère, en présence de la mère d’un autre bébé et, surtout, en présence d’une inconnue mais avec à proximité de l’enfant un t-shirt imprégné de l’odeur maternelle. Les 37 poupons qui ont participé à l’étude étaient âgés de 7 mois en moyenne.

Lorsque le bébé interagit avec sa mère, « il est socialement engagé et son activité cérébrale est synchronisée avec l’activité cérébrale de sa maman », explique Guillaume Dumas.

« Imaginez des ondes, des sortes d’oscillations qui suivent un rythme. L’idée, c’est que le rythme de la mère et celui du bébé sont sur le même tempo », dit le neuroscientifique pour illustrer le concept de synchronisation intercérébrale.

Ce concert cérébral à l’unisson n’a pas été observé lorsque le bébé était avec une mère qui lui était étrangère.

Que s’est-il produit lorsque le poupon était face à une inconnue mais qu’il sentait l’odeur de sa mère ? « Si on met le t-shirt avec les odeurs corporelles de sa maman, ça rétablit le comportement prosocial et la synchronisation intercérébrale », révèle le professeur de l’Université de Montréal.

PHOTO STÉPHANE DEDELIS, FOURNIE PAR LE CHU SAINTE-JUSTINE

Guillaume Dumas, neuroscientifique au CHU Sainte-Justine et professeur adjoint au département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal

Fait intéressant : ce phénomène a été observé tant chez des bébés allaités que chez des bébés nourris au biberon. Il n’est donc pas lié à l’odeur du lait maternel, mais bien au parfum corporel de la mère.

D’autres travaux de recherche ont aussi démontré les effets de l’odeur maternelle à différents égards. Les tout-petits sont capables d’utiliser les odeurs pour reconnaître leur mère, par exemple. « Un autre papier a montré que l’odeur de la maman réduisait la réponse neuronale [de l’enfant] aux visages de peur », donne comme autre exemple Guillaume Dumas.

Le chercheur et son équipe sont toutefois les premiers à démontrer de manière objective la synchronisation intercérébrale et l’effet de l’odeur de la mère sur l’instinct social du bébé vis-à-vis d’une inconnue.

Répercussions

En quoi les résultats de l’étude peuvent-ils outiller les parents dans leur quotidien ? Ils démontrent de façon objective que l’envoi à la garderie d’un tissu imprégné de l’odeur de la mère n’est pas un geste inutile. Ce vêtement peut réellement aider le bébé dans son interaction avec son éducatrice. « On amène une preuve sur le plan neuroscientifique et de manière contrôlée de ce phénomène-là », résume Guillaume Dumas. Certains milieux de garde proposent d’ailleurs déjà cette pratique aux parents.

L’odorat, par rapport à d’autres sens, a l’avantage de n’être pas forcément lié à la présence physique de la personne.

Guillaume Dumas, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et de l’Université de Montréal

Est-ce que cela fonctionne aussi avec l’odeur paternelle ? On peut croire que oui, répond Guillaume Dumas, mais une autre étude devra le confirmer. « Le cas avec les pères serait peut-être plus subtil. »

Une autre avenue intéressante de recherche qui découle des résultats de l’étude concerne les enfants avec un trouble du spectre de l’autisme. « Une étude typique qu’on pourrait faire auprès [d’eux] est de voir si, par exemple, on peut arriver à améliorer leur cognition sociale grâce à l’odeur de leur mère », suggère-t-il.

« L’approche olfactive avec ce papier ouvre un tout nouveau champ des possibles », s’enthousiasme le chercheur.