On dit que les bienfaits des câlins d’une mère durent longtemps après qu’ils soient terminés.

Michelle Ward
La Presse canadienne

Des chercheurs peuvent observer les effets de leur amour dans leurs laboratoires, confirmant la croyance que l’attention donnée aux bébés dès leur naissance est bonne pour leur bien-être.

En étudiant le développement du cerveau des enfants, comment leurs gênes s’activent et leur système immunitaire fonctionne, des chercheurs peuvent voir de quelle manière l’amour des mères influence la santé de l’enfant jusqu’à l’âge adulte.

Les résultats de telles recherches ont une signification particulière à l’occasion de la fête des Mères.

« Les premières semaines sont très, très, très importantes […] mettant la table pour la vie, a noté docteur Patricia Silveira, neuroscientifique et pédiatre à l’Université McGill. Les parents contribuent à la formation du cerveau et de ses connexions dès la naissance. »

Chaya Kulkarni, directrice de la promotion de la santé mentale infantile à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto, abonde dans le même sens.

« Il est facile de croire que le cerveau va se développer par lui-même, a-t-elle dit. Cependant, pour que le cerveau atteigne son plein potentiel, il a besoin d’être stimulé et de recevoir les soins nécessaires. Des millions de connexions entre les cellules du cerveau sont créées chaque seconde dans le cerveau d’un enfant et c’est quelque chose d’inégalité plus tard dans une vie. »

Ces connexions dépendent des interactions entre le bébé et la personne qui en prend soin. Mme Kulmarni soutient que les réactions des parents aux cris d’un enfant et les encouragements à le faire parler ou jouer « changent littéralement la forme de son cerveau — le nombre et la force des connexions (entre les cellules du cerveau). »

Toucher ou cajoler un bébé va affecter sa croissance et son développement, laissant des traces dans son ADN.

Les hormones et les structures qui contrôlent les réponses de stress seront aussi mieux régulées et l’enfant pourra mieux réagir à des moments de stress ou s’apaiser après le passage d’une menace, a souligné Sarah Merrill, chercheuse postdoctorale en médecine génétique à l’Université de la Colombie-Britannique.

Une étude effectuée en 2017 démontre que chaque moment que le bébé passe dans les bras de quelqu’un laisse une marque dans son ADN.

« Les enfants qui avaient été moins tenus se retrouvaient plus souvent en état de détresse et leur ADN semblait en retard pour leur âge […] et les enfants qui étaient tenus plus souvent étaient moins stressés et possédaient un ADN plus avancé pour leur âge », a expliqué Sarah Moore, une autre chercheuse postdoctorale en médecine générique à UBC.

Les chercheurs travaillant dans le domaine notent toutefois que bien que l’empreinte biologique de l’attention positive offerte aux bébés était clairement visible, sa signification n’est pas toujours précise.

« Les études humaines demeurent complexes. Ce sont des associations et nous ne pouvons pas dire qu’elles en sont les causes, a affirmé Michael Kobor, professeur à UBC et Chaire de recherche du Canada en épigénétique sociale. Mais il y a beaucoup d’associations entre l’environnement en bas âge, comme le temps dans les bras des parents et le stress familial, et les changements dans l’ADN. […] Notre manière d’agir avec nos enfants peut avoir des impacts sur le reste de leur vie. »

Une nouvelle recherche de Mme Silveira organisée auprès de 300 000 adultes au Royaume-Uni démontre que ceux soutenant avoir connu une belle enfance avaient un plus faible taux de problèmes de santé physique ou mentale, comme le diabète, des problèmes cardiaques ou la schizophrénie.

Les chercheurs préviennent toutefois que ces études ne servent pas à blâmer les parents pour ne pas être « parfaits », mais pour les rassurer que leur amour et l’attention portée à leurs bambins auront des effets positifs sur leurs enfants pour le reste de leurs jours.

Des recherches démontrent également que les changements dans l’ADN sont peut-être réversibles.

Et si plusieurs études se sont concentrées sur l’implication des mères, le rôle des pères ou d’autres proches est également important.