Le samedi 16 octobre 1999, à 2 h 46 du matin, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,1 sur l’échelle de Richter a secoué la région de Los Angeles. Depuis 30 ans, seulement trois séismes d’une magnitude aussi importante ont été enregistrés en Californie. Le séisme a provoqué le déraillement d’un train, mais somme toute, les dommages ont été mineurs, étant donné que l’épicentre se trouvait dans le désert des Mojaves.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

J’étais à Los Angeles, en reportage pour la sortie d’un film. L’hôtel où je logeais a été aussitôt évacué. Tout le monde s’est retrouvé sur le trottoir, au beau milieu de la nuit. Quelques heures plus tard, avant les rondes d’entrevues avec les acteurs et réalisateur, les journalistes ne parlaient que de ça.

C’est à ce moment seulement que j’ai appris qu’il y avait eu un tremblement de terre. Malgré les secousses sismiques, malgré les appels à évacuer l’hôtel, je ne m’étais pas réveillé.

Je dors « dur », vous dites ? Mon sommeil est tout sauf léger. Il est imperturbable. Et ce n’est pas parce que je porte des bouchons la nuit pour ne pas être dérangé, comme me confiait cette semaine en avoir l’habitude un humoriste père d’un jeune enfant.

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« Les pères dorment mieux que les mères, révèle une étude de l’Université McGill dont les résultats ont été dévoilés à la mi-janvier dans le Journal of Sleep Research », écrit notre chroniqueur Marc Cassivi.

Les pères dorment mieux que les mères, révèle une étude de l’Université McGill dont les résultats ont été dévoilés à la mi-janvier dans le Journal of Sleep Research. « No shit Sherlock », comme disent les jeunes parents diplômés de McGill (les jeunes parents diplômés de la Sorbonne disent plutôt : « Tu m’étonnes ! »).

L’étude de McGill, menée par la doctorante Samantha Kenny sous la direction de la professeure Marie-Hélène Pennestri, conclut que ce sont les mamans de jeunes enfants, et non pas les papas, qui « dorment comme des bébés ». Ce qui ne veut pas dire qu’elles dorment à poings fermés, mais bien qu’à l’instar de leurs nouveau-nés, elles ont un sommeil fragmenté. Les mères se réveillent plusieurs fois par nuit et leur sommeil est davantage fragmenté lorsqu’elles ont plus d’un enfant.

Les pères, en revanche, toujours selon la même étude, ont une qualité de sommeil stable, peu importe la taille de leur marmaille, l’abondance de leur progéniture ou la magnitude du séisme créé par les pleurs nocturnes de leurs enfants…

« T’as pas entendu le bébé pleurer cette nuit ! ? » Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans ma jeune trentaine ?

Le plus jeune a « fait ses nuits » à 7 mois. Mais il a continué à nous rendre visite toutes les nuits jusqu’à ses 5 ans. Souvent, je ne m’en rendais même pas compte. Il était gentiment sommé de regagner son lit sans que je perde une minute de sommeil. Parfois, je me réveillais le matin avec ses pieds sous mon nez. Il avait fait des rotations complètes pendant la nuit, dans mon lit, à mon insu. Oui, je sais, les enfants qui font chambre à part dorment mieux, eux aussi, selon d’autres études. Comme le savent tous les parents, on choisit ses combats.

Je n’ai jamais eu à choisir le sommeil. C’est le sommeil qui m’a choisi. Encore aujourd’hui, ce n’est pas moi qui, à 2 h du matin, constate par une intuition quasi surnaturelle que Fiston est scotché à un écran plutôt qu’à son oreiller. Le bilan de tout ce temps passé devant des écrans pendant la pandémie sera lourd de conséquences. Ce sera le sujet d’une tout autre chronique.

Je l’avoue : il n’y a pas si longtemps que je comprends réellement la signification de l’expression « charge mentale ». Heureusement que mes enfants ont pu compter sur autre chose que mon instinct paternel – et sur quelqu’un avec plus d’acuité – pour assurer leur subsistance en bas âge…

Un total de 111 parents (54 couples et 3 mères monoparentales) ont participé, pendant deux semaines, à l’étude de l’Université McGill sur leurs habitudes de sommeil. Au terme de l’évaluation, les mères d’un seul bébé ont déclaré dormir plus longtemps sans interruption, et d’un sommeil de meilleure qualité, que les mères de plusieurs enfants. Aucune différence notable, je le répète, n’a été remarquée chez les pères.

La professeure Pennestri met bien en garde contre la tentation de conclure que le nombre d’enfants est forcément un facteur déterminant, directement lié à la qualité du sommeil des parents. « C’est un facteur qu’on peut difficilement mesurer, a-t-elle expliqué à mon confrère de La Presse Canadienne Jean-Benoit Legault. Les mamans peuvent avoir de la difficulté à dormir pour plusieurs raisons, mais bien sûr, une des hypothèses est qu’il y a plusieurs enfants à qui on a peut-être besoin de répondre. Ce serait à préciser dans des études futures. »

Autre mise en garde des chercheuses : il ne faudrait pas profiter des résultats de leur étude pour « renforcer des stéréotypes dépassés selon lesquels la maman est celle qui se lève la nuit pour s’occuper des enfants pendant que le papa ronfle », précise le texte de La Presse Canadienne.

Je ne voudrais pas réduire mon expérience anecdotique de père à un stéréotype, mais… comme le veut le cliché, il y a souvent une part de vérité dans les clichés. À ma décharge, si je ronflais à l’époque, c’est que j’étais atteint d’une forme assez sévère d’apnée du sommeil, qui s’est miraculeusement résorbée après une amygdalectomie.

À la naissance de mon fils aîné, je me suis rapidement convaincu qu’un papa qui se réveille pour accompagner une maman chaque fois qu’elle allaite un bébé la nuit est un papa moins alerte pour le reste de la journée. Le soutien moral, même s’il est apprécié, peut être contre-productif. Après quelques semaines de parentalité, j’ai milité pour un partage plus efficace (et moins équitable) des tâches nocturnes. En faisant valoir que je ne suis jamais plus efficace que lorsque j’ai profité d’une bonne nuit de sommeil.

Je plaisante, mais il a été démontré – par d’autres études encore – qu’un sommeil de mauvaise qualité a des effets néfastes sur les nouveaux parents, qui ont davantage tendance à montrer des symptômes de déprime.

Les parents ont bien sûr chacun leur façon de faire. Il n’y a pas de mode d’emploi. Parmi mes amis qui sont papas de nouveau-nés, il y en a un qui se réveille toutes les nuits, mais pas lorsque sa blonde allaite, et un autre qui alterne chaque nuit avec son chum pour s’occuper de leurs deux enfants en bas âge.

« Quand on est un parent, on dort, mais on est sur appel, dit la professeure Pennestri à La Presse Canadienne, en comparant les parents à des travailleurs de la santé. Ça ajoute un stress qui peut affecter la perception de la qualité [du sommeil]. On dort, mais on ne sait pas pour combien de temps. »

Sauf lorsqu’on dort d’un sommeil que même un tremblement de terre n’arrive pas à perturber.