S’attabler en famille autour d’un jeu de société est un des grands plaisirs du temps des Fêtes. Mais comment faire participer les enfants de 2 ou 3 ans tout en respectant leur rythme et leur concentration parfois limitée ? Trucs, conseils et suggestions de jeux.

Publié le 28 déc. 2021
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

Jouer avec la boîte

Tous les spécialistes interrogés s’entendent : une boîte de jeu et le matériel qu’elle contient suffisent souvent pour éveiller la curiosité des enfants aux jeux de société. « Sortir et ranger les pièces d’un jeu, ça peut mobiliser un enfant de 2 ans et devenir ludique », lance Catherine Dupuis, coprésidente d’Amélio, éditeur québécois de jeux éducatifs. « Lorsqu’on arrive avec un nouveau jeu, il faut laisser l’enfant le déballer, le laisser tripoter le matériel à sa guise. »

« Les enfants vont inventer des trucs avec le matériel et c’est cool ; ils doivent pouvoir créer en totale liberté, sans jugement extérieur », estime aussi Caroline Makosza, directrice générale de Ludopolis, OBNL qui organise notamment des évènements de jeux dans les bibliothèques, les écoles et les centres de la petite enfance.

Ne rien forcer

Simon Tobin est docteur en psychologie, père de quatre enfants et fondateur des jeux Placote. Pour lui, l’une des règles essentielles pour favoriser l’amour des jeux chez les jeunes enfants est de respecter leur rythme. « Il ne faut pas forcer un enfant à jouer. Si le jeu devient un devoir ou une corvée, l’enfant ne voudra plus jouer ou même essayer d’autres jeux. »

« À 2 ou 3 ans, l’essentiel est d’associer le jeu au plaisir », renchérit Joël Gagnon, directeur de l’édition chez Randolph et père de deux enfants. « L’issue de la partie n’a aucune importance pour les enfants de cet âge. L’important est de leur donner le goût d’y revenir le lendemain. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Caroline Makosza est spécialiste des jeux de société, notamment pour les enfants. Elle a d’ailleurs fondé plusieurs ludothèques en France.

On ne force pas un enfant à finir une partie – ni un adulte, d’ailleurs ! Sinon, l’enfant va se mettre à tricher et à faire n’importe quoi pour gâcher la partie des autres.

Caroline Makosza, directrice générale de Ludopolis

Elle ajoute : « On ne force pas non plus un enfant à jouer avec les règles tant qu’il ne le demande pas. À 2 ou 3 ans, il n’a pas forcément la maturité pour suivre les règles à la lettre. Il peut avoir besoin de créer ses propres règles et c’est hyper important qu’il puisse le faire avant qu’on lui impose une règle extérieure. Il faut y aller avec soin, sinon, l’enfant va jouer pour nous faire plaisir : ce sera ennuyeux pour lui et il sera brimé dans sa créativité. Pire, si on insiste pour le ramener à la règle trop tôt, il va avoir tendance à chercher une validation extérieure pour savoir si ce qu’il fait est correct. Il est possible que, par imitation, il joue simplement à jouer. Et c’est très bien ! »

Y aller graduellement

Lorsque l’enfant se sent prêt à jouer, la pire erreur serait de l’assommer avec un paquet de règles, estime Joël Gagnon. « On peut commencer une partie sans aucune règle et juste de la manipulation : lancer le dé, avancer un pion. Puis, on instaure une règle simple, puis une autre. On apprend le jeu tous ensemble, une règle à la fois. »

« L’important est de respecter le rythme de l’enfant, dit Catherine Dupuis. L’enfant va naturellement vouloir passer à autre chose lorsqu’il aura maîtrisé une règle. Lorsqu’il sent qu’il progresse, l’enfant gagne en estime de soi et en confiance. »

Elle insiste toutefois sur le fait que, selon elle, les enfants doivent respecter les règles du jeu « pour ensuite mieux apprendre à respecter les règles en société ».

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Simon Tobin, cofondateur des jeux Placote

Respecter des règles et attendre son tour ne sont pas des compétences innées. Or, le jeu de société est un moyen tout indiqué pour les acquérir sans que l’enfant s’en rende compte.

Simon Tobin, cofondateur des jeux Placote

« Le jeu de société permet de développer chez l’enfant une foule de compétences qui pourront lui être utiles à l’école. Il exerce notamment sa concentration et sa mémoire, en plus de lui permettre de gérer ses émotions en apprenant à gagner et à perdre. Il n’y a rien de plus pédagogique que de jouer avec un enfant ! », ajoute Catherine Dupuis.

En ce qui concerne la durée des parties, Mme Dupuis estime qu’il ne faut pas dépasser les 10 minutes pour respecter la capacité de concentration des 2 ou 3 ans.

Improviser

Caroline Makosza est formelle : « Pour qu’un jeu soit efficace, l’adulte doit s’amuser aussi. S’il s’ennuie, l’enfant va le sentir. » Or, comment y arriver ? En changeant les règles, lance Joël Gagnon. « Lorsque je trouve un jeu plate, je le cache de mes enfants ou je change les règles pour rendre les parties plus amusantes ! Par exemple, je trouve les jeux de mémoire interminables. J’ai donc décidé qu’on laissait une tuile visible à chaque tour. C’est beaucoup plus rapide ! »

Autre écueil aux jeux de société avec les petits : ils sont incapables de rester en place. Simon Tobin suggère d’ajouter des consignes au besoin pour permettre aux enfants de bouger pendant la partie. « Si on a une table basse, on peut aussi leur permettre de jouer debout. »

Intégrer le jeu à la routine

Selon Joël Gagnon, la clé du succès pour que les enfants profitent des nombreux bénéfices des jeux de société est de les intégrer à la routine familiale. Comme plusieurs parents le font déjà avec la lecture. « Le jeu est une activité aussi noble que la lecture. Il y a un parallèle entre jeu et livre. Comme avec les livres, je suggère aux parents de changer souvent de jeux pour stimuler l’enfant. Ils peuvent en emprunter à la bibliothèque, en échanger avec d’autres parents, en acheter. Peu importe. Ce qui compte, c’est de varier les plaisirs ! »

Cinq jeux pour les 2 et 3 ans

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le jeu de société Premier verger

Premier verger

Ici, les joueurs font équipe pour cueillir les fruits dans les arbres avant que le corbeau ne les mange. Pour ce faire, ils doivent lancer un dé et manipuler des pièces de bois (on salue l’éditeur Haba pour la grande qualité du matériel). Un jeu qui développe notamment la reconnaissance des couleurs et des formes.

Pour de 1 à 4 joueurs de 2 ans et plus. Durée : 10 minutes. Prix : 30 $.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le monstre des couleurs est un jeu qui aide l’enfant à reconnaître et nommer ses émotions.

Le monstre des couleurs

Pour aider le monstre à faire le tri dans le maelstrom de ses émotions (et ranger chacune dans le bon flacon), les enfants doivent nommer des choses qui les rendent tristes, joyeux, calmes, qui les mettent en colère ou leur font peur. Un jeu collaboratif de l’éditeur Purple Brain qui favorise la discussion.

Pour de 2 à 5 joueurs de 3 ans et plus. Durée : 20 minutes. Prix : 50 $.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

La collection de jeux de société Little compte plusieurs titres, dont Little Cooperation.

Little Cooperation

Dans Little Cooperation, de l’éditeur Djeco, les joueurs doivent s’unir pour aider de petits animaux à regagner leur igloo. Un jeu parfait pour apprendre à manier le dé, à déplacer des figurines (craquantes !) et à jouer en équipe. D’autres jeux de la collection Little aident à améliorer le sens de l’observation, la dextérité…

Pour de 2 à 4 joueurs de 2 ans et demi et plus. Durée : 10 minutes. Prix : 30 $.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le jeu 50+ façons de jouer avec les mammifères

50+ façons de jouer

Le principe de cette collection imaginée par l’éditeur Amélio : chaque boîte propose 50 jeux différents articulés à partir d’un simple paquet de cartes (et parfois de jetons). Le jeu peut être aussi simple que la bataille ou la mare et se complexifier au fil des variantes. Plusieurs thématiques sont offertes, de l’anatomie humaine jusqu’aux moyens de transport.

À partir d’un joueur de 3 ans et plus. Durée : 15 minutes. Prix : 30 $.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le jeu de société L’école des monstres a été imaginé et fabriqué au Québec.

L’école des monstres

Pour obtenir leur diplôme, les monstres doivent adopter les bons comportements. Aux enfants de décider si chaque situation décrite sur les cartes correspond ou non à une bonne action. Un jeu pour développer les habiletés sociales (et pour en discuter en famille), imaginé par l’éditeur québécois Placote.

Pour de 2 à 4 joueurs de 3 ans et plus. Durée : de 15 à 30 minutes. Prix : 40 $.