C’est simple, mais brillant. Forcés d’annuler plusieurs de leurs services en raison de la pandémie de COVID-19, des organismes communautaires famille proposent du… répit-poussette.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Le principe ? Le parent débordé installe son enfant dans sa poussette. Quand l’intervenant – ou un bénévole avec qui le contact a déjà été établi – arrive, le parent recule de deux mètres. Le promeneur (masqué, comme tout superhéros qui se respecte) désinfecte les poignées de la poussette et part en promenade, laissant au parent une ou deux heures pour souffler.

« On dit souvent que du chaos peut naître de belles choses, observe Marie-Ève Brunet Kitchen, directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires famille, qui en regroupe plus de 240. On a un parfait exemple d’une innovation qui fait des petits. De plus en plus d’organismes offrent le répit-poussette, puisque ça permet de respecter les mesures sanitaires nécessaires plus facilement que si on voulait faire entrer des gens dans nos bâtiments. »

S.O.S. Mamans en détresse

L’Oasis des enfants de Rosemont offre le répit-poussette depuis trois semaines. « Pour certaines familles, être en confinement avec les enfants, c’est un stress énorme, parce qu’elles ont perdu leur réseau, leurs aidants naturels, la famille, les voisins, les amis, fait valoir Geneviève Bouchard, directrice de l’Oasis. Il y a des gens qui sourcillaient à l’idée d’offrir le répit-poussette à Montréal, mais on a eu des demandes. Il y a des mamans qui sont véritablement en détresse. »

Dans plusieurs cas, il s’agit de familles comptant plus d’un enfant, dont un nouveau-né.

Quand le bénévole s’occupe de l’enfant plus grand, la maman peut faire une sieste ou allaiter le bébé tranquille. Psychologiquement, elle peut aussi se sentir moins seule.

Geneviève Bouchard, directrice de l’Oasis des enfants de Rosemont

Deux promenades par semaine

En compagnie de sa fille Luna, Sandhia Vadlamudy promène bénévolement un garçonnet de 20 mois, deux fois par semaine. Pendant ce temps, la mère du garçon s’occupe de son poupon, qui n’a pas encore 2 mois. « On porte un masque en tout temps, précise Sandhia Vadlamudy. Le tout-petit a lui aussi un masque, mais parfois, ça le fatigue et il l’enlève… »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Sandhia Vadlamudy et sa fille Luna, 14 ans

Jusqu’à maintenant, jamais le garçon ne s’est impatienté en balade. « Il est tout le temps de bonne humeur, souligne Sandhia Vadlamudy. Il est tellement attachant ! » En cas de pleurs, l’Oasis des enfants de Rosemont recommande tout simplement aux promeneurs de rentrer au bercail. Les bénévoles ont toutefois du Purell avec eux et ils peuvent intervenir au besoin – comme le font les éducateurs en garderie.

« On a de super beaux succès, note Geneviève Bouchard, de l’Oasis. Dans une famille, la bénévole a amené des plats cuisinés et des petits cadeaux pour les enfants. Quelque chose s’est mis en place entre cette famille et elle, et ça fait vraiment une différence dans le vécu de la maman. »

Accès-bénévolat

C’est par l’entremise d’Accès-bénévolat que Sandhia Vadlamudy a soumis sa candidature et celle de son adolescente de 14 ans.

L’objectif, c’est d’avoir une contribution dans le contexte actuel, alors qu’on se sent privilégiées. Il y a longtemps que je voulais faire du bénévolat avec ma fille et ça a été l’occasion.

Sandhia Vadlamudy, bénévole

« Dans les circonstances actuelles, surtout s’il y a d’autres facteurs qui aggravent la situation – comme un papa pas nécessairement présent, des difficultés de couple ou financières –, certaines familles sont dans des situations potentiellement explosives, constate Geneviève Bouchard. On est contents d’offrir du répit-poussette. C’est un pansement, ce n’est pas une mesure qui guérit tout, mais ça amène un peu de douceur dans le vécu des familles, dans ces temps très troubles que nous traversons collectivement. »