Le CHU Sainte-Justine publie ce lundi Grossesse et arrivée de bébé en temps de COVID-19, un guide de référence pour les femmes enceintes. On fait le point sur la grossesse à l’ère pandémique avec la Dre Isabelle Boucoiran, obstétricienne-gynécologue et codirectrice du Centre d’infectiologie mère-enfant au CHU Sainte-Justine.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Vivre une grossesse et accueillir un bébé en temps de pandémie, est-ce bien différent qu’en temps normal ?

En fait, ça soulève beaucoup de questions et de stress pour les femmes. C’est pour ça qu’on a fait ce guide. Après, la grossesse est pas mal la même et l’accouchement est pas mal le même aussi. Ce guide est aussi écrit pour démystifier certaines choses et aussi pour armer les femmes enceintes face au stress qu’elles vivent peut-être dans le contexte actuel.

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Isabelle Boucoiran, obstétricienne-gynécologue et codirectrice du Centre d’infectiologie mère-enfant au CHU Sainte-Justine

D’ailleurs, la gestion du stress et la santé mentale occupent une place importante dans le guide…

L’impression que j’ai, en parlant aux femmes, c’est que beaucoup sont stressées. Les femmes enceintes veulent toujours bien faire pendant leur grossesse. Elles veulent bien manger, arrêter de fumer... Dans le contexte de la COVID-19, elles veulent mieux faire pour ne pas être exposées à la COVID-19, mais en même temps, ça peut avoir des impacts sur la santé mentale de s’enfermer à la maison. Il y en a même qui se demandent si elles doivent scolariser elles-mêmes leurs enfants ou non. C’est aussi un guide qui veut les aider à trouver un équilibre dans ces choix-là.

Au cours d’une entrevue à La Presse, au début de la pandémie, vous vous étiez dite préoccupée par le niveau de stress de vos patientes enceintes, qui faisaient face à beaucoup d’incertitude. Un an plus tard, comment vont les nouvelles femmes enceintes ?

Les femmes enceintes qu’on voit actuellement ont plus appris à vivre avec le phénomène. Peut-être que les choses vont s’atténuer un petit peu. Elles ont quand même beaucoup de questions et beaucoup d’interrogations.

Quelles sont les questions qui reviennent beaucoup dans votre cabinet ?

Actuellement, il y a beaucoup de questions par rapport à la vaccination contre la COVID-19. Sinon, ce sont des questions par rapport au contact avec d’autres personnes, avec les enfants qui sont à l’école, au travail... Il y a aussi des inquiétudes par rapport au risque pour le bébé. Souvent, les femmes enceintes s’inquiètent plus pour leur bébé à venir que pour elles-mêmes.

Est-ce que les données scientifiques à ce jour sont rassurantes par rapport aux risques liés à la COVID-19 pour la femme enceinte et le bébé à venir ?

Globalement, elles sont rassurantes, dans le sens où il n’y a pas un risque élevé de complications. Mais quand même, quand on regarde les données – et on commence à avoir des données canadiennes aussi qui le démontrent –, il y a plus de risques de complications pour la femme enceinte que pour la femme pas enceinte du même âge. Par exemple, les hospitalisations aux soins intensifs sont en gros cinq ou six fois plus fréquentes chez les femmes enceintes que chez les femmes qui ne sont pas enceintes. Mais quand on regarde le risque absolu, c’est seulement 1,6 % des femmes enceintes ayant la COVID-19 qui sont admises aux soins intensifs. Ça reste un risque faible. Comme c’est le cas d’autres infections respiratoires aiguës, comme la grippe, on a l’impression qu’il y a un taux d’accouchement prématuré un peu plus élevé avec la COVID-19 : au Canada, les données montrent un risque de 12 %, alors qu’on s’attend à un risque de 8 % dans la population générale.

Les femmes qui accouchent ne peuvent pas avoir autant de soutien à la maison qu’elles en auraient en temps normal. Est-ce un défi ?

C’est un des enjeux, oui. Les personnes immigrées, par exemple, font souvent venir leur famille dans ces moments-là pour les soutenir ; ça devient plus difficile pour elles de recevoir de l’aide. Le conjoint ou la conjointe prend encore plus d’importance dans la situation actuelle. Il y a aussi des femmes qui sont seules. Certaines trouvent de l’aide auprès d’une personne qui va venir s’installer à la maison et faire partie du groupe familial.

Une nouvelle mère atteinte de la COVID-19 peut-elle quand même avoir un contact peau à peau avec son bébé et l’allaiter ?

Oui. Au Québec, on n’a jamais fait le contraire. En Chine, au tout début, ils ont séparé les femmes qui accouchaient avec la COVID-19 de leur enfant. Même aux États-Unis. Mais nous, depuis le départ, avec la collaboration de pédiatres infectiologues, on s’est dit que ça ne semblait pas vraiment pertinent de séparer la femme de son bébé, dans le sens où il n’y avait pas tant de risques que ça pour le bébé, mais le bébé et la femme ont clairement des bénéfices à rester ensemble.

> Consultez le guide Grossesse et arrivée de bébé en temps de COVID-19